La république du Vietnam (ou plus communément Vietnam du Sud ou Sud-Vietnam) est un État ayant existé de 1955 à 1975 dans le sud du Vietnam actuel. Son prédécesseur était l’État du Vietnam établi en 1949. Le 26 octobre 1955, le Premier ministre Ngô Đình Diệm proclame la république du Vietnam après un référendum demandant l'opinion du peuple sud-vietnamien sur la déposition du chef de l'État du Vietnam Bảo Đại et l'adoption officielle d'un régime républicain, afin de faire face à l'hégémonie communiste. Diêm devient alors chef de l'État. L’année suivante, le pays disposait d’un parlement et d’une constitution.
Très vite, cependant, le Sud-Vietnam sombre dans l'instabilité en raison de l'insurrection du Việt Cộng soutenu par la république démocratique du Vietnam (Nord Vietnam) et de l'autoritarisme grandissant de Diêm. L'opposition entre les deux régimes vietnamiens provoque la guerre du Vietnam, dans laquelle les États-Unis s'impliquent de plus en plus. En 1963, Diêm est assassiné lors d'un coup d'État, ce qui aggrave le chaos ambiant, conduisant à une intervention à grande échelle des Américains.
Selon une déclaration du Sud-Vietnam en date du 1er novembre 1974, le pays était reconnu par 95 nations, dont 92 lui avaient accordé une reconnaissance officielle. La république du Vietnam disparaît à la suite de sa conquête, en violation du traité de Paris, le 30 avril 1975 par les communistes du Nord Vietnam. Après une période transitoire pendant laquelle les territoires sudistes sont administrés par le Gouvernement révolutionnaire provisoire du Việt Cộng, l'ancienne république du Vietnam est absorbée en 1976 par le Nord communiste pour former l'actuelle république socialiste du Vietnam.
Le 5 juin 1948, l’ancien empereur Bảo Đại est ramené d’exil de Hong Kong pour former le gouvernement d’un Vietnam officiellement indépendant, mais toujours très lié à la France. Ce dernier a signé les accords franco-vietnamiens de son nom civil « Vinh Thuy » n’engageant que lui-même en tant que citoyen, et non de son nom dynastique « Bao Dai » qui aurait alors engagé tout le pays dont il était le souverain. Il marquait ainsi ses distances avec la transformation d'une guerre coloniale en guerre civile, dans le contexte des débuts de la guerre froide, où le Vietnam servait de champ d'affrontement entre les forces armées communistes et les forces françaises.
Cette année marque un tournant de la guerre d’Indochine. L’arrivée de Mao Zedong à Pékin offre un arrière-pays aux forces armées communistes jusqu’alors isolées sur les plans diplomatique et militaire, et déplace de Moscou à Pékin la menace communiste crainte par les États-Unis. La France concède à l’État du Vietnam les Affaires étrangères et la création d’une « Armée nationale » sous commandement français et agissant comme force supplétive. Le général Nguyen Van Hinh (Vietnamien, officier de l’armée de l’air française) ne s’y trompe pas lorsqu’il est pressenti pour l'obtention du poste de chef d’État-major. La France reconnait aussi l’indépendance du Cambodge et du Laos.
Les États-Unis reconnaissent l’État du Vietnam, tandis que les États du bloc de l'Est et la Chine le voient comme un État fantoche des Français. Grâce à l’expérience acquise au combat et à l’équipement lourd (artillerie et camions), les forces armées communistes infligent une série de défaites aux troupes françaises dans la « haute région » de Cao Bang et Lang Son. C’est la « bataille des Routes coloniales » qui sème la panique dans l’état-major français en Indochine et au sein du gouvernement français à Paris. Celui-ci envoie en Indochine le général de Lattre de Tassigny pour redresser la situation. Ce dernier choisit de protéger en priorité les régions les plus peuplées et les plus importantes économiquement : le delta du fleuve Rouge et les grandes villes, afin d'isoler les communistes dans les montagnes, dont les populations thaï et hmong leur sont réputées hostiles. Mais l’Armée populaire vietnamienne dispose désormais de l'appui logistique, de plus en plus efficace, des pays d'Europe de l'Est et de la Chine, qui lui donne toute latitude pour manœuvrer, prendre des initiatives et mettre en place une administration parallèle dans les zones qu'elle contrôle, alors que le corps expéditionnaire français en Extrême-Orient ne bénéficie pas d'un soutien similaire des États de l'OTAN, plus engagés dans la guerre de Corée.
