Le prix de Rome ou Grand Prix est un concours artistique fondé par Jean-Baptiste Colbert en 1663 et organisé par l'Académie royale de peinture et de sculpture de l'Ancien Régime permettant aux artistes de se former en Italie pendant un an à quatre ans.
Le « Prix de Rome » est une expression qui date du XIXe siècle et qu'on utilise couramment pour désigner le concours des Académies royales de l'Ancien Régime et la pension à Rome puis, à partir de la Révolution française et de l'Empire, le concours et la bourse d'études de l'Académie des beaux-arts permettant aux jeunes artistes de se former en Italie.
Sous l'Ancien régime, l'expression « Prix de Rome » parfois déclinée en « Grand prix de Rome », n'existe pas, car la réussite aux concours des Académies et l'attribution de la pension pour Rome ne sont pas automatiquement liées. La pension et le séjour à Rome ne sont déterminés que par la seule faveur royale et non par une quelconque réussite aux concours. Les artistes parlent alors, s'agissant des concours, de « Grand prix d'architecture », « de peinture », « de sculpture » et, s'agissant du séjour à Rome, de « pension royale », les artistes étant des « pensionnaires ». L'expression « Prix de Rome » est utilisée à partir du moment où la réussite aux concours d'architecture, peinture et sculpture – ainsi qu'aux autres prix créés au XIXe siècle, comme le prix de musique – entraîne l'attribution automatique de la pension et le bénéfice du séjour romain, c'est-à-dire à compter de la création de l'Institut de France et de l'Académie des beaux-arts, sous la Révolution et l'Empire.
L'Académie de France à Rome est inaugurée en 1666. Le séjour des pensionnaires a lieu dans le palais Mancini puis à la villa Médicis à partir de 1803.
Le concours d'attribution des prix de Rome a été supprimé à la suite des événements de « Mai 68 » par André Malraux.
Création et modification des Grands Prix
Les Grands prix de peinture et de sculpture sont créés en 1663 en France sous le règne de Louis XIV, ils ne sont au départ qu'assortis de bourses et de cadeaux. Ce concours est organisé chaque année par l’Académie royale de peinture et de sculpture (deux fois en 1663) et est ouvert à ses élèves, patronnés par les académiciens. Ces prix sont des recommandations de l'Académie : seul le directeur des Bâtiments, Arts et Manufactures du roi possède le pouvoir d'envoyer ou non l'un de ces primés en Italie, c'est-à-dire d'attribuer la pension royale. Dès lors, il existe de nombreuses attributions de prix qui n'entraînent pas systématiquement un séjour à Rome. Les premiers peintres et sculpteurs séjournent à partir de février 1666 dans un bâtiment fondé par Jean-Baptiste Colbert, l'Académie de France à Rome, en y bénéficiant de la pension, et dirigé par Charles Errard. L'artiste y réside pour une durée variant de deux à quatre ans, afin de se former au contact des modèles de l'Antiquité et de l'Italie renaissante, considérée comme la « terre des arts ». Ce séjour comprend au départ le voyage, une expérience en soi, que l'on nommera parfois le Grand Tour ; les élèves partaient à plusieurs, et arrivés sur place, ne limitaient pas leurs « expériences » à la seule ville romaine. Le séjour pouvait être prolongé si le directeur de l’institution le jugeait utile. Certaines années, comme en 1709, le directeur de l'Académie romaine se retrouve seul, sans étudiants.
Le grand prix d'architecture est organisé à partir de 1720 par l'Académie royale d'architecture sur le même modèle.
L'Académie de France a eu plusieurs sièges successifs à Rome dont, au XVIIIe siècle, le palais Mancini, avant de se fixer définitivement à la villa Médicis en 1803.
Après la suppression des Académies royales, la mise à sac du palais Mancini par les Romains en 1793, et l'interruption des concours entre 1794 et 1796 (en raison de la guerre et de l'impossibilité de se rendre en Italie), les concours reprennent en 1797 sous la houlette du nouvel Institut de France, qui remplace les anciennes académies. Les concours de peinture, sculpture et architecture sont recréés et sont ajoutés la composition musicale en 1803, la gravure en taille douce en 1804 et le prix du paysage historique en 1817 (supprimé en 1861). Le « logiste », lauréat du « premier grand prix », est envoyé pour trois ans à l'Académie de France à Rome. Des deuxièmes premiers grands prix et des seconds grands prix sont aussi accordés, mais ils ne permettaient pas normalement de partir à Rome, sauf de manière exceptionnelle et pour une durée moindre.
Les femmes ont pu concourir au prix de Rome à partir de 1903, grâce notamment à l'action militante intense de la sculptrice Hélène Bertaux ; la première lauréate du grand prix est la sculptrice Lucienne Heuvelmans, en 1911. En 1913, Lili Boulanger devient la première femme titulaire de la catégorie composition musicale.
Le concours a été momentanément interrompu pendant la Première Guerre mondiale (1915-1918) puis pendant la Seconde Guerre mondiale.
Le concours est supprimé en 1968 par André Malraux. Cette compétition est, depuis, remplacée par une sélection sur dossier et les Académies, réunies au sein de l’Institut de France, ont été supplantées par l’État et le ministère de la Culture. Dès lors, les pensionnaires n’appartiennent plus seulement aux disciplines traditionnelles (peinture, sculpture, architecture, gravure sur médailles ou sur pierres fines, composition musicale), mais aussi à des champs artistiques jusque-là négligés ou nouveaux (littérature, audiovisuel, restauration des œuvres d’art) ; des domaines bien entendu transdisciplinaires, moins corsetés qu'autrefois. Les pensionnaires sont sélectionnés sur dossier. En 1984 le concours d'entrée s'ouvre aux étrangers ; sur dix-neuf candidatures, deux bourses sont alors attribuées à des étrangers (Kimi Satō, compositrice japonaise, et Antoni Ros Blasco, peintre catalan). Les pensionnaires se voient accorder la possibilité de se perfectionner pendant un séjour de six à dix-huit mois (exceptionnellement deux ans) à l’Académie de France à Rome (actuellement hébergée par la Villa Médicis ou même extra muros).
Le prix de Rome des États de Bourgogne
Entre 1767 et 1787, l'école de dessin de Dijon dirigée par François Devosge instaura son propre prix de Rome, le prix de Rome des États de Bourgogne, dont sept artistes les peintres Bénigne Gagneraux, Jean-Claude Naigeon, Pierre Paul Prud'hon, et les sculpteurs Claude Renaud, Antoine Bertrand, Pierre Petitot et Nicolas Bornier, tous élèves de Devosge, furent lauréats.
« Nouveau Prix de Rome » et parrainage des pensionnaires
Un « Nouveau Prix de Rome » est mis en place à partir de l'année 2014. Il s'agit d'« une personnalité française reconnue du monde des lettres, des arts et des sciences choisie par le jury de sélection des pensionnaires pour accompagner le parcours des pensionnaires d'une promotion et pour développer le dialogue entre artistes et disciplines de la création », et cette personne peut donc en fait être considérée comme le « parrain » ou la « marraine » de la promotion.
Dans le rapport sénatorial d'information, fait au nom de la commission des finances, en 2016, il est souligné que « le titre « Nouveau Prix de Rome » paraît maladroit en ce qu'il crée une confusion entre ce « parrain » d'une promotion et les pensionnaires eux-mêmes » et que « le rôle que doit jouer cette personnalité auprès des pensionnaires ne semble pas défini avec beaucoup de précision. » De plus, « la désignation de ce « parrain » s'accompagne d'un versement au récipiendaire de 15 000 euros. »