La révolution arménienne, ou, en référence à la révolution de Velours en Tchécoslovaquie, révolution de velours et révolution douce, se déroule de mars à mai 2018 en Arménie. À l'initiative du député d'opposition Nikol Pachinian, elle rassemble des dizaines de milliers de personnes, particulièrement dans la capitale Erevan, à Gyumri et à Vanadzor.S'intensifiant à partir d'avril 2018, le mouvement, baptisé « Refuse Serge » (en arménien : ՄերժիրՍերժին : MerzhirSerjin), a mené, le 23 avril 2018, à la démission de Serge Sarkissian, au pouvoir depuis 2007, puis à l'élection de Nikol Pachinian au poste de Premier ministre le 8 mai 2018, après l'échec d'une première tentative le 1er mai, qui a alors mené à l'intensification du mouvement, à travers des blocus et une grève générale multisectorielle.
Menées par Nikol Pachinian, membre du parti Contrat civil et député de la coalition d'opposition Yelk, les premières marches débutent en mars 2018. Portant le nom de Im Kayl (« mon pas »), elles visent à protester contre le maintien au pouvoir de Serge Sarkissian à la tête du pays : ce dernier, Premier ministre de 2007 à 2008 puis président de la République de 2008 à 2018 (deux mandats), est en effet élu Premier ministre par les députés le 17 avril 2018 à l'issue des législatives. En 2015, une réforme constitutionnelle avait donné des fonctions essentiellement protocolaires au président, faisant du Premier ministre le réel détenteur du pouvoir exécutif. Les manifestants reprochent également à Serge Sarkissian de ne pas avoir fait reculer la corruption — « endémique » selon le journal Le Monde — et la pauvreté — « croissante » — dans le pays. Les manifestations ont pour slogan « Refuse Serge ! ». Selon Armenak Dovlatyan, président du Parti écologiste d'Arménie, « Il y a 50 000, voire 100 000 personnes qui descendent dans les rues, mais sans agressivité. Aucune voiture ni aucun commerce n'ont été pris pour cible ». Nikol Pachinian est arrêté le 22 avril 2018, en même temps que plusieurs centaines de manifestants.
Sarkissian présente finalement sa démission le 23 avril 2018, face aux protestations antigouvernementales qui secouent depuis onze jours le pays, déclarant notamment : « Nikol Pachinian avait raison. Et moi, je me suis trompé ». Nikol Pashinian est libéré dans la foulée ainsi que deux autres députés arrêtés la veille. Pour Grant Mikaelian, analyste auprès de l'institut du Caucase, « le pouvoir n'a pas la possibilité d'utiliser la force. Sarkissian est devenu un facteur d'instabilité ».
Pour le journaliste Hrant Galstyan, « une démission ne changera rien, les manifestants veulent changer tout le système politique, les élus locaux les premiers. La corruption quotidienne, les arrangements entre politiciens ont une conséquence sur la dégradation de leurs conditions de vie, c'est tout l'enjeu de ce mouvement ».
Élection de Nikol Pachinian comme Premier ministre
La nomination d'un nouveau Premier ministre à la suite d'une vacance du poste est régie par l'article 149 de la constitution arménienne. Les partis composants l'Assemblée nationale doivent nommer leurs candidats et élire l'un d'entre eux à main levée et à la majorité absolue du total des membres dans les sept jours suivants une vacance du pouvoir pour démission ou tout autre raison. En cas d'échec, seuls les candidats nommés par au moins un tiers des députés peuvent se présenter lors d'un second vote organisé sept jours plus tard, toujours à la majorité absolue. Si ce second vote s'avère à son tour infructueux, l'assemblée nationale est de droit dissoute, et des élections législatives anticipées doivent être organisées dans les trente à quarante-cinq jours suivant la dissolution, en accord avec l'article 92 de la constitution.
Le 24 avril, les manifestations cessent momentanément, durant la commémoration du génocide arménien. Nikol Pachinian appelle à de nouvelles manifestations pour le lendemain 25 avril.
Le 25 avril, le Premier ministre par intérim Karen Karapetian se dit prêt à organiser des législatives anticipées, s'il y a un consensus sur la question. Le jour même, la Fédération révolutionnaire arménienne, alliée au Parti républicain d'Arménie, quitte la coalition au pouvoir et demande alors des législatives anticipées. Tandis que Pachinian revendique le soutien de certains députés du Parti républicain (qui a convenu de remplacer Serge Sarkissian à sa tête), Arménie prospère décide d'apporter son soutien à la contestation.