La supériorité tactique du Vietminh mène à la défaite de Diên Biên Phu, qui conduit la France, en juillet 1954, aux accords de Genève mettant fin à la première guerre d'Indochine commencée en 1946. Ces accords reconnaissent l'indépendance du Laos, du Cambodge et le partage temporaire du Vietnam, sur le modèle coréen et allemand, en deux zones de regroupement politique et militaire (au Nord pour les communistes de l’Armée populaire vietnamienne – APVN – et au Sud du 17e parallèle pour les Vietnamiens non-communistes). Cependant, plus d'un mois avant de signer les Accords de Genève, la France a accordé la pleine indépendance à l'État du Vietnam. Le corps expéditionnaire français en Extrême-Orient – CEFEO – se retire totalement en 1955 de l’ancienne Indochine française (Cambodge, Laos et Vietnam).
Parallèlement à la conférence de Genève en juin 1954, l’empereur Bảo Đại, chef de l’État vietnamien (dont la capitale est désormais Saïgon, puisque Hanoï est celle de l'entité communiste) rappelle des États-Unis Ngô Dinh Diêm pour en faire le Premier ministre du Vietnam. Diêm déclare que le Vietnam n'est pas concerné par les accords de Genève entre la France et les communistes, arguant du fait que l'État vietnamien n'en était pas partie prenante. Diêm pensait également que le Nord ne pouvait pas organiser d’élections libres. Il se dispense donc d'organiser des élections en vue de la réunification du Vietnam (prévues pour 1956). Après un référendum, le 26 octobre 1955, Diêm prend le pouvoir et Bao Dai abdique.
Dès lors, Hô Chi Minh à Hanoï et Diêm à Saïgon ont les mains libres pour installer chacun son pouvoir : le premier impose une dictature communiste, anti-occidentale et antichrétienne qui fait fuir des millions d'habitants vers le sud afin d'échapper à la mort ; le second impose un régime autoritaire anticommuniste et méfiant à l'égard du bouddhisme. Chaque État entame sa politique de « consolidation » : au Nord communiste, c'est la mise en place d'une police politique omniprésente, d'un système à parti unique et d'un goulag qui fait des dizaines de milliers de morts ; au Sud, c'est l'économie de marché, la dénonciation et la persécution des communistes et la lutte contre la corruption, avec certains privilèges pour la minorité catholique au détriment de la majorité bouddhiste, selon la version officielle du département d'État américain, qui est favorable aux bouddhistes. Les Américains justifieront ainsi un coup d'État contre Diêm en 1963 fomenté par certains généraux sous influence américaine, afin d'éliminer l'objection du président Diêm à la venue de l'armée américaine sur le sol vietnamien.
Le régime de Diem va durer huit ans, de 1955 à 1963, constituant la « première phase » de la république du Vietnam. Bien que de nombreux Vietnamiens lui soient reconnaissants de les avoir protégés contre la terreur et les réquisitions communistes, Ngô Dinh Diem est détesté par d'autres en raison de son régime autoritaire et népotique. Toutefois, des études universitaires plus récentes et reposant davantage sur des sources et des points de vue vietnamo-centrées présentent Ngô Đình Diệm comme un leader compétent, avec une vision de long terme sur la construction nationale et la modernisation du Sud Vietnam.
Il gouverne le pays avec ses frères, placés aux postes clés :
Ngô Dinh Nhu : chef du Cần lao, parti politique pro-Diem, modelant les méthodes de torture de la police secrète du Cần lao à l'image des méthodes du Nord (« au feu il faut répondre par un contre-feu », se justifie-t-il : la politique anti-communiste du gouvernement est aussi répressive que la police politique communiste du Nord : on parle de nombreux actes de torture et d'exécution contre des « suspects communistes »).