Raoul Vaneigem, né le 21 mars 1934 à Lessines (Hainaut, Belgique) et mort le 28 juillet 2026 à Sant Pol de Mar (province de Barcelone, Espagne), est un poète, parolier, écrivain belge et philosophe de la pensée libertaire.
Il est de 1961 à 1970, avec Guy Debord, l'une des personnalités les plus marquantes de l'Internationale situationniste. Il quitte l'I.S. fin 1970.
Médiéviste reconnu, spécialiste des hérésies et des résistances au christianisme, il est l'auteur d'une cinquantaine d'ouvrages.
En 1967, il publie le Traité de savoir-vivre à l'usage des jeunes générations, essai emblématique inspirant les évènements de mai-juin 1968.
Dans les années 1990, il développe le concept de « pacifisme insurrectionnel ».
Il fut longtemps une figure intellectuelle de référence.
Raoul Vaneigem, fils unique, grandit dans un environnement modeste de la Belgique d’après-guerre, bercé par la culture ouvrière de son père, syndicaliste cheminot, socialiste et anticlérical. Quand le jeune Raoul croise un curé dans la rue, il imite le cri du corbeau et se rend chaque semaine aux rendez-vous des Faucons rouges, une organisation de jeunesse socialiste d’inspiration libertaire.
La famille est majoritairement picardophone, seule sa mère, d'origine tournaisienne, s'exprime de préférence en français. En février 2024, Vaneigem écrira « La coexistence de deux langues m’a prémuni à la fois contre l’arrogance nationaliste des élites franchouillardes et contre les écœurants balbutiements d’un franglais ou d’une écriture, dite inclusive, soumise à une économie de sigles, de raccourcis, d’injonctions mensongères et bureaucratiques. ».
Après une scolarité à l'école communale de Lessines puis à l'athénée d'Ath à partir de 1948, il suit des études de philologie romane à l'université libre de Bruxelles, de 1952 à 1956. Il écrit, entre 1955 et 1956, un mémoire de licence sur Lautréamont, refusé en juin et accepté (après censure) en deuxième session, en septembre 1956. Une semaine plus tard, il occupe un poste de professeur à l’École normale de Nivelles dans le Brabant qu'il conserve jusqu'en 1964.
« Le communisme l’intéresse mais la lecture de Staline l’en détourne. Il se serait bien laissé séduire par le trotskisme s’il n’avait lu des documents sur l’écrasement des mutins de Cronstadt par Trotski. »
Le 18 juillet 1960, il envoie à Henri Lefebvre, dont il a apprécié son récent ouvrage La Somme et le reste ((1959) et le plus ancien Critique de la vie quotidienne (1947), son essai manuscrit Fragments pour une poétique (suivis de quatre poèmes à parfaire).
Henri Lefebvre le met en rapport, via Guy Debord, en 1961, avec l'Internationale situationniste qu'il connaît par Attila Kotányi à Bruxelles. Il contribue à la revue du groupe du même nom dont douze numéros paraissent de 1958 à 1969.
Il y publie notamment dans les numéros 7 et 8 (avril 1961-janvier 1962) l'important texte Banalités de base considéré comme la matrice de son futur Traité de savoir-vivre à l'usage des jeunes générations rédigé entre 1963 et 1965 mais qui, après avoir été refusé par de nombreux éditeurs, ne paraît que fin 1967, en même temps que La Société du spectacle de Guy Debord, s'inscrivant comme celui-ci dans le projet des situationnistes. Guy Debord précisera que « ces deux textes étant considérés comme les « arcs-boutants » de la pensée situationniste ».
Le Traité de savoir-vivre à l'usage des jeunes générations constitue le pendant plus lyrique en tant qu'éloge de l'émancipation individuelle, de la créativité, la spontanéité, la « subjectivité radicale » contre le consumérisme triomphant qui envahit toute la vie sociale, avec la télévision et toutes les « machines » de consommation établissant le pouvoir absolu des biens sur les hommes.
Pour Vaneigem, la poésie n'est pas un art élitiste, mais une arme vivante pour détruire l'aliénation marchande et réenchanter la vie quotidienne. Il « [...] n'a cessé de proclamer, depuis son fameux Traité de Savoir vivre l'usage des jeunes générations (1967), que « la poésie et le pouvoir sont incompatibles ». Renversant les données du problème, il nous prévient que « dans le vide laissé par la poésie s'installe son contraire, la communication, élevée depuis peu au rang de sciences ». »
Il participe aux évènements de mai-juin 1968, notamment au sein du Conseil pour le maintien des occupations (CMDO) qui regroupe rue d'Ulm à l'Institut pédagogique national de Paris, tous les situationnistes présents, passés même et futurs et des camarades libertaires parisiens. Libertaire, il développe une critique radicale des mouvements gauchistes soixante-huitards, allergique aux idéologies de la gauche totalitaire, dont le stalinisme, le marxisme-léninisme ou le trotskysme. C'est cette critique qu'illustre les paroles de la chanson La vie s’écoule, la vie s’enfuit. Son horizon n’est pas la « dictature du prolétariat », mais « l’autogestion généralisée ».
En 1970, il présente sa démission à l'Internationale situationniste en répondant, par une lettre datée du 14 novembre, à la déclaration du 11 novembre signée par René Riesel, Guy Debord et René Viénet. Ces deux derniers signent le 9 décembre de la même année un Communiqué de l'IS à propos de Vaneigem qui équivaut à son exclusion de l'organisation. Vaneigem et Debord ne se reverront jamais.
Sur cet épisode, Vaneigem dresse, en 2008, dans son ouvrage Entre le deuil du monde et la joie de vivre, « mêlant l'autobiographie à la critique, un bilan de sa participation au groupe situationniste, éternellement écartelé entre pulsion de mort et instinct de vie ». « Comment ce qu’il y avait de passionnant dans la conscience d’un projet commun a-t-il pu se transformer en un malaise d’être ensemble ? », écrivait-t-il dans sa lettre de démission.