Ce Jour-là

Révolte de Túpac Amaru II

Soulèvement armé survenu dans la vice-royauté du Pérou (1780-82)

Anúncio

La révolte de Túpac Amaru II est un soulèvement armé survenu entre 1780 et 1782 dans la vice-royauté du Pérou, plus précisément sur le haut plateau andin, en réaction à l’imposition des réformes bourboniennes décidées à Madrid au cours des décennies précédentes. Le mouvement, dont l’instigateur et meneur fut le cacique indien José Gabriel Condorcanqui, alias Túpac Amaru II, débuta dans la région de Cuzco et s’étendit par la suite à tout le sud du Pérou ainsi qu’au Haut-Pérou, lequel appartenait alors à la vice-royauté du Río de la Plata.

Les rigueurs et privations économiques consécutives à la mise en application desdites réformes bourbonniennes dans ces régions en furent la cause directe, s’ajoutant à l’oppression et l’exploitation structurelles des classes inférieures indiennes et métisses.

Le mouvement fut poursuivi, après la défaite militaire et la mise à mort de Condorcanqui, par Diego Cristóbal Túpac Amaru, Andrés Túpac Amaru et Julián Apaza, alias Túpac Katari, jusqu’à sa liquidation définitive par les troupes espagnoles en mars 1782.

Le secrétariat d’État espagnol entreprit, à l’effet de renforcer l’administration de ses colonies, d’opérer un ensemble de transformations systématiques, connues sous le nom de réformes bourboniennes. Celles-ci associaient notamment des augmentations d'impôt à un changement du statut des métis issus d'une union entre blancs et Indiens, lesquels métis étaient désormais relégués au rang d'Indiens. C’est dans ce même cadre également que l’on décida de créer la Vice-royauté du Río de la Plata, en détachant de la Vice-royauté du Pérou les territoires alors sous la tutelle de l’Audiencia de Charcas, qui était à cette époque traversée par une importante route commerciale terrestre reliant les villes de Cuzco, Arequipa, Puno, La Paz et le reste du haut plateau andin jusqu’à Potosí. Ce redécoupage administratif impliqua le transfert, au détriment de Lima, des bénéfices économiques vers Buenos Aires, transfert rendu possible par la dépénalisation de la contrebande passant par ce port sur l’Atlantique.

Dans l’ordre de la fiscalité, il fut procédé, en vue de financer la participation de l’Espagne à la guerre d'indépendance des États-Unis, à une augmentation des impôts (en même temps que l’on en renforça l’efficacité de collecte) dans tous les dominions espagnols. Il s’agissait en particulier de l’alcabala, taxe perçue sur les biens produits et vendus dans les colonies, qui frappa les commerçants du sud de la vice-royauté du Pérou et ceux du Haut-Pérou (dont le territoire coïncide grosso modo à celui de l’actuelle Bolivie). Ces commerçants étaient majoritairement des caciques (ou kurakas) indigènes de lignage culturel royal métis, qui se virent également lésés par les mesures arbitraires touchant les autorités indigènes prises par l’administration vice-royale, mesures tendant à favoriser les Indiens dociles à l’État, au préjudice des chefs ethniquement légitimes.

Le XVIIIe siècle apparaît comme l’époque où la pression économique sur la paysannerie indigène était la plus forte. Cette pression culmina dans le système de répartissement (reparto) des marchandises, par lequel les corrégidors obligeaient les Indiens d’acheter des biens à des prix très élevés. Le reparto, le tribut indigène et la mita minière opprimaient l’économie coloniale afin de satisfaire les demandes de la métropole.

C’est dans un tel contexte que le souvenir de l’histoire et des symboles de l’Empire inca, toujours vivants dans la population indigène, a pu ressurgir comme modèle de rechange face à un système économique qui était défavorable à cette population sous de nombreux rapports. La rébellion du cacique Tomás Katari en 1777 à Potosí fait figure de prélude à un futur mouvement de plus vaste ampleur.

