Radovan Karadžić (alphabet cyrillique serbe : Радован Караџић), né le 19 juin 1945 à Petnjica (actuel Monténégro), est un homme d'État yougoslave et criminel de guerre.
En 1992, il devient le premier président de la république serbe de Bosnie. Il est accusé de nettoyage ethnique pour les faits commis durant la guerre de Bosnie-Herzégovine, notamment pour le massacre de Srebrenica. Biljana Plavšić lui succède à la tête de la république serbe de Bosnie en 1996.
Après plusieurs années de fuite, il est arrêté en 2008 à Belgrade, puis transféré à La Haye. En 2019, le Mécanisme pour les Tribunaux pénaux internationaux le condamne définitivement à l’emprisonnement à perpétuité pour génocide (en particulier à Srebrenica), crimes contre l'humanité et violations des lois ou coutumes de la guerre.
Né dans le village de Petnjica (municipalité de Šavnik) au Monténégro, il passe son enfance à Nikšić toujours au Monténégro, près de la frontière avec la Bosnie, puis arrive en 1960 à Sarajevo où il poursuit des études de médecine. En juin 1968, il prononce des discours nationalistes serbes à la faculté de philosophie de Sarajevo.
Devenu docteur en médecine en 1971, il se spécialise dans la psychiatrie et tout particulièrement le traitement des névroses et de la dépression. Il passe l'année scolaire 1974-1975 à l'université Columbia de New York où il suit des cours de psychiatrie et de poésie.
En mars 1977, il travaille au Centre pour l’éducation des adultes Duro Dakovic de Sarajevo. De 1979 à 1992, il exerce au service de psychiatrie de l’hôpital d’État de Sarajevo. En 1983-1984, il est psychologue du club de football l'Étoile rouge Belgrade.
Entre 1984 et 1985, il passe onze mois en détention préventive pour détournement de fonds publics. Le 26 septembre 1985, il est condamné à trois ans de prison, mais il n'effectue pas cette peine.
Il est ensuite préparateur mental pour les joueurs du club de football FK Sarajevo.
Selon le footballeur international Predrag Pašić, lui aussi Serbe de Bosnie mais qui choisira de ne pas quitter les Bosniaques, Radovan Karadžić s'est soudainement transformé en un animal politique en révélant une deuxième « personnalité » totalement différente : « Il nous enseignait tout le temps à être ensemble, à avoir un esprit d'équipe, que la victoire ne comptait que si nous étions ensemble, que si nous respirions ensemble, que nous jouions ensemble, les uns pour les autres. Et l'homme politique refusait toute vie commune, et c'est lui qui a assiégé Sarajevo pendant trois ans. »
En juillet 1990, à l'âge de 45 ans, Radovan Karadžić participe en Bosnie-Herzégovine à la fondation du parti politique Parti démocratique serbe (SDS). Ce parti se présente comme le parti nationaliste serbe équivalent du Parti d'action démocratique (SDA), principal parti musulman, et de l'Union Démocratique Croate (HDZ). Ces trois partis nationalistes formeront une coalition pour provoquer la chute du Parti socialiste au pouvoir (SDP, Parti socio-démocrate). La coalition sera néanmoins de courte durée à la suite du processus de dislocation de la fédération yougoslave.
Il prend la stature de principal chef nationaliste serbe le 14 octobre 1991, lorsqu'il déclare devant l'Assemblée parlementaire de Bosnie et Herzégovine : « Si vous continuez à soutenir la sortie de la Bosnie et Herzégovine de la fédération yougoslave, vous allez connaître le même enfer que celui qu'ont connu la Slovénie et la Croatie. Quant aux citoyens bosniaques de religion musulmane, ils risquent tout simplement de disparaître en cas de guerre car ils n'auront pas suffisamment d'armes pour se défendre. » Après ce discours, les élus SDS se lèvent et quittent leur siège au Parlement, ce qui précipite la fracture de la Bosnie et Herzégovine en deux camps : d'un côté, les croates et musulmans, voulant la sortie de la Bosnie et Herzégovine de la fédération yougoslave, et de l'autre côté, les sympathisants SDS voulant l'annexion de la Bosnie et Herzégovine à la Serbie pour la constitution de la Grande Serbie sous la houlette de Slobodan Milošević.
Le 27 mars 1992, l'année suivant l'éclatement de la Yougoslavie, il devient président du Conseil de sécurité nationale de la république serbe de Bosnie (Republika Srpska). Le 12 mai suivant, il devient membre de la présidence à trois de la République serbe. Ensuite, du 17 décembre 1992 au 19 juillet 1996, il est président unique de la République serbe.
Il est accusé d'avoir ordonné le nettoyage ethnique des Bosniaques et des Croates lors de la guerre de Bosnie-Herzégovine. Biljana Plavšić le remplace à la présidence du pays le 19 juillet 1996. Inculpé de génocide, crimes de guerre et crimes contre l'humanité par le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY) en 1995, Radovan Karadžić quitte sa résidence de Pale une nuit de 1997 pour prendre la fuite.
Ces accusations lui valent parfois dans les médias le surnom de « boucher des Balkans » ou « boucher de Bosnie », à l'instar de Ratko Mladić, ex-commandant en chef des Serbes de Bosnie, poursuivi devant la même juridiction et pour les mêmes charges.
Il est dès lors activement recherché par les forces de l'ONU présentes en Bosnie-Herzégovine. L'avis de recherche d'Interpol indique notamment crimes contre l'humanité, atteintes graves à la convention de Genève de 1949, meurtre, et génocide, en particulier pour ce qui concerne le massacre de Srebrenica. Ses partisans affirment qu'il n'est pas plus coupable que n'importe quel chef politique en temps de guerre.
Entre 1996 et 2008, Radovan Karadžić change son apparence physique. Lors de son arrestation à Belgrade, le ministre de la Justice serbe exhibe, en fin d'entretien, le portrait de Dragan Dabic, son nom de substitution : la presse serbe le surnomme « le Père Noël » en raison de sa barbe blanche et de ses cheveux longs attachés sur le haut de son crâne.
Devenu spécialiste de médecine alternative, il participe à plusieurs conférences et est employé par une clinique privée où il gagne bien sa vie. Il a aussi écrit plusieurs articles dans le magazine Zdrav Život (en français la « vie saine »). Lors d'une conférence de Dragan Dabic dans la ville de Kikinda, se trouvait au premier rang l'une de ses camarades d'école, Olga Bajsinski (pendant 4 ans) ; elle dit qu'elle n'avait pas reconnu Karadžić. Il rencontre aussi des personnalités politiques étrangères amies comme Jean-Marie Le Pen, qui lui a rendu visite pendant cette période. Durant sa seconde vie, il eut aussi une femme, Mila.
Le 21 juillet 2008, la chaîne d'informations Al Jazeera annonce sa capture par les forces spéciales serbes en territoire serbe. Cette arrestation aurait été rendue possible par la volonté du nouveau gouvernement serbe sous la présidence de Boris Tadić. Le 22 juillet 2008, l'arrestation de Radovan Karadžić est officiellement déclarée après une longue cavale de treize années. Il est transféré le 30 juillet 2008 vers le centre de détention du Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie.