La révolution mexicaine (en espagnol : Revolución mexicana) est la série de soulèvements armés, de coups d'État et de conflits militaires entre factions qui se produisent au Mexique entre 1910 et 1920.
Avant la révolution, le Mexique est dirigé par le régime du général Porfirio Díaz, qui gouverne dictatorialement le pays depuis 1876. La question agraire est l'une des principales sources de mécontentement qui menèrent a la révolution : près de 11 000 propriétaires terriens contrôlent alors 57 % du territoire national, tandis que 95 % des paysans ne possèdent aucune terre.
L'absence de démocratie mécontente les classes éduquées et une grande partie de la bourgeoisie. Francisco I. Madero s'en fait l'interprète en publiant le Plan de San Luis dans lequel il exprime sa volonté de faire du Mexique un pays démocratique moderne (élections libres, liberté d'expression, droit d'association).
La révolution commence le 20 novembre 1910 par l'appel de Francisco I. Madero à une insurrection contre la réélection à la présidence de Porfirio Díaz. Après des débuts difficiles, le soulèvement, qui connaît ses premiers succès dans le nord du pays, s'étend à d'autres régions, notamment au Morelos, où Emiliano Zapata luttait pour la restitution des terres communales spoliées par les grands propriétaires. La tournure des événements amena le président Díaz à démissionner en mai 1911, mettant ainsi fin à une période de l'histoire mexicaine nommée Porfiriat.
Après avoir été élu président, Madero dut faire face tant à la désillusion de certains de ses partisans qu'à l'opposition des porfiristes. En février 1913, il fut assassiné après un coup d'État militaire orchestré par le général Victoriano Huerta. Ce dernier, après être devenu président, dut rapidement faire face à l'opposition déterminée de Venustiano Carranza, Pancho Villa dans l'État de Chihuahua et Emiliano Zapata au Morelos. Après plusieurs défaites de l'armée fédérale au printemps 1914, Huerta quitta le pays au mois de juillet. Des dissensions apparurent rapidement entre les différentes factions révolutionnaires, carrancistes, villistes et zapatistes.
Réunies lors de la Convention d'Aguascalientes en octobre 1914, ces factions n'arrivent pas à un accord durable et les combats reprennent. En 1915, le principal général carranciste, Álvaro Obregón, affronte et défait Francisco Villa au cours de plusieurs batailles dans le centre puis le nord du pays. Emiliano Zapata est également réduit à la défensive.
En 1916, Venustiano Carranza est en position de force, même s'il ne contrôle pas l'ensemble du pays et qu'il doit faire face à d'énormes problèmes socio-économiques. Après la promulgation de la Constitution mexicaine de 1917, Carranza est élu président. Devenu progressivement impopulaire, il est renversé en 1920 par le dernier coup d'État de la révolution, organisé par les partisans d'Obregón, qui est ensuite élu président.
À partir de 1876, la vie politique mexicaine est dominée par Porfirio Díaz, qui arrive à la tête d'un pays exsangue conséquence de la guerre d'indépendance et de la période d'instabilité qui la suivit, de la perte du Texas, de la Guerre américano-mexicaine qui fit perdre au pays la moitié de son territoire, de la Guerre de Réforme, de l'intervention française (expédition du Mexique), et du Second Empire mexicain, il gouverne de 1876 à 1911 (sauf quelques mois entre 1876 et 1877, puis de 1880 à 1884, période durant laquelle il cède la présidence au général Manuel González).
Son régime est connu sous le nom de « Porfiriat » (« Porfiriato » en espagnol).
