Le référendum grec de 2015 est une initiative du gouvernement d'Aléxis Tsípras à la suite de l'échec des négociations avec la troïka dans le cadre de la crise de la dette publique grecque. Il se tient le dimanche 5 juillet 2015 et porte sur l'acceptation de la proposition faite par l'UE, la BCE et le FMI le jeudi 25 juin 2015. Victoire politique pour le gouvernement grec et son premier ministre, le « non » l'emporte avec 61,31 % des suffrages contre 38,69 % pour le « oui ».
Après l'échec des négociations entre le gouvernement d'Aléxis Tsípras et les institutions de la Troïka pour prolonger les programmes de refinancement de la dette grecque, le chef du gouvernement grec annonce le 27 juin, à 1 heure du matin, un référendum le 5 juillet — approuvé par la majorité parlementaire — qui porte sur les propositions faites par la Troïka avant l'annonce du référendum et publiées sur le site de la commission dimanche 28 juin. Il s'agit de la deuxième tentative d'un gouvernement grec de référendum sur la question de la crise de la dette publique grecque, le premier projet de référendum grec de 2011 n'ayant pas été mené à son terme.
Dans un entretien à Libération du mardi 30 juin, le ministre de la Réforme administrative, George Katrougalos, a affirmé que les négociations ont été rompues à la suite d'un changement de position des créanciers notamment sur des questions d'équité sociale, changement destiné à gagner du temps dans les négociations à l'approche du défaut de liquidités, en forme d'« ultimatum » et tout en refusant une restructuration de la dette, alors que le gouvernement avait déjà accepté des concessions, c'est pourquoi le référendum s'imposait selon le ministre qui affirme en respecter le résultat quel qu'il soit, sans nécessairement que cela entraîne ni Grexit ni démission du gouvernement.
Mardi 30 juin, les négociations entre les parties semblaient continuer, « la porte restait ouverte » pour Angela Merkel et la question de la restructuration de la dette était sur la table, tandis que le pays se trouve en défaut de paiement du FMI et sous contrôle de capitaux. Mercredi 1er juillet, Aléxis Tsípras faisait une nouvelle proposition, acceptation de la proposition initiale, avec quelques amendements, contre un nouveau plan d'aide et une restructuration de la dette, tandis que l'Eurogroupe annonce après une ultime réunion qu'il n'y aurait plus de négociations avant le référendum. Le 2 juillet, François Hollande déclare que si le « oui » l'emporte, « la négociation peut très facilement s'engager. Si c'est le non, on rentre dans une forme d'inconnu. C'est aux Grecs de répondre ».
« Acceptez-vous le projet d'accord soumis par la Commission européenne, la Banque centrale européenne et le Fonds monétaire international lors de l'Eurogroupe du 25 juin 2015 et composé de deux parties, qui constitue leur proposition unifiée ?
Le premier document est intitulé « Réformes pour la réussite du programme actuel et au-delà », le second « Analyse préliminaire de la soutenabilité de la dette ».
Contenu de l'accord soumis au référendum
Un résumé du projet d'accord a été mis en ligne sur le site du référendum. De même, dans un souci de transparence et afin d'informer le peuple grec, la Commission européenne a publié le 28 juin les derniers projets issus des négociations. Elle précise qu'il ne s'agit que de projets car aucun accord n'a pu être trouvé avant que les autorités grecques n'annoncent unilatéralement un référendum avant la fin des négociations.
Le projet, composé de trois piliers, comprend un nouvel arrangement financier et un soutien des partenaires européens de la Grèce pour la croissance et l'investissement. L'aspect financier de l'accord a pour objet de débloquer une aide financière à court-terme permettant à la Grèce de respecter des engagements et de stabiliser l'économie. En matière d'investissement, le plan d'aide prévoit de débloquer des fonds européens 35 milliards d'euros pour l'investissement. Ces fonds seraient complétés par le plan d'investissement de la Commission européenne pour l'Europe qui vise à fournir une aide aux investisseurs publics et privés et à promouvoir des projets de haute-qualité. Selon le résumé du projet, cela permettra à la Grèce de combattre la pauvreté en augmentant le taux d'emploi et en promouvant des initiatives d'inclusion sociale.
