Ce Jour-là

Ray Bradbury

Écrivain américain

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Raymond Douglas Bradbury, dit Ray Bradbury, né le 22 août 1920 à Waukegan, dans l'Illinois, et mort le 5 juin 2012 à Los Angeles, en Californie, est un écrivain américain.

Auteur de plus de six cents nouvelles, d'une dizaine de romans, de pièces de théâtre, de poèmes, d'essais et de scénarios, il doit sa notoriété au recueil Chroniques martiennes (1950), à L'Homme illustré (1951) et surtout à Fahrenheit 451 (1953), roman consacré à un futur où les livres sont brûlés. Bien qu'il ait été très tôt classé parmi les auteurs de science-fiction, il a passé sa vie à contester cette étiquette, ne reconnaissant à ce genre que Fahrenheit 451 et revendiquant pour le reste le fantastique et la fantaisie.

Son œuvre mêle la nostalgie d'une enfance passée dans une petite ville du Middle West, transposée sous le nom de Green Town, une méfiance persistante envers la technique et les pouvoirs qui l'emploient, et une défense passionnée de l'exploration spatiale, dont il devint dans les années 1960 l'un des porte-parole les plus écoutés aux États-Unis. Ses livres ont été portés au cinéma par François Truffaut et Jack Clayton, adaptés en bande dessinée par les studios EC Comics et déclinés à la télévision, notamment dans la série Ray Bradbury présente qu'il produisit et écrivit de 1985 à 1992.

Une enfance dans l'Illinois (1920-1934)

Ray Douglas Bradbury naît le 22 août 1920 à Waukegan, ville industrielle de l'Illinois située sur la rive du lac Michigan, au nord de Chicago. Son père, Leonard Spaulding Bradbury, dit Leo, amateur de sport et de plein air, est employé du service municipal de l'électricité, le Bureau of Power and Light, jusqu'à son licenciement pendant la troisième année de la Grande Dépression. Le jour de sa naissance, Leo et son fils aîné assistent à un match de baseball à l'autre bout de la ville. Sa mère, Esther Moberg, est née en Suède. Par son père, Bradbury descend de Mary Bradbury, condamnée à mort lors des procès des sorcières de Salem de 1692, mais qui échappa à l'exécution. L'écrivain s'intéressera à cette ascendance et achètera, à l'automne 1949, The Devil in Massachusetts, l'étude que Marion Starkey avait consacrée à ces procès.

Ray a un frère aîné, Leonard junior, surnommé Skip, né quatre ans avant lui, et dont le frère jumeau, Samuel, est mort pendant la grande pandémie de grippe de 1918. Une sœur cadette, Elizabeth, naît en 1926 et meurt en bas âge, découverte sans vie dans son berceau un matin de février 1928. Dans la famille, le garçon est surnommé « Shorty ». Toute sa vie, Bradbury soutiendra qu'il garde le souvenir de sa propre naissance ainsi que des films vus à l'âge de trois ans, en particulier de Lon Chaney dans Notre-Dame de Paris et Le Fantôme de l'Opéra. Il partage avec son père la lecture du magazine Argosy : tout au long des années 1930 et jusque pendant la guerre, l'exemplaire acheté par Leo le lundi revient à Ray le vendredi.

En 1931 ou 1932, à l'âge de douze ans, Bradbury assiste au numéro d'électrocution d'un artiste de foire connu sous le nom de M. Electrico. Selon le récit qu'en donnera l'écrivain, notamment dans la postface qu'il rédige en 1999 pour une réédition de La Foire des ténèbres, M. Electrico est un ancien pasteur presbytérien qui feint de s'électrocuter et d'électrocuter les spectateurs au moyen d'une chaise électrique. Dans la version la plus connue de l'anecdote, il touche le garçon du bout de son épée chargée d'électricité en lui ordonnant : « Vis pour toujours ! » Bradbury fera par la suite de cette rencontre l'origine de sa vocation littéraire et de sa résolution d'écrire chaque jour ; il attribue le même rôle à un autre personnage croisé dans les spectacles ambulants de Waukegan, le prestidigitateur Blackstone.

