Raphaël Geminiani, également connu sous le nom de Géminiani, né le 12 juin 1925 à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme) et mort le 5 juillet 2024 à Pont-du-Château, est un coureur cycliste français. Professionnel de 1946 à 1960, il remporte sept étapes du Tour de France, dont il se classe deuxième en 1951 et troisième en 1958. Champion de France en 1953, il brille surtout sur les courses par étapes, et figure parmi les 25 coureurs ayant porté le maillot de leader sur les trois grands tours.
Pratiquant d'abord le rugby, Raphaël Geminiani travaille dans l'atelier de cycles de son père et suit finalement les traces de son frère aîné Angelo, également cycliste. Il se révèle en remportant le Premier pas Dunlop en 1943 et passe professionnel trois ans plus tard au sein de la formation Métropole-Dunlop dirigée par Romain Bellenger. Il participe à son premier Tour de France en 1947.
Excellent grimpeur, Raphaël Geminiani remporte le Grand Prix de la montagne du Tour de France en 1951 et celui du Tour d'Italie en 1952 et 1957. Fidèle équipier, il est un élément de base de l'équipe de France dans les années 1950, et accompagne Louison Bobet dans ses trois Tour de France victorieux entre 1953 et 1955. À la fin de sa carrière, il devient directeur sportif et conduit notamment Jacques Anquetil à la victoire sur le Tour.
Reconnu pour sa hargne et sa ténacité à vélo, Raphaël Geminiani est avant tout un attaquant infatigable, et ses accélérations répétées lui valent le surnom de « Grand Fusil » que lui attribue Louison Bobet. Personnage haut en couleur, volubile, ses contemporains lui accordent un sens aigu de l'amitié, mais il est aussi reconnu pour son acuité dans les affaires : à l'instar de Fiorenzo Magni en Italie, Geminiani est le premier à introduire la publicité extra-sportive dans le cyclisme français en associant son nom à celui de la marque d'apéritif Saint-Raphaël pour fonder l'équipe Saint-Raphaël en 1954.
Raphaël Geminiani naît le 12 juin 1925 à Clermont-Ferrand, de parents italiens installés dans cette ville en 1923 après avoir fui le régime fasciste. Son père, Giovanni Geminiani, né en 1893, est un ancien coureur cycliste. Il dirigeait une fabrique de bicyclettes à Lugo, en Émilie-Romagne, incendiée par les miliciens qu'il refusait de soutenir. Dès son arrivée à Clermont-Ferrand, il est employé comme ajusteur au sein des usines Michelin, tandis que sa femme travaille à la filature de cette même entreprise. Les époux Geminiani ont quatre enfants : le frère aîné, Angelo, naît en 1917, sa sœur Paule en 1921, tandis qu'une autre fille naît après Raphaël, Rose-Marie, en 1931.
Leur mère meurt alors que Raphaël Geminiani n'est âgé que de huit ans. Giovanni Geminiani ouvre un atelier de cycles, avenue Barbier-Daubrée à Clermont-Ferrand, atelier dans lequel Raphaël commence à travailler en 1936 après avoir obtenu son certificat d'études.
Durant sa jeunesse, Raphaël Geminiani pratique d'abord le rugby à XV, sport qu'il décrit comme sa passion : « Je vais sans doute surprendre en disant que, si je suis un homme de vélo passionné, ma passion est le rugby. ». Inscrit à l'école des établissements Michelin, il est licencié à l'Association sportive montferrandaise où il joue trois-quarts centre et côtoie les futurs internationaux français Franck Fournet et Maurice Siman. C'est en voyant son frère aîné obtenir quelques succès au niveau régional qu'il est finalement tenté par le cyclisme, mais son père le dissuade en raison de son physique (il est trop maigre), d'autant plus qu'il a besoin de lui pour travailler à l'atelier.
En 1942, Giovanni Geminiani accepte finalement que son fils Raphaël s'inscrive à l'Union cycliste montferrandaise, dans la catégorie des non-licenciés. Dès lors, ce dernier s'entraîne assidument en suivant les conseils de son frère, avant de signer sa première licence à l'Amicale cycliste clermontoise en 1943.
