Le référendum québécois de 1980, qui a lieu le 20 mai 1980, est le premier référendum portant sur le projet de souveraineté du Québec. Le référendum est organisé à l'initiative du gouvernement du Parti québécois (PQ) de René Lévesque, arrivé au pouvoir en 1976. Il s'agit de l'un des événements les plus importants de l'histoire du Québec contemporain.
Par le référendum, le gouvernement québécois cherche un mandat pour négocier avec le gouvernement fédéral une entente de souveraineté-association. En cas de victoire du « oui », le résultat des négociations aurait été soumis à un second référendum.
La proposition est rejetée, avec 59,56 % de « non ». Un nouveau référendum sur la souveraineté du Québec a lieu en 1995.
Arrivée au pouvoir du Parti québécois
À l'image du contexte international, les années 1960 et 1970 au Québec furent caractérisées par un bouillonnement des sphères intellectuelles et politiques. Après une vingtaine d'années de règne sans partage de l'Union nationale de Maurice Duplessis, l'élection des Libéraux de Jean Lesage en 1960 ouvre la voie à la Révolution tranquille et à la modernisation de l'État québécois.
C'est de l'« équipe du tonnerre » de Lesage qu'émerge René Lévesque, journaliste et ministre des Richesses naturelles (1961-1966) puis de la famille et du bien-être social (1965-1966) sous les Libéraux. N'étant plus en phase avec le parti en ce qui a trait à la place du Québec dans la confédération canadienne, Lévesque quitte le Parti libéral et fonde le Mouvement Souveraineté-Association (MSA) en 1967. L'année suivante, il publie Option Québec, une publication qui expose les positions constitutionnelles indépendantistes du MSA. On met alors à la fois l'accent sur la nécessité de faire l'indépendance du Québec et de maintenir une union économique avec le Canada: c'est la souveraineté-association.
Ce projet politique sera aux racines du Parti québécois (PQ), le parti indépendantiste fondé par René Lévesque en 1968. Le PQ est issu de la fusion entre le MSA et le Ralliement national (RN), un parti indépendantiste dirigé par Gilles Grégoire, un ancien député fédéral du Ralliement créditiste. Initialement, les péquistes souhaitent déclarer l'indépendance aussitôt qu'ils arriveraient au pouvoir, à condition d'être élus avec une majorité — au nom du principe de souveraineté parlementaire. Le programme du parti s'engage alors à « mettre immédiatement en branle le processus d'accession à la souveraineté dès que celle-ci aura été proclamée en principe par l'Assemblée nationale en s'opposant à toute intervention fédérale, y compris sous forme de référendum, comme étant contraire aux droits des peuples de disposer d'eux-mêmes ».
Mais après une campagne interne de Claude Morin en 1974, le parti décide finalement qu'il faudra faire ratifier ce nouveau statut politique par le biais d'un référendum populaire. Dans son programme mis à jour, le PQ s'engage alors à « mettre immédiatement en branle le processus d'accession à la souveraineté en proposant à l'Assemblée nationale, peu après son élection, une loi autorisant à exiger d'Ottawa le rapatriement de tous les pouvoirs, à l'exception de ceux que les deux gouvernements voudront, pour fins d'association économique, confier à des organismes communs ». Mais on ajoute cette fois-ci qu'il faudra que le gouvernement du Québec s'assure « au préalable de l'appui des Québécois par voie de référendum ».
Après la prise de pouvoir du Parti québécois en 1976, René Lévesque n'amorce pas immédiatement les négociations avec le fédéral. Cette décision est controversée et on accuse même le premier ministre de renier le programme du PQ. Ce dernier rétorque que le programme est désuet et s'active rapidement pour l'amender. C'est ainsi que lors du 6e congrès du parti, qui se déroule du 27 au 29 mai 1977, Lévesque obtient des militants péquistes le droit de ralentir le processus et de ne pas immédiatement amorcer les démarches d'accession à la souveraineté. Le parti indépendantiste complexifie même davantage le processus en y ajoutant une étape préalable: un premier référendum afin d'obtenir le mandat de négocier avec le gouvernement fédéral.