Dans un entretien accordé en 2002, Bradbury relie cet épisode aux obsèques de son oncle Lester, blessé par balle lors d'un hold-up et mort à l'hôpital trois jours plus tard. Il situe les funérailles le matin de la fête du Travail tout en évoquant un samedi, ce qui rend la chronologie de son récit incertaine. Au retour du cimetière, il aurait demandé à son père d'arrêter la voiture en apercevant les drapeaux et les tentes de la fête foraine installée au bord du lac. Malgré la colère de son père et son refus d'assister à la veillée funèbre, il serait descendu vers la foire, un tour de magie composé d'une balle et d'un vase dans la poche, et aurait demandé au forain de lui en montrer l'exécution. M. Electrico lui aurait ensuite fait visiter les baraques de l'homme-squelette, de la femme obèse, de l'homme illustré et des acrobates, avant de s'entretenir avec lui sur la plage et de lui affirmer qu'ils s'étaient déjà rencontrés : Bradbury aurait été son meilleur ami, mort dans ses bras dans la forêt des Ardennes en octobre 1918, puis revenu au monde sous un autre nom et un autre visage. En quittant la foire, l'enfant aurait pleuré devant le carrousel, au son de la chanson Beautiful Ohio, avec le sentiment que quelque chose venait de se produire.

L'épisode a retenu l'attention des biographes de Bradbury. Jonathan R. Eller observe que cette scène, qui pourrait passer pour une simple anecdote foraine, est demeurée pleinement réelle aux yeux de l'écrivain, et relève chez lui une réceptivité peu commune à la suggestion, d'où procèdent à la fois sa capacité à restituer les peurs de l'enfance et son habitude d'écrire chaque jour. Avec William F. Touponce, il insiste sur l'ambivalence de l'expérience : l'injonction de vivre éternellement est prononcée au moment même de l'électrocution simulée, de sorte que la fête foraine associe la mort et la renaissance. Cette lecture rend compte, selon eux, du retour de M. Electrico sous une forme inversée dans La Foire des ténèbres, où il maudit au lieu de bénir. Reprenant cette analyse, Weller y voit le point de départ de la « carnavalisation » qui parcourt l'ensemble de l'œuvre.

Les difficultés économiques et la recherche d'un emploi conduisent les Bradbury à quitter Waukegan à plusieurs reprises. La famille avait effectué un premier séjour en Arizona en 1926-1927 avant de revenir dans l'Illinois. Entre 1932 et 1934, elle repart vers l'Ouest, à Tucson, revient à Waukegan, puis s'établit à Los Angeles. Pendant ce second séjour en Arizona, ses parents lui offrent une machine à écrire jouet munie d'un cadran. Il entreprend de taper, lettre après lettre, sa propre version du Seigneur de la Guerre de Mars (The Warlord of Mars), troisième volet des aventures martiennes de John Carter dues à Edgar Rice Burroughs. Il fait remonter à cet exercice le lien étroit qu'il établira toute sa vie entre le clavier et l'imagination.

Los Angeles, les amateurs de science-fiction et l'apprentissage (1934-1941)

Les Bradbury arrivent à Los Angeles à la fin du printemps 1934. Ray n'a pas encore quatorze ans, et la ville et ses environs resteront son lieu de résidence jusqu'à sa mort. Il entre en neuvième année au Berendo Junior High School, puis poursuit ses études au Los Angeles High School. Il partage alors son temps entre l'école, l'écriture et le monde du spectacle. Il se rend chaque semaine devant les studios de Hollywood, notamment ceux de Gower Avenue, photographie les vedettes avec l'appareil de son père et rassemble plus d'un millier d'autographes. Ces excursions deviennent quotidiennes pendant les vacances d'été et se poursuivent jusqu'en 1939. Il assiste également, chaque fois qu'il le peut, à l'enregistrement d'émissions de radio, dont il recopie les scénarios pour en apprendre le métier avant d'en composer lui-même.

Au lycée, plusieurs enseignantes remarquent son ardeur au travail, mais aussi les faiblesses techniques d'un jeune auteur encore très porté à imiter ses modèles. À partir de 1935, il suit pendant deux ans les cours d'écriture de nouvelles de Jennet Johnson, qui l'encourage à élargir la gamme de ses modèles littéraires. Durant son avant-dernière année, il assiste également au cours de poésie de Snow Longley Housh. Toutes deux jugent exceptionnelle sa volonté de devenir écrivain, même si ses travaux restent maladroits et si son besoin constant de conseils empiète parfois sur le temps réservé aux autres élèves. Ses premiers récits imitent notamment Edgar Rice Burroughs, H. P. Lovecraft, P. G. Wodehouse et Arthur Conan Doyle ; son premier devoir pour Jennet Johnson, en classe de dixième année, reprend même les scènes initiales de King Kong. Le cours d'astronomie qu'il suit à l'automne 1937 le ramène aux thèses de Percival Lowell sur les canaux martiens, découvertes à dix ans, qui nourriront ses premiers récits planétaires.

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