La Provence (prononcé [pʁɔ.vɑ̃s] dans une large partie de la France, [pʁo.ˈvãⁿ.sə] en français de Provence ; Provença/Prouvènço [pʁu.ˈvɛⁿ.sɔ] en provençal, de l'ancien provençal Provensa, dérivant du latin provincia, « province ») est une région historique et culturelle ainsi qu'un ancien État indépendant puis associé à la France. Elle correspond approximativement à l'actuelle région Provence-Alpes-Côte d'Azur privée du département des Hautes-Alpes.
Comme pour tout territoire disposant d'institutions politiques, les délimitations géographiques de la Provence ont évolué avec le temps. Elle est délimitée au sud par la mer Méditerranée, à l'ouest par le Rhône, au nord par la Drôme provençale, Grignan, le Tricastin, Saint-Paul-Trois-Châteaux et Nyons et à l'est par les frontières alpines de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur. Les évolutions géographiques de la Provence ont eu pour effet de la réduire aux actuels départements des Bouches-du-Rhône, du Var et des Alpes-de-Haute-Provence ainsi qu'aux arrondissements d'Apt (Vaucluse) et de Grasse (Alpes-Maritimes) avant de lui réunir ses annexes naturelles cédées à la fin du Moyen Âge (Comtat Venaissin, principauté d'Orange et comté de Nice).
Dans son dictionnaire Lou Tresor dóu Felibrige (1878), Frédéric Mistral définit les limites de la Provence comme suit : « pays de France borné à l'Orient par les Alpes, au Midi par la Méditerranée, à l'Occident par le Rhône et au Nord par une ligne qui peut aller d'Embrun à Saint-Paul-Trois-Châteaux. Nice et Monaco en font partie, Aix en est la capitale ».
La Provence, de son origine jusqu'à son territoire actuel, a compris tout ou partie des entités suivantes :
le marquisat de Provence (Drôme et Vaucluse) ;
le Comtat Venaissin (Drôme et Vaucluse) ;
les communes de Tende et de La Brigue ;
les bailliages de Demonte et de la vallée de Sture ;
Les langues de la Provence étaient le latin pour les actes administratifs et religieux et l'ancien occitan, qui sont remplacés par le provençal (variante de la langue d'oc). Depuis le XXe siècle, le français est couramment employé sur l'ensemble du territoire, mais le provençal subsiste encore par le biais d'associations et de locuteurs natifs.
La Provence doit son nom à l'époque romaine : la première conquête de la Gaule transalpine date de 121 av. J.-C., à la suite de l'appel à l'aide de la cité de Marseille en 125 av. J.-C.. César dans la Guerre des Gaules dit passer de Provincia en Narbonnensis. La Gaule transalpine devient ensuite la province romaine (en latin Provincia) du peuple romain de Gaule narbonnaise sous le principat d'Auguste. Selon Victor Chapot, membre de l'institut de France, elle est sous le règne de Dioclétien intégrée à la province romaine sous le nom de Viennoise dont la capitale est Vienne. Cette province est prélevée de l'ancienne Narbonnaise qui elle était constituée de territoires situés à l'ouest.
Le nom latin de Provincia a engendré, en occitan médiéval, la forme Pro(v)ensa. Cette forme a évolué en occitan provençal moderne vers les formes actuelles Provença [pʁuˈvɛⁿsɔ] (en norme classique) ou Prouvènço [pʁuˈvɛⁿsɔ] (en norme mistralienne).
Historiquement, après la fin de l'Empire romain, « Provence » désigne l'entité incluse en 536 dans le Royaume franc et devenue « marquisat de Provence » dans le cadre du royaume de Bourgogne-Provence de 947. Elle devient ensuite comté de Provence, avec pour capitale Arles puis Aix-en-Provence (la ville d'Arles subissant des attaques continues du comte de Toulouse, marquis de Provence), mais des frontières fluctuantes : en 1388, à la suite de la mort de la reine Jeanne, ses territoires situés à l'est du Var sont perdus, rattachés aux États de Savoie par la dédition de Nice à la Savoie, aboutissant dans un premier temps aux Terres neuves de Provence puis au comté de Nice à partir de 1526. Un siècle plus tard, en 1481, le comté de Provence revient par succession au roi de France Louis XI et devient ainsi une province française.