Raphaël Geminiani remporte quelques succès dès ses premières courses, mais dépourvu de connaissances tactiques, il court sans retenue, ce qui lui vaut aussi des échecs retentissants. Son père Giovanni, qui promeut son entreprise de cycles en équipant des coureurs débutants de la région, assure la préparation de son matériel. Il le met aussi au défi de se qualifier pour la finale du Premier pas Dunlop, et d'y briller. Il voit cette épreuve, qui fait alors office de championnat de France juniors, comme un examen de passage pour savoir si son fils peut envisager de faire une carrière cycliste.
À cette époque, Raphaël Geminiani peaufine son entraînement en travaillant pour les services du ravitaillement : il porte ainsi aux mairies des villages environnants de Clermont-Ferrand leurs lots de tickets de rationnement mensuels, au prix de deux francs du kilomètre.
Vainqueur d'un critérium des Espoirs, disputé sur trois manches, il se qualifie ensuite pour le Premier pas Dunlop en prenant la troisième et dernière place qualificative de la finale régionale. La grande finale se déroule le 3 juin 1943, à Montluçon. Raphaël Geminiani attaque dans la dernière difficulté, à une quinzaine de kilomètres de l'arrivée et s'impose en solitaire. Louison Bobet, son futur rival et coéquipier, est sixième de cette course.
Cette victoire lui permet de disputer le championnat de France amateur, au mois d'août suivant, à Montauban. Bien qu'il n'ait jamais disputé de course aussi longue (170 kilomètres), il prend part à la grande échappée du jour, rejointe à seulement 30 km de l'arrivée, avant de connaître une défaillance.
L'année suivante, Raphael Geminiani gagne la course de côte de l'omnium de la route, devant son frère Angelo. Celui-ci met fin à sa carrière en cours d'année, à seulement 28 ans, à la suite d'une chute qui lui cause une fracture du fémur, au Grand Prix de Chamalières. En juin 1944, Raphaël Geminiani est conduit par la milice à la prison de Clermont-Ferrand lors de la rafle du quartier de la Plaine. Il en sort quelques semaines plus tard, à la Libération.
Poussé par son père, il nourrit l'ambition de devenir coureur professionnel. Dans le même temps, il poursuit son travail à l'atelier. Lors de la saison 1945, il dispute des courses de plus en plus relevées afin de progresser. Outre ses huit victoires dans des épreuves régionales, il se classe huitième du Grand Prix des Alpes remporté par Édouard Fachleitner. Une chute en descente au championnat d'Auvergne le contraint à arrêter sa saison.
Premières saisons et découverte du Tour de France (1946-1948)
Au début de la saison 1946, l'ancien coureur professionnel Romain Bellenger, directeur sportif de l'équipe Métropole, lui propose une mise à l'essai. Ses premiers résultats sont plutôt médiocres, mais il se distingue en remportant à Chambéry la première étape du Circuit des six provinces, dont il se classe finalement troisième. Bellenger lui fait alors signer son premier contrat professionnel. Geminiani connaît ensuite une série de déceptions : en tête du Grand Prix du Vercors en compagnie de Pierre Molinéris, il perd toute chance de victoire quand l'axe de sa roue arrière se brise et doit se contenter de la 10e place. Quelques jours plus tard, il abandonne dans la deuxième étape de la Ronde de France, blessé au genou par le choc d'une valise dans les vestiaires avant la course. Il remporte néanmoins douze victoires sur des épreuves régionales.
Raphaël Geminiani obtient sa première sélection pour le Tour de France en 1947, au sein de l'équipe Centre-Sud-Ouest. Piégé dans la première étape vers Lille, il perd plus de 20 minutes sur le vainqueur Ferdi Kübler. Le lendemain, il prend part à l'échappée victorieuse vers Bruxelles, mais il en décroche en cours d'étape et son retard au classement général s'accentue d'un quart d'heure. Dans la troisième étape, il souffre de la chaleur, comme de nombreux coureurs, mais parvient à rallier l'arrivée grâce à l'aide de son compagnon d'infortune, Lucien Teisseire. Il vit un nouveau calvaire dans la quatrième étape, après avoir bu de l'eau non potable. Il finit l'étape mais doit être hospitalisé à Strasbourg, ce qui le contraint à l'abandon. Cette première participation décevante lui vaut de nombreuses critiques et Geminiani envisage un temps de mettre un terme à sa carrière. Comme la saison précédente, il retrouve sa condition sur des épreuves régionales de moindre importance, vainqueur notamment de la Ronde d'Auvergne.