Rabat (en arabe : الرباط, ar-Ribāṭ ; en amazighe : ⵕⵕⴱⴰⵟ, Ṛṛbaṭ ; en arabe marocain : الرّباط, Rbaṭ) est la capitale du royaume du Maroc. La ville est située sur la côte Atlantique, au nord-ouest du Maroc, à quarante kilomètres au sud de Kénitra, à deux-cent-quarante kilomètres au sud-ouest de Tanger et du détroit de Gibraltar et à quatre-vingt-sept kilomètres au nord-est de Casablanca. Elle est séparée de la ville de Salé par l'embouchure du Bouregreg, ce qui vaut aux deux villes le surnom de « villes jumelles ».
Lors du dernier recensement de 2014, son agglomération était de 515 619 habitants, faisant de Rabat la septième ville du royaume. Avec sa banlieue, elle forme la deuxième agglomération de ce pays après celle de Casablanca.
Depuis 2012, un ensemble de sites de Rabat est inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l'Unesco. La ville a aussi reçu la deuxième place du classement CNN des « Meilleures destinations touristiques de 2013 ». En 2024, la ville de Rabat reçoit à l’unanimité le prix d'honneur à l'occasion du Programme des Nations unies pour les établissements humains (ONU-Habitat) 2024.
La ville a été fondée au XIIe siècle par les Almohades, qui y édifièrent une citadelle (devenue la kasbah des Oudayas), une mosquée ainsi qu'une résidence. Il s’agissait alors d’un ribat (« forteresse »). Le nom actuel de la ville dérive de Ribat Al Fath, signifiant « le Camp de la Victoire ».
Par la suite, le petit-fils de Abd Al-Mūmin, — Ya'qub al-Mansūr —, agrandit et complète la ville, notamment en l’entourant de murailles. Elle sert alors de base aux expéditions almohades en Andalousie.
Après 1269, lorsque les Mérinides choisissent Fès comme capitale, Rabat entre dans une période de déclin. L'explorateur morisque Hassan al-Wazzan rapporte qu'il n'y subsiste alors qu'une centaine de maisons. Par la suite, 13 000 Morisques s’y installent, contribuant à revitaliser la ville. Jusqu'au XIXe siècle, Rabat est connue sous le nom de Salé-le-Neuf.
En 1912, Lyautey fait de Rabat le siège du résident général et la capitale du protectorat français au Maroc. En 1956, lors du recouvrement de l’indépendance du Maroc, la ville conserve son statut de capitale du pays.
En 1875, Bleicher signale pour la première fois l'existence d'outils lithiques au Maroc. Il est cité entre autres le site Douar Doum à Rabat.
Une carrière d'exploitation dans le quartier de Kébibat a livré en 1933 les plus anciens fossiles humains trouvés au Maroc (à la date de 2004), soit vingt-trois fragments de boîte crânienne, sans industrie lithique associée. Leurs caractéristiques ont induit plusieurs hypothèses successives. Marçais (1934) en fait un Atlanthrope. Vallois (1958/1959) leur attribue un mélange de Néandertalien et de Sinanthrope. Jaranof (1945) les dit moustériens. Ferembach (1975) les attribue à l'Acheuléen moyen. Au début des années 2000, ils sont dits du Tensiftien, contemporain du Riss, l'avant-dernière glaciation. La stratigraphie du site a été interprétée en 1959 par G. Choubert.
Les falaises du littoral océanique entre Rabat et Tébibat sont elles aussi riches en vestiges préhistoriques : Dar-es-Soltane I et II, El Harhoura I et II, grotte des Contrebandiers (appelée de nos jours El Mnasra).
