Ranuce Ier Farnèse, en italien Ranuccio I Farnese, est un prince souverain italien né le 28 mars 1569 à Parme (Italie) et mort dans la même ville le 5 mars 1622. Il est le quatrième duc de Parme et de Plaisance de 1592 jusqu'à sa mort.
Ranuce est éduqué à l'exercice du pouvoir par son grand-père Octave, son père Alexandre, aussi gouverneur des Pays-Bas espagnols, guerroyant dans le Nord de l'Europe pour le compte de Philippe II d'Espagne.
Ranuce est le premier duc à ne pas engager le duché dans une guerre, ce qui lui laisse le temps de mettre en place de nombreuses réformes. Dès qu'il accède au trône, Ranuce réorganise l'administration, s'assurant une domination sans partage du duché. Celle-ci va rester inchangée durant toute la gouvernance de la maison Farnèse. Il amoindrit aussi considérablement la puissance de l'aristocratie féodale du duché notamment par la violence.
Homme cultivé, il agrandit sa capitale, Parme, et il y développe la vie culturelle.
Ranuce est le fils du condottiere Alexandre Farnèse et de Marie du Portugal. Il est élevé par son grand-père le duc de Parme et Plaisance Octave, son père étant continuellement absent, combattant dans les Flandres aux ordres du roi Philippe II d'Espagne. Sa mère meurt alors qu'il n'a que huit ans.
Il existe peu d'information sur la petite enfance de Ranuce, si ce n'est au travers de quelques lettres de Giovan Battista Pico, secrétaire du duc Octave, et du secrétaire d'Alexandre, Cosimo Masi. Il reçoit une éducation des armes et des lettres et sciences humaines du comte de Montechiarugolo, Pomponio Torelli. Celui-ci le décrit comme un élève peu appliqué et qui progresse peu.
Avec la mort de son épouse Marie du Portugal, qui était la petite-fille du roi Manuel Ier de Portugal, Alexandre revendique sans succès pour son fils Ranuce la couronne du Portugal alors que débute la crise de succession portugaise en 1580. Afin d'atteindre cet objectif, il mobilise tous les membres influents de la famille, Octave, sa mère Marguerite d'Autriche et son oncle le cardinal Alexandre Farnèse.
Dès 1582, alors que Ranuce n'a que 13 ans, la famille commence à envisager son mariage, différents noms sont évoqués, la fille du grand-duc de Toscane, la sœur du duc d'Urbin et la fille du duc de Sabbioneta. C'est à cet âge qu'il tient sa première audience publique, remplaçant son grand-père Octave qui souhaite l'initier à la chose publique en raison de son état de santé. Il est atteint de la goutte.
Ranuce va connaître au cours de ces années, deux événements qui vont le marquer. Tout d'abord l'échec du mariage de sa sœur Marguerite avec Vincent Gonzague, futur duc de Mantoue envers qui il va conserver de l'animosité. Le 2 mars 1581, Vincent épouse Marguerite alors âgée de 13 ans. Après deux ans, le mariage est annulé pour ne pas avoir été consommé, non sans de longues tergiversations, en raison d'une malformation physique de l'épouse et Marguerite se retire dans un couvent sous le nom de sœur Maura Lucenia. Octave déjoue aussi un complot à son encontre, expérience dont Ranuce va s'inspirer lors de son règne. Claudio Landi, dont le père avait participé à l'assassinat de Pierre-Louis Farnèse, est incriminé. Le procès permet à Octave d'affaiblir le pouvoir économique des Landi, les biens alimentent la politique ecclésiastique du duc qui sont octroyés aux Jésuites.
Au début de 1586, Ranuce se rend à Ortona prendre possession de la dépouille de sa grand-mère, Marguerite d'Autriche et la ramène dans le duché où elle est inhumée dans l'église de San Sisto à Plaisance. Au printemps, il se rend à Rome où il est emprisonné pour s'être présenté armé devant le pontife. Son oncle lui permet de s'échapper ce qui provoque la colère du pape.
À la fin de l'année 1586, l'état de santé d'Octave se dégrade et Ranuce assiste son grand-père dans les derniers instants. Il devient en raison de l'absence de son père la plus haute autorité du duché et assure la régence, son père Alexandre s'étant vu refuser par Philippe II de rentrer dans son duché. Ranuce nomme secrétaire Carlo Recordati qu'il envoie, dans les Flandres, auprès de son père devenu désormais duc afin de connaître les dispositions à prendre. Cela concerne l'administration de la justice et le traitement à réserver aux « serviteurs de la maison ». Puis il interroge son père sur la conduite à tenir à l'égard des deux cités Parme et Plaisance et à l'égard de Milan et des princes italiens. Alexandre l'invite à suivre les recommandations de son oncle, le cardinal et à servir le roi d'Espagne. Avec les conseils de son père, il règle une multitude de questions qui vont de la sépulture de sa grand-mère à l'héritage des Pallavicino dont il prend possession en 1587.