Certaines communautés se révoltent et sont écrasées. En 1891 la Rebelión de Tomóchic (es) contre l'application la Loi Lerdo qui ne reconnait pas les propriétés collectives des villages. En 1892, rébellion des indigènes mayos. Accusée formellement et personnellement par Diaz d'être à l'origine de ces révoltes, Teresa Urrea (es), dite la Santa de Cabora, fut exilée aux États-Unis. Le 18 janvier 1900 eut lieu la Batalla de Mazocoba (es) contre les insurgés yaquis menés par Juan Maldonado Waswechia (es), un chef indigène connu sous le nom de « Tetabiate » qui mourra dans des combats contre l'armée en juillet 1901. Ce dernier luttait pour des raisons et des causes similaires à celles de Zapata et est considéré au Mexique comme l'un des précurseurs de la révolution. Des yaquis sont déportés par milliers dans la péninsule du Yucatán en 1905.
Le Porfiriat, c'est aussi la reconnaissance de la suprématie blanche. L'ambassadeur américain Henry Lane Wilson (en) en fera l'apologie après sa chute : « Diaz (qui avait des origines mixtèques) n'était pas seulement un autocrate, c'était aussi un dirigeant sage et juste, un patriote sincère et un honnête homme. Par-dessus les fondations de la barbarie, de l'ignorance et de la superstition aztèque, il a répandu un mince vernis de suprématie aryenne. » Pour le président Calvin Coolidge : « pendant les plus de 30 années du président Diaz, nous fumes spécialement encouragés à faire des investissements », ajoutant que le « désordre » s'était par la suite installé.
Durant cette période le pays se modernise (es) sous la direction d'un groupe de technocrates positivistes disciples d'Auguste Comte connus sous le nom de científicos. En 1894, pour la première fois de son histoire, le Mexique présente un budget excédentaire. Il en sera ainsi jusqu'en 1910, l'excédent total durant les seize dernières années du porfiriat est de 116 millions.
Mais le système porfirien est à l'origine d'inégalités de développement qui provoquent des tensions : inégalités de secteur (les exportations de produits miniers et de matières premières se développent considérablement, alors que les produits alimentaires et de consommation courante se font plus rares) et inégalités entre les régions. La production de maïs passe de 2,5 millions en 1877 à 2 millions en 1910, en conséquence notamment des sécheresse, alors que la population a augmenté (traduit en termes de production par habitant, cela représente une diminution de 50 %). La concentration de la terre se fait au détriment des communautés indigènes, dont les membres sont réduits au péonage ou prolétarisés.
La Ley Lerdo (es) (loi Lerdo), promulguée en 1856, visait à l'origine à bâtir un modèle agricole fondé sur la petite et moyenne propriété mais seuls les grands propriétaires ont les moyens d'acheter à l'État les terres nationalisées ce qui favorisera la concentration extrême de la propriété, la détournant de son but originel. Près de 11 000 propriétaires terriens contrôlent alors 57 % du territoire national, tandis que 95 % des paysans ne possèdent aucune terre.
Le gouvernement accorde un traitement préférentiel à l'agriculture latifundiaire et à l'extraction minière, tant en ce qui concerne la propriété du sol et du sous-sol que les conditions d'exploitation et la faible taxation à la production et à l'exportation. Il reçoit en retour, pour lui-même, pour l'armée, la classe politique et les hauts fonctionnaires les revenus y afférents. Ces deux secteurs sont essentiellement dirigés vers l'exportation. Le capitalisme mexicain est traversé par des intérêts divergents. La bourgeoisie manufacturière réclame des mesures protectionnistes visant à restreindre les importations et à favoriser sa propre production (ce qui risque de gêner sensiblement le commerce extérieur, dans lequel l'agriculture latifundiaire et l'industrie minière ont des intérêts) et la libération de la main-d’œuvre de l'hacienda pour renforcer le marché du travail.
La panique bancaire américaine de 1907 et la crise qui s'ensuivit en Europe provoquèrent une diminution des exportations, le renchérissement des importations, la suppression des crédits industriels et la baisse des revenus en général.
Au début du XXe siècle, des compagnies américaines en l'absence d'investisseurs locaux, contrôlent la plupart des mines et plus de la moitié des gisements pétroliers, domaines où sont aussi actifs les Anglais et les Néerlandais (voir : (Mexican Eagle Petroleum Company (en)).