Fondation et développement sous les Almohades
La première trace urbaine à Rabat se situe à l'actuelle kasbah des Oudaïas, les Almoravides y ayant fondé un fort pour organiser les attaques contre les tribus du royaume hérétique des Berghouata non loin des ruines de l'ancienne cité romaine de Sala Colonia. La dynastie des Almohades fit édifier, en 1150, à la place de l'ancien fort sanhadja des Almoravides, un ribat (ou forteresse), lieu de rassemblement des combattants de la foi, point d’étape dans l’épopée almohade pour la conquête de l’Andalousie et le contrôle du reste du Maghreb. Le calife Abu Yusuf Yaqub al-Mansur se disait désireux de concevoir, quant à la position du Bouregreg, des projets plus vastes capables d'éclipser les grandes métropoles abbassides de l'Orient islamique.
Aidé des nombreux captifs ramenés d’Espagne après la bataille d'Alarcos, il fait construire les remparts de la future capitale et commence, non loin du fleuve, une mosquée aux proportions grandioses ; mais cette dernière ne fut pas achevée : seul se dresse son minaret, qui servit de repère aux navigateurs pour le franchissement de la ville. À ce camp retranché fut d'abord appliqué le nom de « Ribat de Salé », puis celui de « Ribat El-Fath » (le Camp de la Victoire), après la victoire des armées almohades en Espagne.
Cette construction, qui correspond en gros à la partie ouest de l’actuelle kasbah des Oudaïas, fut aussi appelée « al-Mahdiya », en souvenir d’al-Mahdî Muhammad ibn Tûmart, fondateur du mouvement almohade. À partir du Ribat d’Abd al-Mumin, son[Qui ?] fils Abu Yaqub Yusuf, puis son petit-fils Yacoub el-Mansour, héritiers d’un empire s'étendant de la Castille à la Tripolitaine, à cheval sur l'Europe et l'Afrique, ont construit une cité imposante, couvrant plus de quatre cents hectares, enceinte de murailles imposantes percées de portes monumentales et qui devait être dotée d'une mosquée gigantesque, la tour Hassan (restée inachevée, et puis détruite durant le séisme de 1755), mais qui eut été l'un des plus grands sanctuaires du monde musulman.
Ainsi, bien que Ribat al Fath ne reçût jamais la population que son enceinte aurait pu abriter, les grandes orientations de la ville étaient tracées. Les remparts, les portes monumentales de l’époque, le minaret et les vestiges de la mosquée de Hassan témoignent aujourd'hui encore de l’ampleur de la ville almohade, sur un site dont le caractère sacré a été accentué et revalorisé par l'édification du mausolée Mohammed V, symbole de piété filiale qui, de par sa décoration exceptionnelle, œuvre d'art collective, est un hommage au souverain qui y repose et un témoignage de la renaissance de l'artisanat traditionnel[évasif].
De la fin de la période almohade, vers le milieu du XIIIe siècle, jusqu'au début du XVIIe siècle, l’importance de Rabat diminua considérablement.
La dynastie zénète des Mérinides fonda le Jama' el-Kbîr, ainsi que d'autres ruelles, toutes situées au cœur de l'actuelle médina. La localisation de cet équipement public permet d’affirmer que la vie citadine n’était pas concentrée uniquement aux abords immédiats de la kasbah et que plusieurs quartiers de l'actuelle médina étaient habités.
À partir de 1610, Rabat reçoit une forte population de réfugiés morisques chassés de l'ancienne Al-Andalus par le roi d'Espagne Philippe III d'Espagne. Les réfugiés s’établissent dans la kasbah et à l'intérieur de l'enceinte almohade, dans la partie nord-ouest qu'ils délimitent et protègent par une nouvelle enceinte, la muraille andalouse. Les descendants de ces Morisques, qui portent souvent des patronymes hispaniques tels que Dinia (Dénia, ville en Espagne dans la commune autonome de Valence), Guédira, Mouline (Molina), Bargach (Vargas), Karrakchou (Carracso/Carrasco), Moreno, Balafrej (Palafres), Ronda ou Tamourro (Chamorro) sont toujours considérés comme les Rabatis dits « de souche ».