Ce Jour-là

République de Raguse

Ancienne république maritime du Sud de l'Europe, sur la côte de Dalmatie (1358–1808)

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La république de Raguse, plus rarement appelée république de Dubrovnik, était une cité-État et une république maritime dont la ville centre était Raguse (ou, en croate, Dubrovnik). Elle fut créée à la suite du traité de Zara le 27 juin 1358 et exista jusqu'à son annexion par le Premier Empire français le 31 janvier 1808.

Elle était gouvernée par un recteur, élu chaque mois. Celui-ci était logé au palais du recteur, où il ne recevait ni amis, ni famille, se consacrant entièrement à sa tâche.

Elle s'étendait sur un territoire englobant le Sud de la Dalmatie, dans l'actuelle Croatie. Le nom croate Dubrovnik provient du lieu-dit voisin de Dubrava (« chênaie »), toponyme désignant la grande forêt qui poussait alors aux alentours (et que les bûcherons croates déboisèrent pour la flotte ragusaine).

À l'origine, la république de Raguse comprenait uniquement les ports de Raguse (Dubrovnik) et de Vieux-Raguse (alors Ragusavecchia en italien, aujourd'hui Cavtat en croate) jusqu'en 1420, date à laquelle elle étendit son arrière-pays, jusque-là disputé entre la Rascie, la Hongrie et l'Empire ottoman. Ses frontières définitives furent fixées en 1426. Au maximum de son extension, la république de Raguse s’étendait le long d’une bande côtière de Neum à Sutorina (alors Sant'Irena) et comprenait les péninsules de Prevlaka (alors Vitaglina) et de Pelješac (alors Sabbioncello), les îles de Lastovo (Lagosta) et Mljet (Meleda), et quelques autres petites îles comme Koločep (Calamotta), Lopud (Media), et Šipan (Giuppana). Ce territoire correspondait à une grande partie de l'actuel comitat croate de Dubrovnik-Neretva.

Sa langue était, jusqu'au XVe siècle, le ragusain, un dialecte roman dalmate, puis, à partir du XVIe siècle, le vénitien (autre langue romane) et à partir du XVIIIe siècle le chtokavien (langue slave méridionale, aujourd'hui croate). La république connut son apogée aux XVIe et XVIIe siècles. Elle comptait 30 000 habitants dont 5 000 pour la population intra muros de la ville de Raguse.

Initialement nommée Communitas Ragusina (signifiant « municipalité ragusienne » ou « communauté » en français), elle est renommée Respublica Ragusina (signifiant « république ragusienne) au XIVe siècle. Le nom est mentionné pour la première fois en 1385. Malgré son nom, elle n'est pas une république puisque le recteur est nommé par Venise plutôt que par le conseil général de Raguse.

Le nom slave Dubrovnik dérive du mot dubrava, un bosquet de chênes, par l'étymologie populaire. La première mention du mot Dubrovnik pour désigner la ville date de la charte de Ban Kulin, en 1189. Il commence à être utilisé conjointement avec Ragusa au XIVe siècle. Le nom latin, italien et dalmate Regusa dérivent potentiellement de Lausa (en grec ξαυ, signifiant « précipice ») ; il est plus-tard modifié en Rausium, Rhagesium, Ragesium ou Rausia (ainsi que Lavusa, Labusa, Raugia et Rachusa) puis en Ragusa. Une autre théorie est que le terme « Ragusa » dérive du proto-albanais Rāguša signifiant « baie ». La ville devient Dubrovnik après la Première Guerre mondiale, à la suite de son rattachement à la Yougoslavie.

Dans l'historiographie, elle est connue sous le nom de république de Raguse.

Durant des siècles, Raguse a maintenu presque inchangées ses frontières terrestres. Le territoire de Raguse, d'une superficie d'un millier de kilomètres carrés, comprenait des îles et une étroite façade littorale, d'une largeur de 5 à 10 km et longue de 72 km, coincée entre la côte Adriatique et les Alpes dinariques. Elle s’étendait le long de la Dalmatie du fleuve Neretva à la pointe d’Ostro près des bouches de Kotor au Monténégro. Au cours des siècles Raguse rattacha à son territoire l’archipel des îles Élaphites (1080), l’île de Meleda (1141), l’île de Lagosta (1216), la ville de Stagno (1333) et la totalité de la péninsule de Sabbioncello (1399).

