Ce Jour-là

Raymond Boudon

Sociologue français

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Raymond Boudon, né le 27 janvier 1934 à Paris et mort le 10 avril 2013 à Saint-Cloud, est un philosophe et sociologue français.

Chef de file de l'individualisme méthodologique en France, c'est l'un des plus importants sociologues français de la seconde moitié du XXe siècle et du début du XXIe siècle.

Dans son livre L'Inégalité des chances (1973), il a étudié la question de la mobilité sociale, dont on s'étonne, à cette époque, que cette dernière ne soit pas accélérée par la démocratisation scolaire. Il montre que le principal facteur d'explication de l'inégalité des chances scolaires est la demande d'éducation, c'est-à-dire l'ambition scolaire. Les résultats de son étude placent ce facteur individuel devant celui de l'origine sociale, mis en avant par Pierre Bourdieu comme facteur de reproduction sociale.

Il enseigne pendant trente-cinq ans à l'université Paris-Sorbonne, et est professeur invité dans de nombreuses universités étrangères, notamment Harvard, Genève ou Oxford. Parallèlement à ses activités d'enseignement, il fonde et dirige pendant près de trente ans le centre de recherche GEMASS.

Membre de nombreuses sociétés savantes internationales, il est élu à Académie des sciences morales et politiques en 1990.

Après des études aux lycées Condorcet et Louis-le-Grand à Paris, il intègre l’École normale supérieure (promotion 1954 Lettres). En 1958, il est reçu à l'agrégation de philosophie.

Après avoir découvert au hasard de lectures à la bibliothèque de la rue d'Ulm Robert Merton et Paul Lazarsfeld, il part étudier sous la direction de ce dernier à l'université Columbia en 1961-1962, grâce à une bourse de la fondation Ford. Il soutient une thèse de doctorat en 1967 sur L'analyse mathématique des faits sociaux, préparée sous la direction de Jean Stoetzel, et qui paraît chez Plon la même année. Boudon s'applique à y définir précisément un langage de description de la société qui repose sur la distinction de variables et sur la mesure de leurs relations de cause à effet. Il rédige l'année suivante une thèse complémentaire sur le structuralisme, intitulée À quoi sert la notion de structure ?, sous la direction de Raymond Aron, qui paraît chez Gallimard en 1968. Il s'affirme alors comme le jeune chef de file de la sociologie quantitative en France.

Il enseigne d'abord la sociologie à l'université de Bordeaux (1964-1967) puis est nommé professeur à la faculté des lettres de la Sorbonne, où il enseignera trente-cinq ans (1967-2002).

Parallèlement à son activité d’enseignant, il fonde en 1971 un laboratoire de recherche, le Groupe d'études des méthodes de l'analyse sociologique (GEMAS), qu'il dirige jusqu'en 1998. Associé à l'université Paris-IV-Sorbonne et au CNRS, son ambition scientifique est de « contribuer à la production d’un savoir sociologique empirique rigoureux étroitement articulé à la théorie sociologique ».

En France, Raymond Boudon devient le chef de file de l'individualisme méthodologique, courant qu’il a introduit dans le paysage sociologique français et qu'il a ensuite largement promu. Se réclamant aussi d'Émile Durkheim, qu'il relit de manière critique, et d'Alexis de Tocqueville, il est surtout influencé par certains aspects de l'œuvre de Max Weber, dans laquelle il trouve un des fondements d'une théorie générale de la rationalité, nécessaire pour donner sa solidité aux sciences sociales.

Dans les ardents débats qui agitent la sociologie française dans le troisième quart du XXe siècle, il représente le camp des « individualistes » qui s'affrontent aux « structuralistes » menés par Pierre Bourdieu, et endosse alors le rôle de l'esprit libéral, bien qu'il faille être prudent quant à ces termes souvent trop généraux. Il reste que Boudon a toujours souscrit à une théorie sociologique reposant sur l'individualisme méthodologique.

Il est professeur invité dans de nombreuses universités étrangères : Harvard (1974-75), Stockholm (1977), Genève (1977), New York (1983), Chicago (1987), Oxford (1995), Oslo (1998) ou Hong Kong (1999).

Membre de nombreuses sociétés savantes telles que l’Academia Europea (1988), l’Académie américaine des arts et des sciences (1977), la British Academy (1997), la Société royale du Canada (2001), l'Académie des sciences et des arts d'Europe centrale, l’Académie internationale d’éducation, l'Académie internationale des sciences humaines de Saint-Pétersbourg, l’Académie internationale de philosophie des sciences, il est élu à Académie des sciences morales et politiques, en 1990. Il est également le premier président de l'Académie européenne de sociologie, fondée à Paris en 2000.

Il meurt le 10 avril 2013 à Saint-Cloud. Il avait épousé Rosemarie Riessner (1936-2022).

L'inégalité des chances (1973) est un ouvrage important dans l'histoire de la sociologie française de la seconde moitié du vingtième siècle. Publié neuf ans après Les Héritiers (1964), et trois ans après La reproduction, tous deux écrits par Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron, il contribue ainsi aux études portant sur le système scolaire et les inégalités en France. Après avoir décortiqué le double processus d'inégalité des chances, Boudon s'intéresse ensuite aux effets pervers des actions menées par les individus. Il a pu comparer son livre à une grenade dégoupillée. En effet, Boudon n'adopte pas la même démarche que Bourdieu et Passeron.

À l'époque, on s'étonne d'un constat paradoxal : la démocratisation scolaire n'entraîne pas une hausse de la mobilité ou de la fluidité sociale (ce constat est formalisé par le Paradoxe d'Anderson). Une idée répandue stipule que de meilleurs diplômes donnent accès à de meilleurs emplois. Augmenter le niveau général des diplômés devrait donc amener à une société plus égalitaire, en termes d'emplois, de statuts. Or, la réduction de l'inégalité des chances scolaires, qui est bien réelle, ne débouche pas sur la réduction attendue de l'inégalité des chances sociales. Certains auteurs expliquent ce blocage par des causes extérieures : habitus familiaux, rigidités des classes sociales et des structures de production, etc.

Dans son modèle, Boudon simule les choix individuels au sein d'une cohorte qui va de la famille à l'école, puis atteint un statut social, qu'il est alors possible de comparer à celui de leurs parents. Il reconstitue les phénomènes observés à l'époque depuis plusieurs décennies dans les pays industrialisés. Ses résultats sont, par exemple la mise en évidence d'un effet de neutralisation (plus il y a de diplômés, plus cela alimente un embouteillage à l'entrée sur le marché du travail si ce dernier évolue moins vite que la scolarisation) ou d'un effet dit « d'absorption » (pour intégrer le même statut social que ses parents, il faut un diplôme plus élevé que la génération précédente). Ainsi, les actions de chacun provoquent des effets non voulus et souvent pénalisants. Un effet bénéfique se remarque cependant dans le simple fait que plus d'enfants ont désormais accès à l'éducation.

Cette idée « d'effet non voulu » suggère un lien avec la théorie holiste de Bourdieu, car des concepts comme l'habitus ou le capital permettent d'expliquer ces effets non voulus au niveau individuel.

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