RTL, sigle de Radio Télévision Luxembourg, initialement nommée « Radio Luxembourg », est une station de radio généraliste privée française de catégorie E dite « périphérique » et principalement financée par la publicité, créée le 15 mars 1933. Historiquement fondée et contrôlée par le groupe luxembourgeois Compagnie luxembourgeoise de télédiffusion (CLT) puis par le groupe RTL Group appartenant à l'allemand Bertelsmann au milieu des années 2010, la station RTL appartient à 100 % au groupe M6 depuis le 1er octobre 2017, groupe dont toutefois, le premier actionnaire reste l'allemand Bertelsmann. En plus de cette radio, plusieurs stations dont le nom officiel comprend également le sigle RTL émettent en plusieurs langues dans différents pays, notamment RTL Radio Lëtzebuerg (Luxembourg), Bel RTL (Belgique) et RTL Radio (Allemagne).
Le 15 mars 1933, Radio Luxembourg succède à la radio associative du même nom, créée par les frères Anen en 1925. Elle prend la forme d'une radio périphérique émettant depuis le Luxembourg pour échapper à la réglementation française. Elle diffuse en plusieurs langues dans une bonne partie de l'Europe sur une même fréquence en grandes ondes avant de préférer uniquement la langue française, dans les années 1950. La chaîne française à cette époque, Radio Luxembourg crée une déclinaison de sa station en langue néerlandaise, anglaise, allemande et luxembourgeoise, diffusées en ondes moyennes, ondes courtes et dans la bande FM, tandis que les grandes ondes sont uniquement réservées au service francophone.
En 1966, l'antenne francophone de Radio Luxembourg change de nom pour devenir RTL et adopte une nouvelle programmation, essentiellement basée sur l'information et le divertissement. Après avoir installé des studios provisoires en France au 22, rue Bayard dans le 8e arrondissement de Paris dès 1936, elle déménage définitivement du Luxembourg pour s'établir dans l'Hexagone à partir de l'année 1991.
En France, RTL diffuse principalement sur les ondes hertziennes (bande FM et DAB+) et par satellite, tout en retransmettant ses programmes sur Internet. Jusqu'en 2019, elle est fréquemment classée première radio de France en termes d'audience, avec en 2016, une moyenne de 6,3 millions d'auditeurs quotidiens. En 2019, elle perd toutefois cette première place, au profit de France Inter sans être parvenue à la regagner de manière stable depuis lors.
Le 2 janvier 2023, RTL abandonne définitivement la diffusion en grandes ondes ; ainsi, à 1 heure du matin, l'émetteur de Beidweiler cesse de moduler la fréquence historique de la station.
1925-1930 : une radio associative convoitée
Au début des années 1920, les frères François, Marcel et Aloyse Anen sont propriétaires d'un magasin de postes de TSF à Luxembourg. La vente de récepteurs est toutefois vouée à l’échec car aucune radio ne peut être captée dans le Grand-Duché de Luxembourg dans de bonnes conditions. À partir de 1923, passionné de radio, François se met à expérimenter en tant que radioamateur avec un émetteur d'une puissance de 50 W. En 1925, François et Marcel créent l'Association Radio Luxembourg et commencent à diffuser de la musique. Les programmes s'étoffent au fil des mois et sont présentés à la fois en luxembourgeois, français, allemand et anglais. En 1927, la radio associative diffuse deux à trois heures de programmes par semaine. Cette même année, elle reçoit sa première subvention du Luxembourg. En 1928, Radio Luxembourg commence à se faire un nom et la puissance de son émetteur passe à 250 W.
La position idéale du Luxembourg au cœur de l'Europe et l'absence de réglementation du secteur attirent les sociétés privées de radiodiffusion étrangères. Plusieurs groupes français veulent y installer une radio périphérique afin d'échapper à la réglementation française et aux autorisations de diffusion précaires accordées aux stations privées. Radio Luxembourg est alors courtisée. En 1929, elle reçoit une aide technique de la Radiophonie du Midi, propriétaire de Radio Toulouse, qui crée la Compagnie nationale de radiophonie luxembourgeoise (CNRL) le 20 juillet 1929. Dans le même temps, François Anen s'associe avec deux français, l'éditeur Henry Étienne et l'ingénieur Jean Le Duc de la Compagnie des compteurs, pour créer la Société luxembourgeoise d'études radiophoniques (SLER) le 11 mai 1929. En réalité, la Compagnie générale de la télégraphie sans fil (CSF), propriétaire de Radio-Paris, se cache derrière cette société.