Le 26 avril, Pachinian, qui s'autoproclame « candidat du peuple », déclare que s'il n'est pas « élu Premier ministre, il n'y aura pas du tout de Premier ministre en Arménie ». Le jour même, il appelle à un gel des manifestations à Erevan pour deux jours et appelle à une grande mobilisation pour le 1er mai, jour où le Parlement doit élire le nouveau Premier ministre, tandis qu'il décide, le 27 avril, de revenir à Gyumri, ville où a débuté la contestation. Il se rendra le lendemain à Vanadzor. Pour le politologue Babken DerGrigorian, « les orientations de politique étrangère de l’Arménie ne changeront pas si Pachinian est amené au pouvoir ».
Le 27 avril, le Premier ministre par intérim Karen Karapetian, refuse de rencontrer Pachinian.
Le 28 avril, le Parti républicain décide de ne pas proposer de candidat au poste de Premier ministre. Pour l'analyste Stepan Safarian, la décision du Parti républicain de ne pas présenter de candidat au poste de Premier ministre « ne signifie pas que le Parti républicain sort du jeu. On ignore encore s'ils vont participer au vote ou bien le rendre invalide ». Pour l'analyste Ervand Bozoïan, « au moins six personnes du Parti républicain — comme des rats qui quittent le navire — voteraient pour Pachinian ». Il ajoute que « depuis les années 1990, les gens n'espéraient plus le changement dans ce pays. Maintenant, ils voient que c'est possible. Les gens sont surpris ».
Le 29 avril, Vahram Baghdassarian, porte-parole du Parti républicain à l'Assemblée nationale, déclare que « si trois forces politiques parlementaires soutiennent un seul candidat pour l'élection du Premier ministre, alors le Parti républicain ne s'y opposera pas ». Le jour même, Armen Achotian, vice-président du Parti républicain déclare « [voir] le soutien de l'opinion publique, du peuple, à Nikol Pachinian. Et cela le rend très légitime à venir parler, résumer la situation et trouver la bonne solution ». Il ajoute qu'il « pense qu'il est très important d'entendre le seul candidat au poste de Premier ministre expliquer sa position sur les principaux problèmes que l'Arménie a actuellement » et que son parti « veut entendre peut-être quelques propositions de programme, quelques visions sur les moyens possibles de sortir de cette situation ».
Le 30 avril, la coalition Yelk désigne officiellement Pachinian comme candidat au poste de Premier ministre. Après l'expiration de la date butoir de dépôt de candidatures, il est alors le seul candidat au poste. Pour le politologue Hakob Badalian, « il y a un consensus politique, y compris parmi les Républicains, sur le fait que la résolution de cette crise est bénéfique pour le pays ».
Le 1er mai, Edouard Charmazanov, porte-parole du Parti républicain et vice-président du Parlement, déclare qu'« après la rencontre insatisfaisante d'hier, je suis convaincu que monsieur Pachinian ne peut pas être Premier ministre ». Le jour même, l'Assemblée nationale rejette sa candidature par 45 voix pour et 55 contre. Pachinian appelle alors à bloquer les routes, les aéroports et les transports publics. Il appelle également à la « désobéissance civile » à la grève générale. Celle-ci concerne également les établissements scolaires et les universités, ainsi que les avocats. Le 2 mai, des membres du Parti républicain ont suggéré que le parti pourrait finalement voter en faveur de la candidature de Pachinian lors de la séance du 8 mai. Finalement, après avoir demandé de mettre fin au blocus de l'aéroport, Pachinian appelle à la suspension du mouvement jusqu'au jour du vote. Dans la soirée, Armen Amirian, ministre de la Culture, présente sa démission. Pour Mikayel Zolyan, « le Parlement est le dernier lieu entièrement aux mains du pouvoir. Composés d'oligarques, de technocrates ou d'hommes politiques expérimentés, beaucoup ont peur de perdre leurs privilèges ou leurs actifs. Mais d'autres sont prêts à composer avec Nikol Pachinian dans l'espoir de conserver un avenir politique. L'opposition table sur ces divisions pour l'emporter le 8 mai prochain ».