De plus, le 10 octobre 1978, Lévesque annonce clairement qu'il ne fera pas l'indépendance aux dépens de l'association. En effet, le premier ministre indique que l'association économique avec le Canada est un préalable incontournable à la souveraineté et que l'aboutissement du projet dépend du succès des discussions avec le fédéral (et donc pas seulement de la volonté du Québec): il s'agit de la « stratégie du trait d'union ». La position de Lévesque crée une consternation au sein du milieu indépendantiste mais les militants finissent par se rallier: elle est officiellement intégrée au programme lors du congrès de juin 1979.
Parallèlement à la modération du projet référendaire, le gouvernement de René Lévesque, comme promis lors de la précédente campagne électorale, s'efforce d'être un « bon gouvernement ». Cette stratégie vise à prouver la capacité de gouvernance du Parti québécois avant de s'engager dans le processus devant mener au référendum. Ainsi, entre 1976 et 1980, le PQ met en place diverses réformes socio-économiques et identitaires: loi sur le financement des partis politiques, assurance-automobile, loi anti-scab, zonage agricole, Loi 101, etc.
À partir du 14 juin 1978, une loi est votée à l'Assemblée nationale et René Lévesque peut déclencher un référendum à tout moment. Ce dernier se montre toutefois prudent pour deux principales raisons. D'une part, les sondages ne présagent pas une issue favorable au projet du Parti québécois : d'août 1977 à juin 1978, seules 40 % des personnes interrogées se disent favorables à l'indépendance, alors que 50 % sont contre. D'autre part, Lévesque espère que le premier ministre canadien Pierre Elliott Trudeau déclenche des élections, ne voulant pas faire coïncider le référendum avec le scrutin fédéral.
Le 23 février 1979, la direction du parti publie un manifeste intitulé D'égal à égal, qui expose les bases d'une nouvelle association Québec-Canada sous les paramètres de la stratégie du trait d'union. Les propositions du manifeste sont adoptées au congrès national qui se tient du 1er au 3 juin 1979. Le 22 mai 1979, les élections fédérales portent le parti progressiste-conservateur de Joe Clark au pouvoir, au sein d'un gouvernement minoritaire. Alors que tout semble indiquer que le processus référendaire se mettra en branle imminemment, René Lévesque crée la surprise en annonçant que le référendum n'aurait lieu qu'au printemps 1980.
C'est que le Parti québécois n'est pas prêt. Malgré la logique « étapiste » de son programme, qui vise à retarder le plus possible le référendum afin de convaincre la population du projet souverainiste, le parti n'a pas suffisamment mobilisé l'opinion publique. Bien que la population semble majoritairement satisfaite du « bon gouvernement » Lévesque, elle n'affectionne pas particulièrement le PQ, lui préférant le Parti libéral (PLQ) de Claude Ryan selon un sondage de décembre 1979. Le PLQ gagne d'ailleurs des élections partielles (Argenteuil et Jean-Talon) en avril de la même année, mettant en lumière le recul du vote péquiste.
René Lévesque s’aliène également l'aile gauche du PQ en tentant d'attirer les votes conservateurs ou modérés en prônant les valeurs de la société libérale. Toujours en 1979, il est aux prises avec des grèves syndicales lors des négociations dans les secteurs publics et parapublics. Les syndicats obtiennent gain de cause et s'assurent d'augmentations salariales supérieures à l'inflation pour les années 1979 à 1982.
Dès l'arrivée au pouvoir du PQ en 1976, le gouvernement fédéral de Pierre Eliott Trudeau s'active à contrer le projet référendaire de René Lévesque. Pour ce faire, il met en branle des institutions, des groupes de travail et des commissions destinées à se pencher sur la situation québécoise et d'assurer la propagande fédéraliste. C'est dans cette perspective qu'on met en place le Bureau des relations fédérales-provinciales, voué à la préparation de la stratégie fédérale. Les libéraux veulent également faire la promotion de l'unité canadienne. Ils mettent en place la commission Pépin-Robarts, en 1977, afin d'étudier la situation constitutionnelle et le problème de l'unité nationale.