Finalement, le 19 décembre 1929, le Grand-Duché de Luxembourg instaure un monopole d'État sur la radiodiffusion et se réserve le droit d'accorder une concession à une station privée. Le 7 janvier 1930, Radio Luxembourg est sommée de cesser sa diffusion et s'exécute deux jours plus tard. Le 3 avril 1930, le projet de la SLER est choisi face à ceux de ses concurrents, notamment la CNRL. L'État luxembourgeois et la SLER signent un cahier des charges le 28 août 1930, puis une convention exclusive d'une durée de 25 ans le 29 septembre 1930. Cette dernière prévoit une redevance à l'État de 30 % du bénéfice net ainsi que la création d'une commission des programmes et d'une commission technique permettant au gouvernement de contrôler la station privée.
1931-1939 : une radio périphérique privée
La Compagnie luxembourgeoise de radiodiffusion (CLR), société de droit luxembourgeois (au capital majoritairement franco-belge), est constituée le 30 mai 1931 et se substitue officiellement à la SLER le 8 juin 1931. Les frères Anen ne font alors plus partie de l'aventure. Le 19 novembre 1932, la CLR installe son siège à la Villa Louvigny dans le parc municipal de Luxembourg.
Le 15 mars 1933, Radio-Luxembourg Expérimental commence la diffusion de ses programmes réguliers sur une fréquence non autorisée par l'Union internationale de radiophonie (1 191 m, 252 kHz). Associée au plus puissant émetteur en grandes ondes d'Europe installé à Junglinster, la radio est captable sur une bonne partie de l'Europe, représentant un bassin de 16 millions d'auditeurs potentiels. La station diffuse chaque soir de 19 h à 23 h des concerts, débats et informations en allemand, français et luxembourgeois. La radio possède même son propre orchestre. Le 15 juillet 1933, Radio Luxembourg passe à 8 heures de programmes quotidiens avec une première plage à la mi-journée et une seconde dans la soirée, puis une matinale est ajoutée à la fin de l'année. À partir du 3 décembre 1933, la radio diffuse également en anglais. Radio Luxembourg se positionne alors comme une radio internationale et connaît un rapide succès.
Même si la radio est diffusée depuis le Luxembourg, bon nombre de programmes sont produits à Paris, dans un studio situé rue de Ponthieu, avant d'être acheminés par train jusqu'au Grand-Duché. En 1936, la station déménage au 22, rue Bayard à Paris, à quelques pas de l'avenue des Champs-Élysées. La légende affirme que ces nouveaux locaux soient ceux d'une ancienne maison close, le Panier fleuri (en fait situé au 8, boulevard de la Chapelle). On y trouve l'administration française, un studio ainsi que la régie publicitaire et de l'information.
Le 14 janvier 1934, Radio Luxembourg inaugure une nouvelle fréquence (1 304 m, 230 kHz) à la suite des accords de Lucerne sur les fréquences des radios européennes. Cette même année, elle diffuse pour la première fois le Tour de France en juillet et récupère les émissions religieuses supprimées de Radio-Paris en janvier. En février 1936, la radio change de nouveau de fréquence (1 293 m, 232 kHz). Le 15 novembre 1937, Radio Luxembourg est la première radio à émettre toute la journée sans interruption en France, ne s'interrompant que la nuit. En 1939, elle émet 16 heures par jour, avec une régularité dans ses heures d'émission et sa grille des programmes qui permet de fidéliser les auditeurs.
1939-1945 : la parenthèse de la guerre
Après l'invasion de la Pologne par l'Allemagne nazie le 1er septembre 1939, le gouvernement luxembourgeois décide de cesser la diffusion des programmes de Radio Luxembourg dès le lendemain pour faire respecter sa neutralité. La radio se contente de diffuser des communiqués officiels du Grand-Duché et de la musique. Finalement, le 21 septembre, la radio est totalement arrêtée. Une partie du matériel est alors exfiltrée vers Paris, hors de portée des Allemands, et est dès lors utilisée par Radio-Paris.