Au Moyen Âge, la Provence englobe ainsi les Alpes du Sud jusqu'aux affluents de rive gauche du Var inclus. Une partie des régions alpines en est ensuite détachée : au nord celle englobée dans la province du Dauphiné et à l'est celle du Pays niçois concédé à la maison de Savoie en 1388 sous l'appellation des Terres-Neuves de Provence. Cette acquisition savoyarde au détriment de la Provence donne naissance de 1526 à 1860 à la division administrative du comté de Nice.
À la Révolution, la Provence est divisée en trois départements : Basses-Alpes (Alpes-de-Haute-Provence à partir de 1970), Bouches-du-Rhône et Var. Le département de Vaucluse est créé en 1793 à partir d'Avignon, du Comtat Venaissin et de la partie nord des Bouches-du-Rhône. Les Alpes-Maritimes sont créées en 1860 à partir du Comté de Nice et de la partie est du Var (arrondissement de Grasse).
La Provence au sens large fait aujourd'hui partie de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur et correspond approximativement aux départements des Bouches-du-Rhône, du Var, des Alpes-de-Haute-Provence, de Vaucluse et des Alpes-Maritimes (à l'exception de la vallée de la Roya)[réf. nécessaire].
Le sud de la Drôme, bien qu'historiquement partie du Dauphiné, est appelé depuis quelques décennies Drôme provençale. Il peut être rapproché de la Provence par la langue parlée, le fait que l'évêché de Saint-Paul-Trois-Châteaux appartenait à la province métropolitaine de Provence (archevêché d'Arles), que la région de Bouchet appartenait au Comtat venaissin (Haut-Comtat) ou que le Diois et le Valentinois étaient vassaux du marquis de Provence.
Par la suite, certaines enclaves authentiquement provençales se sont perpétuées dans le sud de la Drôme, comme le comté de Grignan(incluant les villages voisins de Réauville, Montjoyer, Salles, Colonzelle, Allan), l'enclave provençale de Lemps (s'écrivant Lens au XVIIIe siècle), l'enclave de Saint-May, Rémuzat, Cornillon et Pommerol. Eygalayes. Tous ces villages se réclament de la Provence, avec des bases historiques réelles.
Le relief de la Provence est globalement vallonné avec, dans sa partie centrale, des Préalpes françaises impressionnantes et à l'est et au nord-est les Alpes du sud culminant à 3 412 m à l'aiguille de Chambeyron (Alpes-de-Haute-Provence). Plus au sud se situe le massif du Pelat qui s'élève à 3 050 m. De part et d'autre du Var ainsi qu'à l'est du Verdon, les Préalpes de Castellane, qui culminent au puy de Rent à 1 996 m, sont constituées de plateaux et de chaînons orientés ouest-est. Les Plans de Haute-Provence délimitent les Préalpes des collines centrales (plateau de Valensole, plan de Canjuers, plateau d'Albion). À l'ouest, le massif du mont Ventoux, situé majoritairement dans le Comtat Venaissin, déborde en Provence où son altitude atteint les 1 600 m dans la forêt domaniale de Sault. La montagne Sainte-Victoire, célèbre pour les peintures de Cézanne, domine le Pays d'Aix. Dans les Bouches-du-Rhône se remarquent le massif des Alpilles et dans le Vaucluse, à l'orée du Comtat Venaissin, se dresse le Petit Luberon, provençal dans sa partie orientale, que prolonge le Grand Luberon, culminant au Mourre Nègre. Enfin le massif de la Sainte-Baume s'étend d'ouest en est, de Gémenos (Bouches-du-Rhône) à Mazaugues (Var).