Ranuce continue à recevoir l'assistance de Torelli qui lui conseille de ne jamais remettre en cause les hommes et les ordres de son père afin de maintenir la concorde au sein du duché. Les craintes de Torelli s'avèrent prémonitoire et malgré des bons rapports entre le duc et son fils, en 1588, un complot est ourdi contre Ranuce sans résultat. Les compétences reconnues de Torelli par son élève lui valent de devenir un de ses diplomates. Il s'entoure tout au long de son règne d'homme de valeur Cosimo Masi, Papirio Picedi qui devient évêque de Parme, son frère Édouard, Alexandre Sforza et encore Alexandre Anguissola
Ranuce est impliqué dans tous les secteurs de la vie économique, en matière de monnaies, d'abattage des animaux afin de limiter les exportations en raison du manque de viande, de laine afin de protéger les producteurs locaux. Cependant, à partir de 1589, le duché connaît une période de disette, Ranuce sur les ordres de son père limite tant que possible les exportations de produits alimentaires. Il entre en conflit avec le conseil des anciens qui se refusent à acheter le blé nécessaire à la population et seule la pression d'Alexandre fait plier les « anciens ». En 1590, la situation est telle qu'Alexandre, malgré les tentatives de Ranuce de s'approvisionner dans la péninsule italienne, est obligé de faire venir du blé des Flandres. La situation des plus pauvres est critique et nombre de jeunes commettent de petits larcins afin d'être emprisonnés et ainsi nourris. La disette se poursuit jusqu'en 1592. En 1591, Alexandre renouvelle l'opération alors que la crise arrive à son comble. Ranuce est alors dans la Flandre où il a rejoint son père.
Sur le trône pontifical, une succession de papes sont élus qui vont avoir des répercussions sur la famille ducale. Ainsi avec l'arrivée de Grégoire XIV, Alexandre et Ranuce s'entretiennent sur la possible nomination d'Édouard à la fonction de cardinal, qui intervient le 5 mars 1591. Il prend ainsi le relais de son grand-oncle mort en 1589.
En décembre 1591, Ranuce rejoint son père. Quelque temps plus tard, en l'absence de celui-ci parti à Bruxelles rencontrer les ambassadeurs de l'empereur, il accueille, à Valenciennes, le duc de Guise. Il y a peu d'informations sur les participations de Ranuce à des opérations militaires, cependant en février 1592, Ranuce participe à des combats, il se montre « le digne fils de son père ».
Relations tendues avec Mantoue
En 1591, alors que Ranuce a rejoint son père, il s'oppose au marquis del Vasto, cousin du duc de Mantoue, Vincent de Gonzague, pour une sombre affaire d'incendie de salle d'armes. Le désaccord conduit à un duel d'écrits prenant à témoin les cours italiennes ce qui inquiète les princes qui craignent le déclenchement d'une guerre. Des négociateurs sont envoyés dans les capitales respectives des deux duchés. Ranuce s'allie avec les Gonzague de Castiglione. La discorde ne prend fin qu'avec la mort d'Alexandre qui conduit Philippe II et Clément VIII à imposer la paix.
Le 20 avril 1592, Alexandre avec 18 000 hommes marche au secours de Rouen assiégée par Henri IV. Le roi de France le repousse au-delà de la Somme avec seulement 7 000 cavaliers. Il parvient néanmoins à dégager la ville, mais lors des combats devant Caudebec, le 25 avril, Alexandre est blessé au bras. Malgré la pression des troupes d’Henri IV, Alexandre, par une grande manœuvre, permet à son armée de s’échapper. Il rentre en Flandre, puis après s’être rétabli, se déclare prêt à reprendre les opérations en France. Ranuce, quant à lui, a rejoint Parme en juillet. À Parme, le bruit court qu'en cas de disparition de son père, il pourrait prendre la tête des armées espagnoles. La santé d'Alexandre s'aggrave subitement et dans la nuit du 2 au 3 décembre, il meurt à l'abbaye Saint-Vaast d'Arras. Ce n'est qu'en octobre de l'année suivante que sa dépouille est ramenée à Parme.