La prise d'otages du théâtre de Moscou est une prise d'otages en Russie effectuée par une cinquantaine de terroristes tchétchènes, qui retiennent 912 spectateurs pendant la comédie musicale destinée à la jeunesse Nord-Ost, du 23 au 26 octobre 2002 au théâtre Doubrovka de Moscou, à environ quatre kilomètres au sud-est du Kremlin. Ils réclament le départ des troupes russes de Tchétchénie et la fin de la seconde guerre de Tchétchénie.
Au matin du quatrième jour de la prise d’otages, les forces spéciales russes injectent un gaz incapacitant dans le système d'évacuation de l'air, puis donnent l'assaut et tuent la totalité des terroristes. 130 otages périssent au cours de cet événement, 124 à cause du gaz et 6 tués par les terroristes.
Après l’événement, de nombreuses hypothèses sont émises sur la nature du gaz paralysant utilisé lors de l’assaut. En 2010, selon un sondage, 74 % des Russes ne font pas confiance à la version officielle donnée par le gouvernement de l’événement.
Mi-octobre 2002, l'indépendantiste tchétchène Aslan Maskhadov donne une interview à l'AFP évoquant la radicalisation de son mouvement et l'annonce d'une opération, sans en préciser le moyen d'action.
La prise d’otage commence le 23 octobre au théâtre Doubrovka à Moscou, construit en 1974 et qui accueillait initialement un palais de la culture, à environ quatre kilomètres au sud-est du Kremlin. Au cours du second acte d'une représentation à guichets fermés de la comédie musicale Nord-Ost, peu après 21 heures, 50 terroristes, 32 hommes et 18 femmes fortement armés et masqués se sont rendus en 3 minibus jusqu'au théâtre et sont entrés dans le hall principal en tirant en l’air avec des fusils d'assaut. Ils sont arrivés en possession de plus de 100 kg d'explosifs, environ 100 grenades à mains, 3 bombes lourdes, 18 fusils d'assaut Kalachnikov et 20 pistolets.
Des Tchétchènes dont certains membres de la Brigade islamique internationale, en noir et en tenue de camouflage prennent en otage 912 personnes, y compris des membres du public et des artistes interprètes, dont un général du ministère de l'Intérieur russe. La réaction des spectateurs à l'intérieur du théâtre à l'annonce de l'attaque terroriste sur le théâtre n'a pas été uniforme : certaines personnes sont restées calmes, d'autres ont réagi de façon hystérique et d'autres se sont évanouies. Certains artistes qui se reposaient dans les coulisses se sont échappés par une fenêtre ouverte et ont appelé la police. Au total, quelque 90 personnes ont réussi à fuir le bâtiment ou à se cacher.
Le chef du groupe tchétchène a déclaré aux otages que les assaillants (qui s’étaient identifiés comme un groupe suicide de la « 29e division ») n’auraient aucune rancune envers les ressortissants étrangers (environ 75 personnes originaires de 14 pays, dont l’Australie, l’Allemagne, les Pays-Bas, l’Ukraine, le Royaume-Uni et les États-Unis, sur les plus de 900 otages) et aurait promis de libérer toute personne présentant un passeport étranger.
Revendication des preneurs d'otage
Les hommes armés étaient dirigés par Movsar Baraïev (en), neveu du commandant de la milice rebelle tchétchène tué l’année précédente, Arbi Baraïev, et ont menacé d'exécuter les otages si les forces russes n'étaient pas immédiatement et inconditionnellement retirées de la Tchétchénie. Ils ont dit que le délai était d'une semaine, après quoi ils commenceraient à tuer les otages.
Les médias ont acquis une déclaration sur bande vidéo dans laquelle les hommes armés ont déclaré leur volonté de mourir pour leur cause. La déclaration contenait le texte suivant :
« Chaque nation a droit à son destin. La Russie a enlevé ce droit aux Tchétchènes et nous voulons aujourd'hui récupérer ces droits : ce qu'Allah nous a donné, de la même manière, il l'a donné à d'autres nations. Allah nous a donné le droit à la liberté et le droit de choisir notre destin. Et les occupants russes ont inondé notre pays du sang de nos enfants. Et nous aspirons à une solution juste. Les gens ignorent les innocents qui meurent en Tchétchénie : les cheikhs, les femmes, les enfants et les faibles. Et par conséquent, nous avons choisi cette approche. Cette approche concerne la liberté du peuple tchétchène et il n'y a pas de différence en ce qui concerne le lieu de notre décès et nous avons donc décidé de mourir ici, à Moscou. Et nous emmènerons avec nous la vie de centaines de pécheurs. Si nous mourons, d'autres viendront nous suivre, nos frères et sœurs prêts à sacrifier leur vie, à la manière d'Allah, pour libérer leur nation. Nos nationalistes sont morts mais des gens ont dit qu’ils étaient des terroristes et des criminels. Mais la vérité est que la Russie est le vrai criminel. »
Sergueï Iastrjembski, assistant du Kremlin, a déclaré : « Lorsqu'ils ont appris que le retrait des troupes était irréaliste dans un court laps de temps, qu'il s'agissait d'un très long processus, les terroristes ont demandé à retirer les troupes russes de n'importe où en République de Tchétchénie. Sans préciser de quel domaine il s'agissait ». Les preneurs d'otages ont exigé la cessation de l'utilisation des forces d'artillerie et des forces aériennes en Tchétchénie à partir du lendemain (les forces russes ont cessé d'utiliser des armes lourdes jusqu'au 28 septembre), un arrêt des opérations notoires de zatchistka (« opération de nettoyage ») et le président Vladimir Poutine devrait déclarer publiquement qu’il s’efforçait d’arrêter la guerre en Tchétchénie. Au moment de la prise d’otages, le conflit en Tchétchénie faisait au moins trois morts chaque jour.
Des conversations téléphoniques entre les otages bloqués dans le bâtiment et les membres de leurs familles ont révélé que les preneurs d’otages avaient des grenades, des mines et des engins explosifs improvisés attachés à leur corps et qu’ils avaient déployé davantage d’explosifs sur le théâtre. Les preneurs d'otages utilisaient des noms arabes entre eux et les femmes terroristes portaient des vêtements de niqab de style arabe, ce qui est très inhabituel dans la région du Caucase du Nord.
21 h 15 : prétendant avoir fait allégeance au mouvement séparatiste en Tchétchénie, des terroristes en tenue de camouflage font irruption dans le théâtre, exigeant le retrait des forces russes de Tchétchénie et la fin de la Seconde guerre de Tchétchénie. Le siège est officiellement dirigé par Movsar Baraïev (en), 22 ans, neveu d'Arbi Baraïev, qui menace de faire sauter tout le bâtiment.
0 h 15 : tentative officielle d'entrer en contact avec les terroristes du député du parlement de Tchétchénie, Aslambek Aslakhanov.
2 h 20 : les terroristes libèrent 17 personnes.
3 h à 9 h : les forces spéciales russes tentent en vain d'établir le contact.
5 h : les terroristes abattent une femme qui est rentrée dans la salle et qu'ils ont cru être une espionne alors que c'était une vendeuse qui avait bu.