Stratégie et organisation de Túpac Amaru II

Le début de l’activité conspiratrice de Túpac Amaru II serait à situer au moment de la disparition, ou de l’assassinat, du gouverneur de Potosí, Ventura Santelices, et de son oncle Blas Túpac Amaru, qui avaient tous deux été chargés de plaider auprès du roi Charles III la cause de l’abolition de la mita et des autres lourdes charges qui pesaient sur les indigènes. En tout état de cause, il y a lieu de postuler une longue période de préparation préalable au grand soulèvement de 1780, compte tenu notamment de la vaste extension territoriale sur laquelle ce soulèvement allait se produire, à savoir : le sud de la vice-royauté du Pérou, la totalité du plateau du Haut-Pérou, et diverses zones situées actuellement dans le nord-ouest de l’Argentine.

Le haut fonctionnaire espagnol José Antonio de Areche estima que la rébellion devait avoir été préparée plus de cinq ans à l’avance. Selon les aveux de Bartolina Sisa, alias la Vice-Reine, épouse de Túpac Katari, celui-ci

« ...fit trois voyages vers le village de Tungasuca pour traiter et communiquer avec Gabriel Túpac Amaru, et elle l’entendit dire à de nombreuses reprises que l’on avait prémédité dix ans avant le soulèvement... »

Peu après la sanglante rébellion survenue dans la localité alto-péruvienne de Pocoata et dirigée contre le corrégidor Joaquín de Alós, et dont les frères Tomás, Dámaso et Nicolás Catari avaient pris la tête, Túpac Amaru II jugea que le moment était venu d’agir.

L’activité politique et revendicative de José Gabriel Túpac Amaru se caractérisait par une exposition graduelle de ses propositions, toujours en réaction à des circonstances concrètes. Au début, il s’efforça d’intéresser plusieurs prélats et fonctionnaires à la situation pénible des Indiens, notamment les évêques de Cuzco, Agustín Gorrichátegui et Juan Manuel Moscoso y Peralta, et celui de La Paz, Francisco Gregorio de Campos.

Il fomenta un coup de force contre Antonio Arriaga, corregidor des provinces de Canas et de Canchis (Tinta), à l’effet de terrifier les Espagnols et de marquer le départ de son mouvement anticolonial. S’étant emparé de la personne d’Arriaga au moyen d’un guet-apens, il le contraignit à signer une fausse lettre, grâce à laquelle il sut se faire remettre 22 000 pesos, des lingots d’or, des mousquets et des mules, qui lui permirent d’assurer un début de support économique à son entreprise, quoique la confiscation des biens et propriétés d’autres corrégidors dût plus tard lui procurer des approvisionnements plus importants encore ; ensuite, le 9 novembre 1780, il fit mettre à mort publiquement le corrégidor sur la place de Tungasuca, tout en haranguant ses troupes sur les objectifs de son mouvement ‒ savoir : abolir la mita et le reparto de efectos, et exterminer les mauvais corrégidors ‒, et les incitant à apporter leur concours et à persévérer dans cette entreprise destinée à réaliser leur propre libération. Il prit à partir de ce moment le nom de Túpac Amaru Inca. Un odonyme local (Avenida 9 de Noviembre 13° 18′ 30″ S, 72° 06′ 44″ O) à Urubamba rappelle ces événements.

Les traditions culturelles incas lui permirent de fonder sa rébellion sur un authentique réseau familial, le mettant en mesure de mobiliser en premier lieu sa propre parentèle, ses proches parents et parents par alliance de la province de Tinta. C’est la raison pour laquelle la province de Quispicanchis, après celles de Canas et Canchis (Tinta), fut la plus disposée à une mobilisation, attendu qu’une branche de la famille Túpac Amaru y résidait.

Aux liens de parenté il convient d’ajouter les affinités que créaient des activités économiques semblables, plusieurs proches parents du meneur accomplissant en effet comme lui des services commerciaux de muletage. Les manifestes de Túpac Amaru II semblent avoir été diffusés à travers le haut et le bas Pérou par la corporation des muletiers, suivant les itinéraires habituels, par quoi cette corporation eut donc à jouer un rôle très important dans l’organisation du mouvement.

En outre existait la solidarité de nombreux caciques, qui fournissaient hommes et provisions. Certaines structures de comportement social andines, tels que la réciprocité symétrique, ou encore la traditionnelle mita et le tribut, en tant que liens communaux, en plus de la solidarité entre caciques, furent mis à contribution par Túpac Amaru en vue de l’organisation de sa révolte.

Anúncio

Bientôt sur l'application World in Stories

Audio, téléchargement hors ligne, sans publicité et plus.

Découvrir Premium