Raymond Aubrac, né Raymond Samuel le 31 juillet 1914 à Vesoul et mort le 10 avril 2012 dans le 5e arrondissement de Paris, est un résistant français à l'Occupation nazie et au régime de Vichy pendant la Seconde Guerre mondiale.
Ingénieur civil des ponts et chaussées (promotion 1937), il est spécialement connu pour s'être engagé avec son épouse Lucie Aubrac dès 1940 dans la Résistance intérieure française. Sous le pseudonyme Aubrac, aux côtés d'Emmanuel d'Astier de La Vigerie, il participe, dans la région lyonnaise, à la création du mouvement Libération-Sud, plus tard intégré dans les Mouvements unis de la Résistance (MUR) dont le bras armé fut l'Armée secrète : Aubrac y secondera le général Delestraint.
À la Libération, il est nommé commissaire de la République à Marseille, puis responsable du déminage au ministère de la Reconstruction. Compagnon de route du PCF, il crée en 1948 BERIM, un bureau d'études investi dans les échanges Est-Ouest avant de devenir conseiller technique au Maroc et fonctionnaire de la FAO.
Ami d'Hô Chi Minh depuis 1946, il est sollicité par Henry Kissinger pour établir des contacts avec le Nord Viêt Nam pendant la guerre du Viêt Nam, entre 1967 et 1972.
À la fin de sa vie, il s'engage en faveur des droits des Palestiniens et adhère à l'Union juive française pour la paix.
Né au 29 rue d'Alsace-Lorraine à Vesoul, Raymond Samuel est le fils de commerçants juifs aisés, propriétaires d'un magasin de confection à Vesoul et qui dirigent les « grands magasins lyonnais » à Dijon. Son père, Albert, est né à Vesoul le 22 janvier 1884, sa mère, Hélène Falck, née le 2 mars 1894 à Crest dans un milieu de petits commerçants, est plus intellectuelle. La pratique religieuse des deux parents est peu prononcée. Le père est plutôt conservateur alors que la mère est sensible aux idées progressistes.
Raymond Aubrac entame sa vie scolaire dans les classes primaires du lycée Gérôme de Vesoul ; il reste jusqu'à l'âge de 9 ans dans cette ville. Le jeune Raymond passe ensuite son enfance et sa jeunesse dans une dizaine de villes de province. Il fréquente les Éclaireurs de France, laïques, mais aussi un cercle d'études juives.
Les études supérieures à Paris et aux États-Unis
Après le baccalauréat, il devient interne à Paris au lycée Saint-Louis, échoue au concours d'entrée de Polytechnique et entre à l'École nationale des ponts et chaussées en 1934, dont il sort diplômé en 1937, dans la même promotion que le prince laotien Souphanouvong, future figure de proue de l'aile gauche communiste de son pays, membre fondateur du Pathet Lao, puis premier président de la République démocratique populaire du Laos. Pendant ces années étudiantes, Raymond fréquente l'Université ouvrière, un cercle d'études marxistes où enseignent des intellectuels communistes comme Gabriel Péri ou Georges Cogniot. Demeurant proche du Parti communiste, il n'en devient toutefois pas adhérent. Comme la majorité des élèves de grandes écoles, il suit la « PMS » (préparation militaire supérieure), ce qui lui permet d'être officier pendant son service militaire. L'obtention d'une bourse d'études de l'American Field Service lui aura par ailleurs permis de partir, en août 1937, en échange aux États-Unis : tout d'abord au Massachusetts Institute of Technology (MIT), puis à l'université Harvard, où il suit notamment les cours de Joseph Schumpeter.
Il fait son service militaire comme officier du génie sur la ligne Maginot au moment où éclate la Seconde Guerre mondiale. Il retrouve à Strasbourg Lucie Bernard qu'il a déjà rencontrée à Paris dans des réunions d'étudiants communistes et qu'il épouse le 14 décembre 1939 à Dijon. Fait prisonnier par les Allemands le 21 juin 1940, il s'évade fin août avec l'aide de sa femme et tous deux gagnent la zone libre.