SYRIZA rappelle que les propositions consistent en l'imposition d'une TVA à 23 % sur la restauration collective et l'abolition de sa baisse dans les îles ; en l'application d'une avance d'impôt de 100 % sur les sociétés et les travailleurs indépendants ; en l'abolition des réductions pour les agriculteurs (pétrole, impôt sur le revenu) et que soient baissées de 900 millions d'euros (0,5 % du PIB) les dépenses de l'aide sociale (subventions, etc.) ; en la limitation immédiate des pré-retraites et l'abolition progressive de la retraite complémentaire ; en l'abolition de toutes les participations en faveur de tiers qui financent les caisses de sécurité sociale, qui a pour conséquence une baisse de leurs recettes de plus de 700 millions d'euros ; l'augmentation des prélèvements pour soins de santé sur les pensions de 4 % à 6 % ; le gel des retraites jusqu'en 2021 ; une législation sur les licenciements collectifs et la non-réintroduction des conventions collectives, si les institutions ne le permettent pas ; la réduction des salaires dans le secteur public ; la poursuite de la privatisation du secteur de l'électricité ; le non-retour des cotisations sociales patronales au niveau de l'année 2014.
Aléxis Tsípras a appelé devant le Parlement, samedi 27 juin, le peuple grec à dire « un grand non à l'ultimatum » des créanciers « mais en même temps un grand oui à l'Europe de la solidarité » qui permettrait de meilleures négociations, « ni les menaces, ni le chantage, ni les tentatives d'instaurer la panique ne changeront la volonté du peuple grec de vivre dans la dignité » en ce sens le référendum n'est « pas une tentative de scission avec l'Europe mais de scission avec des pratiques qui sont un affront pour l'Europe ».
Aléxis Tsípras a pour sa part réaffirmé le lundi 29 juin que le non permettra de « rester dans l'euro » en continuant les négociations mais sans accepter le plan d'austérité proposé; en cas de oui, il pourrait quitter son poste.
Dans une courte allocution télévisée, mercredi 1er juillet, Aléxis Tsípras a réaffirmé que le non « est nécessaire pour que la Grèce obtienne un meilleur accord », il a également appelé les institutions européennes à respecter le processus démocratique tout en regrettant que « l'Europe ne veuille pas donner au peuple grec le temps de prendre une décision dans le calme ».
Les deux partis de la coalition gouvernementale, SYRIZA (149 députés) et les Grecs indépendants (13) avec l'appui d'Aube dorée (17) ont voté la soumission du mémorandum au vote populaire lors de la session solennelle du parlement dans la nuit du 27 au 28 juin 2015, portant le résultat à 178 voix pour et 120 contre et 2 abstentions. Ces trois partis appellent à voter non.
Le Parti communiste de Grèce n'a pas voté pour la tenue du référendum parce que selon lui, les réformes du cabinet Tsípras ne sont pas meilleures que les réformes de la Troïka. Cependant les militants font la campagne du « non ». Une enquête indique que ses électeurs voteront majoritairement « non » (voir sondages).
Les autres partis, allant de la droite à la gauche, ont voté contre la tenue du référendum et ont appelé à voter « oui » : Nouvelle Démocratie, La Rivière et le PASOK.
Le caractère constitutionnel du référendum a été discuté. En effet, les dispositions de la Constitution grecque prévoient deux voies référendaires, l'une pour les « questions nationales cruciales » et l'autre pour les projets de loi, à l'exclusion du domaine fiscal. Theódoros Fortsákis (ND) a ainsi déclaré « Constitutionnellement il n'est pas permis d'organiser des référendums qui portent sur des questions de finance publique ». Le gouvernement a justifié qu'il s'agissait d'une « question nationale cruciale ».