Ce Jour-là

Révolte des canuts

Insurrection des ouvriers de la soie à Lyon entre 1831 et 1848

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La révolte des canuts désigne plusieurs soulèvements ouvriers ayant lieu à Lyon, en France, en 1831 puis 1834 et 1848.

Dans les années 1830, Lyon fait figure de ville pionnière pour les révoltes ouvrières. La commune de la Croix-Rousse est alors peuplée d'ouvriers et d'artisans, fabriquant notamment de la soie, surnommés les canuts.

Leur révolte est précédée, entre autres en 1819, d’émeutes écrasées par l'armée à Vienne, lors de l’introduction de nouvelles machines à tondre les draps : les ouvriers du textile brisent les nouvelles machines à tisser, à l'image du métier Jacquard inventé par Jacquard, car ils considèrent que ces machines les concurrencent et les privent de leur gagne-pain.

Si, contrairement à une idée répandue, les canuts ne s'en prennent pas spécifiquement aux machines — ils revendiquent surtout un salaire garanti face à des négociants qui répercutent toujours les fluctuations du marché à la baisse — ces émeutes se produisent dans un contexte de révolution industrielle et de libéralisation de l'économie qui dégrade profondément les conditions de vie de ces ouvriers et artisans.

Dépossédés d'un savoir-faire et ravalés au simple rang de force de travail, ils s'organisent en vue de contester le nouvel ordre social qui s'instaure à leur détriment.

De la définition aux origines du mot « canut »

Le Littré de la Grand'Côte de Nizier du Puitspelu, revient sur l'origine du mot canut : le mot vient de canne et du suffixe -ut ou -u qui représente le latin orem, en français -eur. Le canut est donc celui qui use de la canne (roseau) dont a été faite la cannette qui est un petit tuyau de bois qu'on charge de soie pour faire la trame d'une étoffe. Son homonyme féminin est « canuse ».

Selon d'autres sources, il s'agirait en réalité d'un condensé de l'expression « Voici les cannes nues ! ». Au cours de la Révolution française, les ouvriers en soie se retrouvèrent dans la misère et durent vendre les breloques en or et en argent de leurs cannes de compagnonnage. À leur passage, on disait alors : « Voici les cannes nues ! »

On lit également que canut viendrait effectivement de « canne nue » mais par opposition aux rubaniers qui portaient à leur canne un ruban de velours.

L’organisation de la production de soieries et sa hiérarchisation à Lyon au début du XIXe siècle

Au début du XIXe siècle, le textile est la principale activité industrielle. À Lyon, le tissage de la soie fait vivre la moitié de la population.

En 1831, la production lyonnaise de soieries demeure organisée selon un modèle de type pré-industriel :

au sommet de la pyramide, on trouve la « grande fabrique », composée de quelque 400 négociants-banquiers appelés « fabricants » ou « soyeux », qui commandent et financent la fabrication des pièces et en assurent la commercialisation auprès de la clientèle ;

les fabricants font travailler quelque 8 000 maîtres artisans tisserands, les « canuts », qui travaillent à la commande et à la pièce. Ils sont propriétaires de leurs métiers à tisser (familièrement appelés « bistanclaques »), de deux à six selon la taille de l’atelier ;

les canuts emploient environ 30 000 compagnons, qui sont salariés à la journée, mais vivent généralement chez le canut, qui les loge et les nourrit et dont ils partagent la condition ;

on fait également travailler des femmes, moins bien payées, et des apprentis ou garçons de course, qu’on appelle à Lyon des « brasse-roquets », tout cela composant un très large éventail de métiers : gareurs, satinaires (ouvrier, ouvrière qui fabrique du satin), lanceurs, battandiers, metteurs en carte, liseurs de dessins, magnanarelles, monteurs, brocheurs, plieurs, moulineurs (pour faire un fil avec la soie), ourdisseuses, ovalistes, remetteuses, tordeuses (pour tordre la soie), dévideuses (voir Dévidage), passementières (voir Passementerie), guimpières (pour préparer le fil dont on se sert pour les galons, épaulettes, etc), taffetaquières, teinturiers, finisseuses…

Les ateliers sont pour la plupart établis dans les maisons des Pentes de la Croix-Rousse, mais aussi à Saint-Georges dans le Vieux Lyon, Bourgneuf (voir Pierre Scize (Lyon)), La Guillotière et Vaise. Une seule manufacture de type industriel, l’usine de soierie de la Sauvagère, employant 600 ouvriers, existait à Saint-Rambert-l'Île-Barbe, devenu le quartier Nord de Lyon.

La production de soieries, comme toute activité de luxe, est fortement soumise aux aléas de la conjoncture. Une grande partie de la demande vient d’Amérique du Nord, et est très sensible à la concurrence.

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