Le prix Nobel de littérature (Nobelpriset i litteratur en suédois) est une récompense internationale accordée chaque année, depuis 1901, à un écrivain ayant rendu service à l'humanité par une œuvre littéraire qui, selon le testament du chimiste suédois Alfred Nobel, « a fait la preuve d'un puissant idéal ».
Récompense considérée comme la plus prestigieuse au monde, le prix Nobel de littérature met en lumière un auteur et ses travaux. Il lui assure une promotion à l'échelle planétaire, une renommée internationale et une certaine aisance financière.
Il n'est pas rare que le prix Nobel prenne une signification politique, ayant parfois valeur de désaveu face à des régimes autoritaires. En effet, plusieurs écrivains exilés, dissidents, contestataires, persécutés ou interdits de publication dans leur pays ont été récompensés, tels Miguel Ángel Asturias, Boris Pasternak, Pablo Neruda, Alexandre Soljenitsyne et Gao Xingjian.
Le prix Nobel de littérature honore avant tout les romanciers, essayistes, poètes et dramaturges. Toutefois, la liste des lauréats inclut également quatre philosophes : Rudolf Christoph Eucken et Henri Bergson, Jean-Paul Sartre, tout à la fois philosophe et écrivain, qui le refusa, et Bertrand Russell, également mathématicien ; un historien (Theodor Mommsen) ; un homme d'État (Winston Churchill, distingué aussi pour ses discours politiques) ; une nouvelliste (Alice Munro) ; et un auteur-compositeur-interprète (Bob Dylan).
Nominations et mode de fonctionnement
Chaque fin d'année, le prix Nobel est attribué par l'Académie suédoise. Celle-ci constitue ses nominations avec l'aide d'autres membres d'académies et de sociétés littéraires nationales et étrangères, d'éminents professeurs d'université en littérature, langue et linguistique, d'anciens lauréats du prix ou encore des présidents d'associations d'écrivains, représentant la culture littéraire de leurs pays. L'Académie compose le Comité Nobel (rattaché à la fondation Nobel) avec cinq de ses membres, désignés par cooptation pour trois ans. Ces cinq académiciens vérifient la pertinence et le critère d'éligibilité des écrivains secrètement nommés pour la récompense. Les archives de l'Académie Nobel révèlent les noms des nommés de 1901 à 1975 .
Durant l'automne, un courrier du Comité est expédié à près de 700 adresses afin d'être retourné pour le choix de l'année suivante. Toutes les personnes ou institutions sollicitées proposent en conséquence une liste de plusieurs noms. Il leur est fortement conseillé de détailler, expliquer ou motiver leurs choix bien que le règlement de la fondation Nobel ne l'oblige pas. Il est en revanche formellement interdit aux personnalités démarchées de voter pour elles-mêmes si elles sont éligibles pour le prix. Près de 350 noms sont proposés annuellement aux membres du Comité qui les éliminent à partir du 1er février pour ne garder que quinze à vingt candidatures en avril.
Cette première sélection est soumise au préalable à tous les membres de l'Académie qui procèdent à des recommandations. Fin mai, le Comité Nobel fixe une liste finale de cinq noms, avalisée par l'ensemble des académiciens qui aura alors à désigner le récipiendaire du prix. Si l'un des auteurs proposés n'est pas publié dans une langue accessible à la majorité du jury, l'Académie peut réclamer une traduction spéciale. De même, si un écrivain nommé est méconnu du Comité mais semble légitime pour le prix, la fondation Nobel dépêche des experts qui éclairent l'Académie sur la portée de l'œuvre du candidat potentiel.
Après avoir étudié en détail, durant l'été, les ouvrages des auteurs en lice, les jurés organisent plusieurs discussions. Il arrive souvent que les travaux d'un écrivain, nommé à plusieurs reprises, soient déjà lus. Dans ce cas, l'Académie prend en compte les nouvelles publications de l'auteur sélectionné. En conclusion des débats, début octobre, le jury procède à un vote. La personne qui obtient plus de la moitié des voix est désignée comme lauréate du prix. Les quatre recalés sont réinscrits d'office pour les sélections de l'année suivante. Le jury peut aussi déroger à la règle à la suite d'une décision exceptionnelle comme dans le cas très rare d'attribution d'un prix double ou conjoint. Ce mode de fonctionnement est similaire pour toutes les autres catégories du prix Nobel.
