Raúl Castro, né le 3 juin 1931 à Birán (province de Holguín), est un homme d'État cubain.
Dans le cadre de sa participation à la révolution cubaine, il est l'un des membres du Mouvement du 26 Juillet. Par la suite, il est ministre de la Défense de 1959 à 2008 et premier vice-président du Conseil d'État et président du Conseil des ministres de 1976 à 2008.
Il est président par intérim à partir du 31 juillet 2006, puis est élu président des Conseils d'État et des ministres le 24 février 2008, succédant à son frère Fidel Castro. Il occupe le poste jusqu'au 19 avril 2018. Membre du Parti socialiste populaire depuis 1953, il adhère au Parti communiste de Cuba en 1965 et en est Premier secrétaire du 19 avril 2011 au 19 avril 2021.
Raúl Modesto Castro Ruz est le quatrième enfant d'Ángel Castro Argiz, riche planteur sucrier, et de sa cuisinière Lina Ruz González. Des rumeurs persistantes prétendent que Raúl Castro ne serait que le demi-frère de Fidel. Son père biologique aurait été un sergent dans l'armée et commandant de poste de garde de Birán (le village natal des frères Castro), nommé Felipe Miraval, un métis chinois et mulâtre qui aurait entretenu des relations avec sa mère Lina Ruz González, ce qui pourrait expliquer qu'on le surnomme « le Chinois », en raison de sa petite taille et des traits de son visage très différents de ses frères. Son père est un ancien soldat de la guerre d'indépendance de 1895, sympathisant franquiste et riche planteur sucrier.
Il est envoyé dans une école militaire à l'âge de 6 ans. Malgré des études dans des écoles jésuites de Cuba, Raúl Castro n'obtiendra pas de diplôme. Il adhère au Parti communiste en 1953, après un voyage derrière le rideau de fer et participe activement aux émeutes estudiantines sous la dictature de Fulgencio Batista.
Révolution cubaine (1953-1959)
Les frères Castro organisent une réaction armée au putsch de Batista en attaquant la caserne de Moncada le 26 juillet 1953, mais celle-ci est un désastre et la moitié des assaillants est exécutée sommairement après sa capture. Raúl est emprisonné sur l'île des Pins pendant 22 mois à cause de cette opération manquée.
Amnistié en 1955 par le dictateur Fulgencio Batista, il s'exile au Mexique, puis aux États-Unis avec son frère Fidel, d'où il réorganise la résistance à Batista, que l'on appelle le mouvement du 26 juillet. Il se lie d'amitié avec Che Guevara, un autre membre de la résistance. Durant son exil à Mexico, il participe aux préparatifs de l'expédition à bord du navire Granma, qui débarque à Cuba le 2 décembre 1956. Après avoir été prise dans une embuscade sanglante des troupes de Batista et harcelée par l'aviation, la petite troupe révolutionnaire est rapidement ébranlée. Il fait partie du petit groupe de survivants qui réussissent à rejoindre un refuge dans la sierra Maestra d'où ils poursuivent la lutte armée.
En février 1958, il reçoit pour mission de prendre l'ancienne province orientale afin d'ouvrir le front à la colonne des guérilleros au nord-est de ce territoire. Il devient commandant le 27 février 1958. En juin, acculé par les bombardements incessants de l'aviation ennemie, il fait enlever une cinquantaine de citoyens nord-américains, ingénieurs et soldats rentrant à Guantánamo après une permission en territoire cubain. La prise d'otages suscite une vive attention de l’ambassade des États-Unis et dans une certaine mesure de l'opinion publique, que Raúl Castro exploite en publiant des photos démontrant que les avions de Batista prennent leur ravitaillement sur la base de Guantánamo. La manœuvre réussit et les États-Unis font cesser les bombardements dans l'attente de la libération des otages, ce que fait la troupe rebelle tout en se laissant le temps de se redéployer et de se réarmer. L'opération devient aussi un succès médiatique grâce aux prisonniers eux-mêmes, qui témoignent auprès de la presse de leurs conditions de détention des plus bienveillantes et de la légitimité de l’insurrection cubaine. Certains iront jusqu'à expliquer qu'ils auraient souhaité rester avec Raúl.
Au sujet des soldats du gouvernement de Batista capturés, Raúl Castro note dans ses carnets de guerre : « On a apporté à manger aux trois et on leur a dit qu’on les remettrait en liberté et que l’on garderait uniquement leurs armes. Ils avaient de l’argent et des montres dont nous avions besoin, mais suivant nos principes, nous n’y avons pas touché ». Dans les territoires sous contrôle de la guérilla, il fonde une structure autonome en établissant des hôpitaux, des écoles et plusieurs usines de fabrication de matériels. En 1958, il est également à l'origine des services de renseignements du M-26.
Ministre des forces armées (1959-2008)
Le 12 janvier 1959, après la chute de Batista, Raúl Castro fait abattre à Santiago de Cuba, sans procès, 71 soldats et policiers de l'ancien régime. La communauté internationale réprouve ces exécutions.
Il devient ministre de la Défense, et dirige les forces armées cubaines, poste qu'il conservera jusqu'en 2008.
La CIA projette son assassinat et recrute pour cela en 1960 le pilote de l'avion qui ramenait Raul Castro de Prague vers La Havane pour « arranger un accident », lui proposant 10 000 dollars. Le projet échoue, le pilote expliquant à son retour n'avoir « pas eu l'occasion d'arranger un accident comme discuté ».
En 1964, Raúl Castro participe à la mise en place des unités militaires d'aide à la production, des camps de travail agricole pour les Cubains considérés « asociaux » par le régime castriste et exemptés de service militaire. L'historien Pierre Rigoulot indique que Raúl Castro avait découvert en Bulgarie une thérapie permettant de soigner les homosexuels. Ces derniers devaient visionner un film montrant une relation homosexuelle et quand ils étaient excités par le film, ils recevaient une décharge électrique. Selon l'écrivain chilien Roberto Ampuero, Raúl Castro voulait former des révolutionnaires « avec des couilles ». Dans les faits, selon l'universitaire américain Jafari Sinclaire Allen, « il ne semble pas y avoir eu de tentative d’y traiter l’homosexualité des prisonniers. Les détenus avaient bien quelques rendez-vous avec des “psychologues”, mais il semble que cela ait plus été des formalités administratives qu’une forme de thérapie ».
Il intègre la direction nationale des organisations révolutionnaires et le Parti uni de la révolution socialiste cubaine. Il devient également le second secrétaire du comité central du Parti communiste cubain lors de sa fondation en octobre 1965. Peut-être sous l'influence de sa femme Vilma Espín, militante pour les droits LGBT, il manifeste des désaccords sur la question de la répression de l’homosexualité dans les années 1960 et 1970. En tant que ministre de la Défense, il contrôle les forces militaires cubaines, ce qui alimente les spéculations selon lesquelles il pourrait conduire un coup d'État après la mort de son frère. Raúl Castro est souvent vu comme plus dur et plus sévère que Fidel Castro. Ce dernier le présente comme son dauphin : « Derrière moi en viennent d'autres, plus radicaux que moi. »
En 1994, il fait preuve de pragmatisme et s'oppose à son frère, en déclarant : « La principale menace qui pèse sur nous, ce ne sont pas les canons américains, ce sont les haricots. Ceux que les Cubains ne mangent pas », alors que Fidel Castro s'oppose à une libéralisation des marchés agricoles. Raúl précise : « Si nous ne changeons rien, je n’aurai pas d’autre choix que de sortir les tanks. »
Chef de l'État (2008-2018) et Premier secrétaire du Parti communiste (2008-2021)