Au point de vue administratif, la république de Raguse était organisée autour de trois capitales (Raguse, Iagnina et Sabbioncello) et six sestiers.

Comme de nombreuses villes de l’Adriatique telles que Venise, Grado, Zara ou Capodistria, Raguse fut fondée sur un îlot rocheux près des côtes, par des réfugiés venus de l'intérieur des terres, au moment des grandes invasions.

Plusieurs hypothèses ont été formulées par les historiens à ce sujet, les sources étant fragmentaires. Il semble acquis que Raguse ait été fondée par des réfugiés d’Épidaure (en croate : Cavtat, en italien : Ragusa Vecchia), une cité de l’Empire romain d'Orient située 25 km plus au sud-est. Selon la tradition locale, Raguse tirerait son nom de L’ausa (déformation de hãu en dalmate : « le précipice », du grec médiéval Χάος/haos, de même étymologie que le chaos savant) pour évoluer ensuite en Lavusa, Labusa, Raugia, Raguium, Rausia et Rachusa (Rausium en latin savant) pour finalement devenir Raguse.

L’une des théories formulées par les historiens avance qu’Épidauros aurait été pillée une première fois en 265 par les Goths et qu’il est fort probable que Raguse ait existé bien avant qu’Épidauros ne soit détruite. Ce sont les différents raids barbares, durant plus de trois siècles, qui seraient ainsi à l’origine de la constitution de ce lieu de refuge original. Une deuxième théorie place la fondation de Raguse et la destruction d’Épidauros par les Slaves et les Avars, en l’an 614. Une troisième théorie relie la fondation de Raguse au raid mené par les Croates en 656 contre Épidauros qui fut alors totalement détruite.

Quoi qu’il en soit, si le nouvel emplacement offrait une meilleure protection aux nouveaux habitants, les terres environnantes étaient moins fertiles, et ils durent négocier avec les Slaves le droit d’exploiter leurs anciennes terres. En échange ils furent dans l’obligation de leur rendre l’hommage de vassalité, tout en restant sous la protection de l’Empire romain d’Orient (dit, depuis le XVIe siècle, « byzantin »).

À partir du IXe siècle, en 866 et 867, Raguse est assiégée durant quinze mois par les Sarrasins. Le siège est levé grâce à l’intervention de la flotte de l’Empire romain d'Orient sous l’empereur Basile Ier.

Peu après l’an mil, Venise s'émancipe progressivement de l’Empire byzantin et la protection de celui-ci (qui n’assure plus aussi bien sa fonction, face aux attaques des Hongrois et des Normands d’Italie), puis occupe la Dalmatie et tente de prendre en 948 le contrôle de Raguse, restée fidèle à l’Empire. La tentative de conquête vénitienne échoue et les Ragusains attribuent leur victoire à Saint Blaise qu’ils adoptent comme patron de leur Cité (en italien San Biagio, en croate Sveti Vlaho, nom qui évoque aussi celui donné, en slave, aux Dalmates et aux autres romans des Balkans).

En 1050, Raguse reprend aux Vénitiens le port de Gruž et prolonge ses frontières jusqu’à Zaton, à 16 km au nord de la ville, et en 1080 elle s'allie aux Normands d'Italie contre Venise. Au sein de l’Empire, Raguse bénéficie au XIe siècle d'une grande autonomie politique et commerciale, et sa noblesse de souche byzantine et dalmate prospère. Durant cette période, on assiste à la première augmentation notable de la population slave de Raguse, attirée par son activité commerçante. Le XIIe siècle est une période mouvementée pour la cité, qui consacre l’essentiel de son temps à se défendre des attaques des Vénitiens, et des royaumes bosniaques et serbes qui cherchent à en prendre le contrôle.

En 1171, une brève mais dure et significative occupation vénitienne met en lumière la faiblesse de Raguse et de ses suzerains de Constantinople face à la puissance montante de la « Sérénissime » et face aux Serbes, faiblesse qui oblige les Ragusains à s'allier tantôt au roi de Sicile, aux Normands ou aux Hongrois... selon les époques. Entre 1180 et 1190, le grand-prince de Rascie Stefan Nemanja essaie à deux reprises de s'emparer de la république de Raguse, sans succès.

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