Radegonde de Poitiers (Radegundis en latin), née en 518 ou 521 en Thuringe, morte le 13 août 587 à Poitiers, est une princesse thuringienne, devenue reine des Francs en épousant Clotaire Ier, fils de Clovis.
Connue pour ses extrêmes humilité et dévotion, elle fuit la cour royale et s'installe à Poitiers où elle fonde l’abbaye Sainte-Croix de Poitiers (aujourd'hui située dans la commune limitrophe de Saint-Benoît), dont elle devient simple religieuse. Elle est vénérée comme sainte par les Églises catholique et orthodoxe, et fêtée le 13 août. Elle est la sainte patronne de Poitiers et anciennement patronne secondaire de la France. On possède trois vies de cette sainte, rédigées par Venance Fortunat, Baudonivie (nonne de Sainte-Croix) et Hildebert de Lavardin.
Radegonde est la fille de Berthaire, roi de Thuringe.
À la mort de Basin de Thuringe, son royaume est partagé entre ses trois fils : Badéric (en), Hermanfred et Berthaire. Il s’ensuit une guerre fratricide. Berthaire est d’abord assassiné par ses deux frères. Puis Badéric est victime d’une coalition entre le Franc Thierry Ier, fils de Clovis, roi de Metz, et Hermanfred. Radegonde est alors emmenée, à l’âge de trois ans, à la cour d’Hermanfred.
Mais Thierry Ier, exigeant une partie du royaume de Thuringe en échange de son soutien, forme une alliance avec son frère Clotaire, roi de Soissons. Ils vainquent l’armée thuringienne en 531 et Hermanfred périt dans des circonstances obscures. Avec son frère, Radegonde devient, à onze ans, prisonnière de Clotaire, après tirage au sort.
Quelque temps après, Radegonde est emmenée dans le royaume de Soissons, à Saint-Quentin, puis dans une villa royale située à Athies, dans le Vermandois. Durant une dizaine d’années, Radegonde y reçoit une éducation religieuse et intellectuelle. Elle apprend le latin et approfondit sa foi par la lecture de textes religieux.
Ingonde meurt en 538. Radegonde est présentée au roi par un courtisan et Clotaire se rend alors compte qu’elle peut devenir sa quatrième épouse.
Radegonde semble n’avoir eu aucun désir de devenir reine des Francs, car elle aurait tenté de s’enfuir, mais fut rattrapée dans les alentours de Péronne.
La cérémonie de mariage, en présence de l’évêque Médard, a lieu à Soissons, vers 539.
Le statut de reine rendait nécessaire le maintien de son rang par un vêtement illustrant sa puissance et confirmant la prospérité et la puissance du mari, qui utilisait ce « trésor animé » comme une vitrine. Or la reine prit place à un banquet en vêtements simples, afin d’affirmer son humilité chrétienne. De mauvaises langues demandèrent à Clotaire s’il avait épousé une nonne. Durant le banquet, la discussion entre les époux fut presque violente et Clotaire tenta d’imposer sa volonté à son épouse, qui refusait de se conformer à l’édit royal. Pratiquant le jeûne, elle refusa de succomber au faste alimentaire du banquet, de sorte qu’un serviteur dut prendre le pain pour le donner aux pauvres.
Radegonde s'éloigna progressivement de la vie de cour pour se consacrer à une vie pieuse et charitable auprès des pauvres. Elle obtint de Clotaire le pardon et la libération de plusieurs condamnés à mort.
Après que Clotaire eut assassiné son jeune frère, elle décida de ne plus vivre avec ce meurtrier, alors que le roi la voulait toujours comme épouse et comme reine. La reine Radegonde s’enfuit et trouva à Noyon son évêque, futur saint Médard. En dépit de l’hésitation de ce dernier qu'elle menacera en lui disant «Si tu tardes à me consacrer et que tu craignes un homme plus que Dieu, le Pasteur te demandera compte de l'âme de ta brebis», elle réussit à être consacrée diaconesse et à devenir simple moniale. Si Clotaire tenta encore de la chercher, l’évêque de Paris, saint Germain de Paris, effectua son intervention sans qu’elle soit à nouveau capturée, en vertu du canon V de concile de Paris (553) qui stipulait l’excommunication perpétuelle contre quiconque tenterait d’arracher une moniale à son abbaye.
En souhaitant se retirer, elle fit d’abord un pèlerinage à Tours sur le tombeau de saint Martin. Elle alla ensuite demander conseil à saint Jean de Chinon, qui vivait dans un ermitage troglodytique qui existe toujours au-dessus de la ville en la chapelle Sainte-Radegonde. Elle se rendit ensuite, entre Tours et Poitiers, sur la terre de Saix que Clotaire lui avait donnée, et y fonda un oratoire et un hospice où elle s’occupait elle-même des malades. Ce fut l’un des premiers hospices de France.
« Clotaire, en revenant, emmena captive avec lui Radegonde, fille du roi Berthaire, et la prit en mariage ; il fit depuis tuer injustement son oncle par des scélérats. Elle, se tournant vers Dieu, prit l'habit, et se bâtit un monastère dans la ville de Poitiers. Elle s'y rendit tellement excellente dans l'oraison, les jeûnes, les veilles, les aumônes, qu'elle acquit un grand crédit parmi les peuples. »
— Grégoire de Tours, Histoire des Francs, troisième livre (traduction par Guizot)
Fondatrice de l’abbaye de Poitiers
Elle se rendit à Poitiers, où elle fonda le monastère Notre-Dame (devenu depuis Sainte-Croix). Le 25 octobre 552 (ou 553), en présence d’une grande foule, elle entra dans le monastère Notre-Dame accompagnée de nombreuses jeunes filles. Elle donna à ses compagnes une règle stricte. Avec Agnès, sa sœur spirituelle qu’elle tint à choisir comme future abbesse, et Venance Fortunat, poète italien qui deviendra le biographe de Radegonde, elle alla à Arles pour se renseigner sur la règle de saint Césaire afin de l’adopter. Elle se plaça sous la protection du Saint-Siège, pour être libre du pouvoir épiscopal.
Agnès devint abbesse du monastère et Venance Fortunat évêque de Poitiers en 597. D’après une autre biographie de Baudonivie, une moniale de Poitiers, composée vers 600, elle avait une grande vénération pour les reliques. Elle en rassembla un grand nombre qui seraient toujours au monastère Sainte-Croix. De l’empereur Justin II, elle obtint un fragment de la croix du Christ en 569, qu'elle reçut à Sigon(Migné, près de Poitiers). C'est à cette occasion que saint Venance-Fortunat composa l’hymne Vexilla regis prodeunt.