La Résistance intérieure française
Le couple Samuel s'installe à Lyon où Raymond a des tantes maternelles. Raymond trouve un emploi d'ingénieur dans un cabinet de brevets et Lucie obtient un poste au lycée de jeunes filles Edgar-Quinet. En octobre 1940, de passage à Clermont-Ferrand, Lucie retrouve Jean Cavaillès, professeur de philosophie et qui a été son collègue à Strasbourg. Celui-ci lui présente Emmanuel d'Astier de La Vigerie, journaliste, qui a créé deux mois plus tôt une organisation dénommée « La dernière Colonne », qui se consacre « à la propagande anti-vichy et anti-collaboration ». Cette rencontre est décisive. Raymond et elle consacrent alors tout leur temps libre aux activités de cette organisation : diffusion de tracts, recrutement… À partir du mois de mai 1941, après la naissance de Jean-Pierre, leur fils ainé, ils aident Emmanuel d'Astier à concevoir un journal dont la parution du premier numéro, deux mois plus tard, marque la naissance du mouvement Libération.
Sous divers pseudonymes dont celui d'Aubrac, Lucie et Raymond contribuent à faire de Libération le mouvement de résistance le plus important en zone sud après le mouvement Combat fondé par Henri Frenay. Les époux Aubrac, puisqu'il convient désormais de les appeler ainsi, appartiennent au noyau central du mouvement « non en vertu de nos mérites, écrira plus tard Raymond, mais comme souvent dans les organisations clandestines, du fait du hasard, des contacts et de l'amitié ». C'est ainsi que Raymond a eu l'occasion de rencontrer tous les dirigeants de Libération-Sud, mais aussi Yves Farge de Franc-Tireur, Henri Frenay, de Combat ou des envoyés de Londres comme Yvon Morandat. Emmanuel d'Astier apprécie les talents d'organisateur de Raymond Aubrac et en été 1942, il lui confie la direction de la branche paramilitaire du mouvement qui vient d'être créée.
Au printemps 1941, Raymond avait été congédié du cabinet de brevets où il travaillait, le patron de celui-ci, André Armengaud ayant expliqué qu'avec le développement de ses affaires avec Berlin, il ne souhaitait pas laisser son bureau de Lyon sous la responsabilité d'un Juif. Raymond se met alors au service d'une entreprise de travaux publics.
À partir de janvier 1942 et de l'arrivée en France de Jean Moulin, Libération-Sud se trouve impliqué dans la démarche d'unification des mouvements de résistance de la zone sud aux côtés de Combat et de Franc-Tireur. L'Armée secrète est le nom donné au regroupement des branches militaires des différents mouvements. Le commandement en est confié au général Charles Delestraint et Aubrac est intégré à la sorte d'état-major réuni autour de Delestraint. En novembre 1942, la zone sud a été envahie par les Allemands, et les résistants sont pourchassés directement par la Gestapo dirigée à Lyon par Klaus Barbie, mais c'est par la police lyonnaise qu'Aubrac est arrêté le 15 mars 1943. Il obtient sa mise en liberté provisoire le 10 mai. Le 24 mai Lucie organise, avec la participation de son mari, l'évasion de l'hôpital de l'Antiquaille, de leurs compagnons Serge Ravanel, Maurice Kriegel-Valrimont et François Morin-Forestier.
Le 21 juin 1943, Raymond est à nouveau arrêté, cette fois-ci par la Gestapo, à Caluire, avec Jean Moulin et d'autres participants à une réunion qui avait pour but de régler des conflits internes entre Jean Moulin et les mouvements de Résistance en zone Sud : le docteur Frédéric Dugoujon, leur hôte de la villa Castellane, Henri Aubry, du mouvement Combat, Bruno Larat, André Lassagne, de Libération-Sud, le colonel Albert Lacaze, du 4e bureau de l'Armée secrète et le colonel Émile Schwarzfeld, responsable du mouvement lyonnais France d'abord. René Hardy parvient à s'enfuir dans des conditions controversées qui le rendent suspect de trahison. Raymond Aubrac a déclaré dans une rétrospective sur Jean Moulin sur une chaine française que Pierre de Bénouville, résistant d'extrême droite, qui a insisté pour que Hardy aille à cette réunion, avait commis 2 fautes contre les règles de la résistance :
1.- C'est celui qui organise la réunion qui invite les participants.
2.- Un agent arrêté et relâché par la Gestapo est dangereux, car suivi, et doit donc être 'mis au vert', ne doit plus travailler pour le réseau.