La révolte des Boxers (chinois traditionnel : 義和團起義 ; chinois simplifié : 义和团起义 ; pinyin : Yìhétuán Qiyi ; litt. « mouvement de l'union de la justice et de la concorde »), ou révolte des Boxeurs, ou guerre des Boxers, est un conflit armé ayant eu lieu en Chine entre 1899 et 1901. Elle est organisée par les Poings de la justice et de la concorde, société secrète dont le symbole est un poing fermé, d'où le surnom de Boxers donné à ses membres en Occident.
Ce mouvement, initialement opposé à la fois aux réformes, aux étrangers occidentaux et au pouvoir féodal de la dynastie mandchoue des Qing, fut utilisé par l'impératrice douairière Cixi contre les seuls colons, conduisant à partir du 20 juin 1900 au siège des légations étrangères présentes à Pékin, l'épisode des « 55 jours de Pékin », qui s'acheva par la victoire des huit nations alliées contre la Chine (Autriche-Hongrie, France, Allemagne, Italie, Japon, Russie, Royaume-Uni et États-Unis).
Venant après la guerre sino-japonaise de 1894-1895, perdue par la Chine, cette nouvelle défaite constitue un jalon supplémentaire dans le combat qui oppose conservatisme et colonialisme à réformisme et indépendance, dans la Chine du XIXe siècle. En dépit d'importantes réformes visant à moderniser le pays, l'antagonisme se clôt par la chute de la dynastie Qing en 1912 et la création de la république de Chine.
Les premiers Européens arrivent en Chine avec les jésuites et les Portugais de Macao, et au XVIIe siècle avec les lazaristes. Mais c’est surtout au début du XIXe siècle qu’ils commencent à arriver, malgré le décret impérial de l’interdiction de la religion chrétienne en 1724.
À la fin du XVIIIe siècle, les catholiques (avec les Missions étrangères de Paris) et les lazaristes ont déjà plusieurs maisons en Mandchourie ; du côté protestant, Robert Morrison se fait passer pour un membre de la compagnie des Indes en 1807, suivi de quelques autres Britanniques. Les Américains arrivent dans les ports ouverts à partir de 1830. Le fameux père Huc accomplit son voyage en Chine, en Mongolie et au Tibet en 1844-1846. Puis à partir de 1860, les missionnaires apportent la base de la médecine moderne, ainsi que des écoles de type européen, combattant ainsi le confucianisme. Vers 1900, on compte plus d'un million de convertis. Pour convertir les populations locales, les missionnaires adaptaient la Bible en la traduisant en langue vernaculaire. Mais les imprécisions de ces traductions contribuent à diffuser une doctrine confuse. Un problème supplémentaire était que la conversion d'un homme entraînait la mise au ban de la société des membres de sa famille non convertis, les Chinois les appelaient les « chrétiens du riz » (convertis pour manger).
L'activité missionnaire d'Occidentaux implantés sur le territoire chinois provoque des réactions d’hostilité et de persécution. Les révoltes anti-occidentales se traduisent par des attaques contre les missions étrangères, les « chrétiens du riz », ainsi que contre toutes les technologies importées d’Occident (lignes de télégraphe et voies de chemin de fer), essentiellement dans le nord-est du pays, où les puissances européennes et japonaise avaient commencé à étendre leurs concessions.
Les grandes nations impérialistes occidentales, la Grande-Bretagne, l’Allemagne, la Russie, la France, la Belgique, puis les États-Unis, sont toutes désireuses d’ouvrir la Chine à leurs marchandises (opium compris, dans le cas de la Grande-Bretagne) et aspirent toutes à se créer une sphère d’influence, leur garantissant un accès privilégié au territoire chinois. L'envoi de corps expéditionnaires entraîne deux conflits entre les Occidentaux et le pouvoir impérial chinois, les guerres de l’opium. Ces guerres sont menées par la Grande-Bretagne, secondée en 1860 par la France. Le traité de Nankin constitue le premier des « traités inégaux », cédant des ports, des quartiers, comme à Shanghaï, l'administration de régions aux puissances coloniales européennes et aux Américains.
