Ce Jour-là

Raymond Forni

Avocat et homme politique français

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Raymond Forni, né le 20 mai 1941 à Belfort et mort le 4 janvier 2008 à Paris, est un avocat et un homme politique français.

Il a été notamment président de l'Assemblée nationale de 2000 à 2002 et président du conseil régional de Franche-Comté de 2004 à sa mort.

Né à Belfort de parents italiens, originaires du Piémont, il est naturalisé français à l'âge de dix-sept ans. Son père, ferblantier parcourant les rues de Belfort, meurt alors qu'il a 11 ans. Il doit alors interrompre ses études en classe de 1re à l'âge de 17 ans et entre comme ouvrier aux usines Peugeot pendant un an et demi comme ouvrier (OS2) à la chaîne, et y participe à la vie syndicale. Il passe son baccalauréat en 1962, à 21 ans, par correspondance puis s'inscrit à la faculté de droit de Strasbourg. Il devient avocat stagiaire à 27 ans et s'inscrit au barreau de Belfort. Il se fait connaître en 1972, en défendant Nicole Mercier, professeur de philosophie d'un lycée de jeunes filles mise en examen pour avoir abordé la sexualité en cours.

Raymond Forni adhère à la SFIO en 1964. En 1971, il entre au Conseil municipal de Montreux-Château (il sera élu municipal dans trois communes différentes). À 32 ans, en 1973 et sous les couleurs du Parti socialiste, Raymond Forni est élu député de la deuxième circonscription du Territoire de Belfort, en même temps que Jean-Pierre Chevènement, également élu de ce département. En 1976, il devient conseiller général de Beaucourt.

Raymond Forni est parlementaire durant cinq législatures entre 1973 et 2002. Il s'oppose à la loi « Sécurité et liberté » d'Alain Peyrefitte et aux discriminations pénales envers les homosexuels. Il préside la commission des lois de 1981 à 1985. En 1981, il est le rapporteur de la loi sur l'abolition de la peine de mort ; Raymond Forni souligne qu'il s'agissait de son plus beau souvenir de parlementaire.

Le 6 novembre 1981, Raymond Forni dépose la proposition de loi n°527 « tendant à abroger l’alinéa 2 de l’article 331 du Code pénal », qui était une promesse de campagne du candidat François Mitterrand. Soutenue par le garde des Sceaux Robert Badinter, et rapporté par la députée de l'Isère Gisèle Halimi, elle supprime la distinction discriminatoire dans l’âge du consentement entre rapports homosexuels et hétérosexuels, comme avant 1942, devenant de 15 ans pour tous, qui était une justification à la persécution policière et pénale depuis des décennies. Sa proposition de loi est approuvée par l’Assemblée nationale le 20 décembre 1981 en première lecture, rejetée par le Sénat en 1982, mais maintenue par la chambre basse les 24 juin et 21 juillet 1982. Elle est définitivement adoptée par l’Assemblée nationale le 27 juillet 1982, et promulguée le 4 août suivant. Ainsi, la disparition du « délit d’homosexualité » né sous le régime de Vichy permet aux personnes homosexuelles de « sortir de la clandestinité ».

Parlementaire actif, il publie le rapport sur le Canal Rhin-Rhône dont il préconise l'abandon, et s'investit dans le débat sur l'informatique et les libertés.

Succédant à Jacques Delors, Raymond Forni est brièvement député européen de juin à septembre 1981, membre du groupe socialiste, avant de laisser sa place à Marie-Jacqueline Desouches. Représentant à l’Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe suppléant de 1973 à 1981 et de 1980 à 1981, il devient titulaire de 1988 à 1993, et de 1997 à 1998.

En août 1985, il abandonne tous ses mandats avec sa nomination à la Haute Autorité de la communication audiovisuelle par François Mitterrand. Il y siège jusqu'à fin 1986 et le remplacement de cette autorité par la CNCL. Raymond Forni est également vice-président de la Commission nationale de l'informatique et des libertés de 1978 à 1985 et de 1988 à 1991.

À la fin de son mandat à la Haute Autorité de la communication audiovisuelle, il reconquiert des mandats locaux : en 1987 il redevient conseiller général de Delle, et est élu conseiller municipal de Delle en 1989. Puis, en 1988, il est réélu député, cette fois-ci dans la première circonscription de son département, et devient vice-président de l'Assemblée nationale le 2 avril 1991 en remplacement de Michel Coffineau. Battu aux élections législatives de 1993, il est réélu en 1997 mais de nouveau battu à celles de 2002.

Longtemps réputé proche de Jean-Pierre Chevènement, l'animateur du courant CERES au sein du Parti socialiste, il ne le suit pas lors de la création du MDC en 1993 et reste au Parti socialiste où il rejoint les « mitterrandistes ». Avec Jean-Pierre Chevènement se développe une relation d'amis et rivaux.

Parlementaire remarqué pour son travail, éloquent, il n'a jamais fait partie d'un gouvernement ; « Cher ami, vous devriez être ministre depuis longtemps » lui dit un jour François Mitterrand. « Monsieur le Président cela ne tient qu'à vous. » « Ah oui, mais vous êtes sur le Territoire de Belfort ».

Il eût été délicat que le même département, de 137 000 habitants, eût deux ministres à la fois, Jean-Pierre Chevènement ayant appartenu à la majorité des gouvernements de gauche des septennats Mitterrand.

Raymond Forni est de nouveau élu vice président de l'Assemblée le 28 octobre 1998, et ce jusqu'à son ascension au perchoir. Ainsi, Christine Lazerges prend sa succession. Au sommet de sa carrière politique, Raymond Forni devient le quatrième personnage de l'État en étant élu président de l'Assemblée nationale. Il occupe ce poste du 29 mars 2000 au 18 juin 2002, où il succède à Laurent Fabius qui intègre le gouvernement. Cultivé, il était réputé pour son franc-parler et sa fermeté dans la direction des débats, parfois tranchant et malmenant les orateurs.

Il est maire de Delle, une ville de 6600 habitants près de Belfort, de 1991 à 2004. En 2004 il laisse sa place de maire à Pierre Oser, conseiller général du canton de Delle depuis 2001, mais il reste au conseil municipal en devenant premier adjoint.

Ensuite, il est président du conseil régional de Franche-Comté du 2 avril 2004 à sa mort. Il est élu le 28 mars 2004 avec plus de 46 % des voix à l'issue d'une triangulaire. Lors de l'élection présidentielle de 2007, il est partisan du retour de Lionel Jospin avant de soutenir Ségolène Royal. Il n'obtient pas l'investiture de son parti en 2007 pour reconquérir son siège de député.

Il meurt à l'hôpital Saint-Louis de Paris le 4 janvier 2008, à 66 ans, des suites d'une leucémie foudroyante, après une semaine d'hospitalisation. Il s'était marié deux fois et était père de cinq garçons.

Ses obsèques ont lieu le 9 janvier présidées par Mgr Lacrampe qui prononce l'homélie, en l'Église Saint-Pierre de Besançon, devant 800 personnes, dont le président en exercice de l'Assemblée nationale Bernard Accoyer et l'ancien Premier ministre Lionel Jospin. Il est inhumé le lendemain à Montreux-Château, dans le territoire de Belfort.

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