Le prix Sakharov pour la liberté de l'esprit (ou simplement prix Sakharov), nommé en l'honneur du scientifique et dissident soviétique Andreï Sakharov, est une distinction créée en 1988 par le Parlement européen pour honorer les personnes ou les organisations qui ont consacré leur existence à la défense des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Les candidats au prix Sakharov sont nommés par les membres du Parlement européen. Ensuite, les nominations sont évaluées lors d'une réunion de la commission des affaires étrangères, de la commission du développement et de la sous-commission des droits de l'Homme. Au mois d'octobre, après le vote final de la Conférence des présidents, le lauréat est annoncé. Le prix Sakharov, doté de 50 000 euros, est remis par le président du Parlement européen en session plénière à Strasbourg.
Le 26 juillet 1984, le Parlement européen adopte une résolution demandant à l'Union soviétique d'autoriser le retour des époux Sakharov en Russie (il s'agit de la deuxième résolution sur le sujet, la première datant du 10 février 1983). Lors du débat, alors que plusieurs propositions sont faites pour honorer Sakharov, dont de conserver une « chaise vide » au Parlement en son honneur, le député Jean-François Deniau propose l'idée d'attribuer un prix. La commission politique du Parlement, avec Deniau rapporteur, adopte son rapport le 31 octobre 1985 qui pose les bases du prix Sakharov, soulignant que ce dernier est « un citoyen européen qui incarne la liberté d'esprit et d'expression ». La proposition est adoptée le 13 décembre 1985.
D'après le texte adopté : « [le Parlement européen] déclare son intention d'instaurer un prix auquel sera donné le nom « prix Sakharov » du Parlement européen pour la liberté de l'esprit qui sera décerné chaque année à une étude ou un ouvrage rédigé sur un des thèmes suivants :
le développement des relations Est-Ouest par rapport à l'Acte final d'Helsinki, et notamment la 3e corbeille relative à la coopération dans les domaines humanitaires et autres,
la protection de la liberté d'enquête scientifique,
la défense des droits de l'Homme et le respect du droit international,
la pratique gouvernementale par rapport à la lettre des constitutions. »
Sakharov, dont l'accord pour la création du prix était obligatoire selon le texte adopté, donne son accord en avril 1987.
Le Bureau du Parlement européen arrête les caractéristiques initiales du prix le 6 juillet 1988, sur la base du texte du 13 décembre 1985. Le prix, s'il est destiné à récompenser la rédaction d'un ouvrage ou d'une étude, peut « également honorer des engagements, activités ou réalisations. ».
Les statuts actuels du prix, adoptés le 15 mai 2003 en révision de ceux arrêtés le 6 juillet 1988, mettent à jour la liste des sujets susceptibles de récompense au vu des évolutions politiques étant survenues depuis sa création. La nouvelle rédaction supprime aussi la nécessité de rédaction d'une étude, élargissant le champ du prix « toute production intellectuelle ou artistique, engagement ou action menée ». La récompense monétaire est également portée de 5 000 écus à 50 000 euros.
Selon la formulation actuelle des statuts :
« Ce prix est destiné à récompenser une réalisation particulière dans un des domaines suivants :
défense des droits de l'homme et des libertés fondamentales, en particulier du droit à la liberté d'opinion,
protection des droits des minorités,
respect du droit international public,
développement de la démocratie et mise en place de l’état de droit.
Par « réalisation », il faut entendre toute production intellectuelle ou artistique, l’engagement, ou l’action menée dans les domaines cités plus haut. »