L'identité du récipiendaire est révélée par le secrétaire perpétuel de l'Académie, courant octobre, lors d'une conférence de presse dans le bâtiment de Börshuset, situé dans la vieille ville de Stockholm. Le contenu des délibérations et la liste finale des cinq personnalités sont gardés secrets pendant 50 ans. Le nom du vainqueur fait en conséquence l'objet de spéculations au sein des milieux littéraires.
Même si le montant de la somme inhérente au prix a évolué au cours de son histoire, il est fixé aujourd'hui à 10 millions de couronnes suédoises, à savoir environ un million d'euros. Chaque personnalité récompensée se voit décerner, par le roi de Suède, la médaille d'or et le diplôme de la fondation Nobel au cours d'une cérémonie de remise des prix, le 10 décembre à Stockholm, date-anniversaire de la mort d'Alfred Nobel. Auparavant, le gagnant doit faire un discours devant les membres de l'Académie suédoise dans lequel il définit son œuvre et ses aspirations artistiques.
Depuis sa création, le prix est revenu à 17 femmes et cinq membres de l'Académie suédoise, élus de manière antérieure ou postérieure à la réception de leur récompense. La personnalité la plus âgée à avoir obtenu cette distinction est Doris Lessing (1919-2013), récompensée en 2007 à 87 ans. Le plus jeune lauréat est Rudyard Kipling (1865-1936), récompensé en 1907 à 41 ans.
Nombre de critiques, spécialistes et cercles de lecteurs déplorent le fait que la qualité des apports poétique et esthétique d'une œuvre au domaine des Lettres n'est pas le seul critère impartial sur lequel s'axe l'Académie suédoise pour attribuer le prix Nobel. Son histoire est jalonnée de controverses et il entraîne régulièrement des contestations.
Lors des premières années de l'attribution du prix Nobel, le critère d'« idéalisme », fixé par le testament d'Alfred Nobel est la principale cause de l'oubli d'écrivains et de dramaturges aussi importants que Léon Tolstoï, Anton Tchekhov, August Strindberg, Henry James, Thomas Hardy ou encore Henrik Ibsen dont les œuvres sont jugées trop pessimistes. Selon l'historien de la littérature François Comba, l'Académie suédoise, sous l'influence du secrétaire perpétuel Carl David af Wirsén, rapproche au départ la notion d'« idéalisme » de « patriotisme » et met à l'honneur toute la littérature nationaliste ou régionaliste européenne (Theodor Mommsen, Henryk Sienkiewicz, Frédéric Mistral…). Pendant la Première Guerre mondiale à laquelle la Suède ne participe pas, le comité revendique une ligne de neutralité, récompensant des auteurs de pays non-belligérants (comme le Danemark) ou des écrivains tels que Romain Rolland dont la vision universaliste et optimiste fait consensus.
Dans les années 1920, l'Académie change de ligne de conduite et prime des écrivains ouvertement sceptiques et critiques comme Carl Spitteler et Anatole France dont l'œuvre s'accommode mal avec l'idéal exigé par Alfred Nobel. Dans les années 1930, le jury s'ouvre au continent américain et récompense Sinclair Lewis. Aucun écrivain allemand ou autrichien susceptible de gêner Adolf Hitler n'est distingué à l'instar de Bertolt Brecht, Hermann Broch, Joseph Roth, Stefan Zweig ou encore Robert Musil. Pour cette raison, l'écrivain tchécoslovaque Karel Čapek, farouchement opposé au national-socialisme et nommé sept fois pour le prix entre 1932 et 1938, est également écarté. En 1931, la récompense est attribuée à l'ancien secrétaire perpétuel de l'Académie Erik Axel Karlfeldt, décédé en avril. Auparavant, l'auteur avait déjà été proposé par ses collègues mais il aurait refusé le prix en 1919. Il s'agit de la seule fois dans l'histoire des Nobel que la distinction est décernée intentionnellement de manière posthume. Bien que réfugié en France et déchu de sa nationalité soviétique, Ivan Bounine devient le premier écrivain de langue russe à être distingué en 1933, car le comité préfère écarter Maxime Gorki, jugé trop proche de Staline et se ranger à l'avis d'un neveu d'Alfred Nobel dont les faveurs allaient à Bounine. Au cours de la même décennie, la candidature de Sigmund Freud est étudiée et rejetée. Lors de la Seconde Guerre mondiale, le prix est suspendu de 1940 à 1943 à la demande du gouvernement suédois qui affiche une politique de neutralité dans le conflit.