La Prusse (en allemand : Preußen /ˈpʁɔɪ̯sn̩/) est à l'origine un territoire d'Europe nord-orientale en partie germanisé sous le contrôle des chevaliers teutoniques, mais situé hors du Saint-Empire romain germanique. La Prusse devient au XVIe siècle une possession d'une branche des Hohenzollern, puis elle sera réunie à l'électorat de Brandebourg (la région berlinoise) au XVIIe siècle. La Prusse constitue de 1701 à 1871 un élément essentiel du royaume de Prusse, incorporé à l'Empire allemand de 1871 (IIe Reich allemand). Dans ce cadre, la Prusse originelle correspond à la province de Prusse-Orientale, notamment après la Première Guerre mondiale, lorsqu'elle se retrouve isolée du reste de l'Allemagne.
C'est la possession de la Prusse qui permet aux électeurs de Brandebourg d'obtenir le titre royal au XVIIIe siècle, d'abord comme « rois en Prusse » à Königsberg (c'est-à-dire en dehors de l'Empire), puis comme « rois de Prusse » (y compris à Berlin).
Le mot « Prusse » a souvent été associé à l'idée de militarisme ; ainsi, Mirabeau disait que « la Prusse n'est pas un État qui possède une armée, c'est une armée ayant conquis la nation ». Après la perte du territoire historique du royaume de Prusse, partagé entre la Pologne, la Russie et la Lituanie, le terme cessera d'être utilisé en Allemagne après la Seconde Guerre mondiale, sauf dans un contexte historique.
La Prusse n'a aujourd'hui plus aucune existence légale ou politique ; elle peut donc être considérée comme un État démantelé, puisque son ancien territoire est partagé entre les gouvernements de différents Länder allemands et pour la majeure partie de l'actuelle Pologne, sans oublier la région de Königsberg, devenue enclave soviétique, puis russe sous le nom de Kaliningrad.
En 1871, la population de la Prusse était de 24,69 millions d'habitants, ce qui représentait alors 60 % de la population allemande.
En 1910, elle s'élevait à 40,17 millions d'habitants (62 % de la population allemande).
Elle atteint 41,92 millions d'habitants en mai 1939, répartis sur un territoire de 297 000 km2.
Bien que la Prusse ait connu une domination protestante (luthériens comme calvinistes), des millions de catholiques la peuplaient dans sa partie orientale, mais aussi dans l'ouest de son territoire. De nombreux catholiques peuplaient la Rhénanie et certaines régions de Westphalie. La Silésie, la Varmie, ainsi que la province de Posnanie, comptaient de nombreux catholiques de langue polonaise.
En 1871, environ 2,4 millions de Polonais vivent en Prusse, constituant la plus forte minorité. Les autres minorités se composent de Juifs, Danois, Frisons, Cachoubes (72 500 en 1905), Masuriens (248 000 en 1905), Lituaniens (101 500 en 1905), Wallons, Tchèques, Kurseniekis et Sorabes.
La zone située en Grande-Pologne devient la Posnanie après les partages de la Pologne. La province de Haute-Silésie, tout comme la Posnanie, sont à majorité polonaise. Dans ces deux provinces, les Polonais ont résisté à la domination germanique, notamment parce que les catholiques, les minorités polonaises et les autres Slaves avaient un statut juridique différent de celui de la majorité protestante.
À la signature du traité de Versailles en 1919, la deuxième république de Pologne récupère non seulement ces deux provinces, mais également certaines zones à majorité germanique situées en Prusse-Occidentale.
Après la Seconde Guerre mondiale, la Prusse-Orientale, la Silésie et la majorité de la Poméranie sont annexées par l'Union soviétique ou données à la Pologne, et les populations germaniques en sont expulsées.
Bien que les langues slaves et germaniques aient été les plus communément utilisées à partir du XVIIe siècle, la langue originelle est ce qu'on appelle aujourd'hui le vieux-prussien. Désormais disparu, il s'apparente aux langues baltes existant de nos jours, le lituanien et le letton.
Au cours de l'histoire, le nom de « Prusse » a été attribué à différentes entités politiques et administratives, parfois concurrentes entre elles.
La Prusse avant les chevaliers teutoniques
La Prusse avant le Xe siècle est une région peuplée d’anciennes tribus baltes, sans entité politique réelle structurée et distincte, marquée surtout par une diversité ethnique et linguistique ainsi qu’un isolement culturel par rapport à l’Europe chrétienne occidentale.
Les premiers Prussiens faisaient partie des peuples baltes installés entre la Vistule et le Niémen. On les désignait sous divers noms (Brus, Prusai, Pruzzen, Borussus), et ils étaient organisés en tribus sans structures étatiques avancées ni écriture propre. Leur société était composée de guerriers et d’agriculteurs sédentaires, souvent engagés dans l’élevage du cheval, et caractérisée par de profondes croyances païennes, notamment le culte du guerrier après la mort.
À travers le premier millénaire, cette région fut traversée par de nombreuses migrations, notamment celles des Goths, Vandales et Varègues, mais aucun de ces peuples ne s’installa définitivement. Les Prussiens sont restés longtemps à l’écart des grands courants d’influence religieuse et culturelle occidentaux. Leur isolement fut partiellement compensé par le commerce de l’ambre, qui faisait de la Prusse un point de transit important entre la Baltique et la Méditerranée.