Enfin, la défaite contre les Japonais en 1895, face à une petite nation asiatique perçue jusque-là par les Chinois comme secondaire, se solde par le traité de Shimonoseki, aux termes duquel la Chine perd les îles Pescadores, Taïwan, et la région de Port-Arthur, ainsi que sa suzeraineté sur la Corée. À ces pertes territoriales s’ajoutent de lourds dommages de guerre à payer au Japon.
Le meurtre de deux missionnaires allemands en novembre 1897 dans le Shandong par une société secrète chinoise donne un prétexte à l'Empire allemand pour prendre le port de Qingdao (Tsingtao en notation EFEO). Ceci lui permet de concurrencer Hong Kong et d'établir une base pour son escadre d'Asie (Ostasiengeschwader).
La Chine est contrainte par ailleurs d'octroyer d'autres concessions : aux Russes Port-Arthur (aujourd'hui Lüshun), aux Français Fort-Bayard (aujourd'hui Zhanjiang), et aux Britanniques Port-Edward (aujourd'hui Weihai).
La multiplication de ces humiliations accélère la crise sociale et économique de la Chine, et renforce les velléités réformatrices des élites lorsqu’elles prennent conscience de l’archaïsme militaire, économique et politique de la Chine. Au sein de la population, ces défaites renforcent le sentiment de frustration, de xénophobie et l'anti-impérialisme.
La dualité des courants de pensée modernistes en Chine
Avec les multiples humiliations que subit la Chine dans la seconde moitié du XIXe siècle, deux courants de pensée moderniste apparaissent :
le premier est anarchiste, révolutionnaire, rejetant la dynastie mandchoue, et n'adhérant pas à l'idéologie de Confucius. Le principal groupe est la Société pour la régénération de la Chine, animé par Sun Yat-sen[réf. nécessaire] ;
le deuxième courant, le plus important, est libéral, et souhaite s'associer au pouvoir pour appliquer un programme de modernisation. Son idéologie se base sur le syncrétisme intellectuel Chine-Occident[réf. nécessaire]. Les membres étudient alors les textes confucéens légitimant leurs choix. Kang Youwei est le chef de file du groupe, avec l'aide de son disciple Liang Qichao, il permet au mouvement de s'étendre dans la sphère publique grâce aux nombreuses associations et au dynamisme des notables ayant de l'influence sur la population.
Les premiers effets de la modernisation se font sentir à partir de 1890, lorsque les ports s'ouvrent de plus en plus, la bureaucratie commence à se spécialiser comme en Occident, et les lettrés du mouvement réformiste forment un système de références intellectuelles et idéologiques. Le mouvement de 1889 est influencé par l'école de Hanxue qui met l'accent sur les aspects non conformistes[Lesquels ?] de la pensée confucéenne et invite à un regard critique sur l'ordre établi.Le porte-parole du mouvement, Kang Youwei (1858 – 1927) s'intéressait en même temps à la pensée de l'Occident. Quelques semaines après la signature du traité de Shimonoseki, profitant de l'émotion générale il présente directement à la cour une pétition demandant des réformes profondes, signée par des milliers de lettrés. D'ailleurs ces intellectuels arrivent à atteindre les sphères du pouvoir avec la bénédiction de l'empereur Guangxu qui apprécie les propositions de Kang Youwei visant à réformer et à rénover l'armée, l'économie avec le capitalisme, l'éducation en envoyant des étudiants à l'étranger, la justice avec la création d'un code civil se différenciant de la coutume, à créer une constitution et une assemblée nationale de lettrés.
Au printemps 1898 alors que les pays étrangers augmentent leur pression politique sur la Chine, Kang Youwei est appelé par le jeune empereur qui s'entourait d'une équipe de brillants novateurs chinois notamment Liang Qichao, fondateur de la presse moderne chinoise. Ils s'attirent les foudres des ultra-conservateurs, qui entourent l'impératrice douairière Cixi, et celle des réformateurs modérés.
Trois mois après l'arrivée de Kang Youwei à la cour, l'impératrice Cixi (Tseu-Hi selon la notation EFEO) réalise un coup d'État avec la complicité de Yuan Shikai, le commandant de la Nouvelle Armée. Ce coup d'Etat marque la fin des 100 jours de 1898. Les réformateurs sont arrêtés, certains exécutés.