Rafael Merry del Val y Zulueta Wilcox (né le 10 octobre 1865 à Londres et mort le 26 février 1930 à Rome) est un prélat catholique. Il est élevé au cardinalat à l'âge de 38 ans et joue un rôle important au début du XXe siècle dans le gouvernement de l'Église catholique, associé au pontificat de Pie X et à sa lutte contre le courant moderniste.
Second fils de Rafael Carlos Merry del Val (en), d'origine irlandaise, et de Josefina de Zulueta Wilcox, fille du comte de Torre Díaz et d'une mère anglaise, Rafael Merry del Val naît à Londres, où son père occupe le poste d'ambassadeur d'Espagne.
Il ressent le désir d'être prêtre vers l'âge de huit ans, au contact des prêtres de la Compagnie de Jésus, dont son oncle maternel fait partie.
Après le Collège préparatoire de Bayliss House, à Slough, Rafael Merry del Val poursuit ses études classiques au collège Notre-Dame de la Paix de 1876 à 1877, à Namur, puis au collège de Saint Michel, aujourd'hui collège de Saint-Jean Berchmans à Bruxelles, de 1878 à 1884. C'est en 1883, alors âgé de dix-huit ans, qu'il entre au Collège universitaire d'Ushaw, pour entreprendre les études qui le conduisent au sacerdoce.
Formation et charges sous Léon XIII
Quand il arrive à Rome en 1885 avec son père, le pape Léon XIII demande à les rencontrer tous deux lors d'une audience privée. Après l'avoir longuement interrogé sur ses projets, Léon XIII lui propose d'entrer non pas au Collège pontifical écossais, mais à l'Académie des nobles ecclésiastiques, établissement qui forme à Rome les futurs dirigeants de la diplomatie vaticane. Merry del Val obtient deux doctorats (philosophie et théologie) à l'Université pontificale grégorienne, ainsi qu'une licence de droit canonique.
Léon XIII le nomme camérier secret surnuméraire à l'âge de 22 ans, alors qu'il est encore séminariste non ordonné prêtre, ce qui lui donne droit au prédicat de Monsignor et d'agrémenter sa soutane de violet. Le pape confie au nouveau Mgr Merry del Val, polyglotte européen, diverses missions de représentation, notamment à Londres à l'occasion du jubilé de la reine Victoria, où il accompagne le cardinal Serafino Vannutelli qui ne parle pas anglais.
En mars 1888, Léon XIII le nomme secrétaire de la mission pontificale, présidée par le cardinal Luigi Galimberti, qui est chargée de représenter le pape aux obsèques de Guillaume Ier à Berlin, et au couronnement du nouvel empereur Frédéric III.
Le 30 décembre 1888, il est ordonné prêtre par le cardinal Lucido Parocchi, et commence une carrière dans la diplomatie pontificale. Il est d'abord secrétaire de nonciature en Allemagne et en Autriche-Hongrie (1888-1889), mais revient à Rome rejoindre l'administration pontificale en 1891 dans l'entourage du pape.
Faisant partie, en qualité de secrétaire, de la commission chargée d'étudier la validité des ordinations anglicanes (1896), il se montre alors, tout comme la hiérarchie catholique anglaise, hostile à leur reconnaissance ; la commission conclut par la négative, à une seule voix de majorité, au motif (encore très discuté) de la rupture de la succession apostolique par modification du rite consécratoire des évêques.
En raison de ses connaissances linguistiques, il est nommé visiteur apostolique au Canada (1897-1898), où il rencontre les évêques francophones à Montréal et les évêques anglophones à Toronto. Prélat de Sa Sainteté, il est nommé en 1898 consulteur de la Congrégation de l'Index et l'année suivante devient président de l'Académie pontificale ecclésiastique, poste qu'il occupe jusqu'en 1903.
À l'âge de 34 ans, il est nommé archevêque titulaire (in partibus) de Nicée et le 6 mai 1900 consacré par le cardinal Rampolla, secrétaire d'État de Léon XIII avec comme co-consécrateurs l'évêque titulaire de Porphyreon (de) Guglielmo Pifferi (de) et l'archevêque titulaire de Trébizonde (de) Edmund Stonor (en). Le pape le choisit de nouveau pour le représenter au couronnement du roi Édouard VII en 1901.
Au début du conclave de 1903, Merry del Val est désigné par le Sacré Collège comme secrétaire du conclave après la mort inopinée du titulaire, contre Gasparri et Della Chiesa, les conservateurs ayant la majorité contre le cardinal Rampolla. Le conclave est marqué par l'exclusive de l'Autriche contre Rampolla. Merry del Val assiste aux hésitations du patriarche de Venise, le cardinal Sarto, qui accepte la tiare sous le nom de Pie X. Celui-ci lui demande immédiatement de l'assister comme secrétaire d'État. Créé cardinal, Merry del Val devient alors son principal collaborateur.
Diplomate rigide, conservateur intransigeant (comme les cardinaux Louis Billot et Gaetano De Lai et tout l'entourage du pape Pie X), Merry del Val s'oppose aux modernistes avec vigueur. Ernesto Buonaiuti (1881-1946), prêtre italien moderniste excommunié, le décrit comme un « cardinal espagnol énigmatique et sinistre, à la suffisance hautaine et vaniteuse ». D'autres lui font une réputation proche de l'ascétisme et soulignent son esprit charitable ; il s’occupe ainsi toute sa vie d’un foyer de jeunes Romains défavorisés qu'il avait fondé dans le quartier populaire du Trastevere, allant les visiter tous les jours, jouant au billard, à la balle avec eux ou les confessant.
Lors de la séparation de l'Église et de l'État (1904-1906), Merry del Val rejette toute négociation et refuse aux évêques français le droit de fonder des associations cultuelles à l'instar de ce qui se fait déjà en Allemagne : l'Église de France y perd l’intégralité de son patrimoine.
À la suite des projets scolaires de « défense laïque » déposés par Gaston Doumergue en juin 1908, il s'implique dans la guerre scolaire et parvient à faire accepter par l'épiscopat français la neutralité scolaire comme contraire aux doctrines catholiques. Du fait de son action, l'école libre va occuper à partir de ce moment une place centrale dans les préoccupations de la hiérarchie catholique française.
Il est l'interprète de la doctrine du non possumus avancée par le pape Pie X en réponse à Théodore Herzl, venu chercher au Vatican un appui catholique pour légitimer le sionisme naissant. Selon ce non possumus, l'Église catholique se doit d'être bienveillante à l'égard des Juifs, témoins historiques de la vie de Jésus, mais ne peut en aucun cas légitimer le sionisme en raison de la non-reconnaissance de la divinité du Christ par les Juifs.
À une époque où l'antisémitisme s'exprime publiquement (affaire Dreyfus en France), ses rapports avec le judaïsme restent conflictuels : estimant que les Juifs doivent légitimement être exécrés pour avoir « versé le sang du saint des saints » et dénonçant leur projet de « reconstruire le Royaume d'Israël en s'opposant au Christ et à son Église », il refuse catégoriquement la suppression de la mention des « perfidis judaeis (juifs infidèles) » dans la liturgie du Vendredi saint — au prétexte de la conservation de la liturgie — et il combat la société des Amis d’Israël jusqu'à sa dissolution, lui reprochant — bien qu'il en ait été membre — d'être « sous la main et l'influence des Juifs ».