Ce Jour-là

Primo Levi

Écrivain et chimiste italien

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Primo Levi, né le 31 juillet 1919 à Turin et mort le 11 avril 1987 dans la même ville, est un écrivain et docteur en chimie italien rendu célèbre par son livre Si c'est un homme, dans lequel il relate son emprisonnement au cours de l'année 1944 dans le camp de concentration et d'extermination d'Auschwitz.

Juif italien de naissance, chimiste de profession et de vocation, il entre dans une carrière d'écrivain orientée par l'analyse scientifique de cette expérience de survivant de la Shoah, dans le but de montrer, retranscrire, transmettre, expliciter. Il est l'auteur d'histoires courtes, de poèmes et de romans.

Enfance judéopiémontaise (1919-1930)

Primo Levi naît dans le quartier de la Crocetta à Turin le 31 juillet 1919, dans une famille juive de la moyenne bourgeoisie. De ses origines séfarades, il retient le dialecte laaz, qu'il qualifie de langue hybride, tout à fait comparable au yiddish par son évolution, et surtout les figures de ses ancêtres dont les attitudes et paroles sont devenues proverbiales. Conservant les traditions, comme les fêtes juives, il leur arrivait, assez fréquemment, d'enfreindre avec plus ou moins de remords les lois de la cacheroute.

Son père Cesare, ingénieur, travaille pour la firme Ganz, et passe beaucoup de temps en Hongrie, où la firme est basée. C'est un lecteur avide. Sa mère, Ester « Rina » Luzzati (1895-1988) a fait ses études à l'Istituto Maria Letizia, est elle aussi friande de livres, parle couramment le français et joue du piano. Leur mariage avait été arrangé par le père de Rina, qui leur offrit la « maison familiale », un appartement sis au 75 du distingué corso Re Umberto, maintes fois évoquée dans l'œuvre de Primo Levi, où il naquit, vécut la plus grande partie de sa vie et mourut. Sa sœur, Anna Maria, dont il fut proche toute sa vie naît en 1921. Cesare rejoint alors le Parti fasciste italien.

En 1923, Primo entre à l'école primaire Felice Rignon à Turin. De constitution délicate, il n'est pas à l'aise avec son corps mais excelle sur le plan scolaire. Son état de santé lui impose de longues absences, durant lesquelles son instruction se fait à domicile par les bons soins d'Emilia Glauda puis Marisa Zini, la fille du philosophe Zino Zini. Il passe ses étés avec sa mère dans les vallées au sud-ouest de Turin, où Rina loue une ferme. Son père prétexte ne pas goûter la vie campagnarde pour demeurer à Turin, où il peut s'adonner librement à ses infidélités.

En septembre 1930, Primo Levi entre avec un an d'avance au gymnase Royal Massimo d'Azeglio, où il rencontre Charlotte Poulin, et est alors dispensé l'ensemble de l'enseignement secondaire. Étant le plus jeune, le plus petit et le plus intelligent de sa classe, en plus d'être le seul Juif, il est l'objet privilégié des brimades de ses camarades. Moins par conviction que par respect des traditions, il suit une formation de deux ans au Talmud Torah de Turin afin de pouvoir chanter à la synagogue lors de sa Bar Mitzvah, laquelle a lieu en août 1932.

En 1933, il est inscrit, comme cela est alors devenu quasiment obligatoire pour les jeunes Italiens, dans le mouvement des Avanguardisti des jeunesses fascistes. Il parvient à éviter les exercices de maniement du fusil en rejoignant la division de ski, ce qui lui permet de passer chaque samedi de la saison d'hiver sur les pentes au-dessus de Turin. Adolescent, Primo Levi souffre d'infections pulmonaires à répétition, qui ne l'empêchent néanmoins pas de manifester du goût pour les activités physiques. Il participe à des compétitions d'athlétisme clandestines organisées par des amis dans un stade de sport abandonné.

En juillet 1934, à l'âge de quatorze ans, il présente l'examen d'admission au lycée classique Massimo d'Azeglio, où se poursuit l'enseignement du gymnase et y est reçu en candidat libre. Les professeurs de ce lycée sont connus pour leur antifascisme affirmé. Parmi ceux-ci, Norberto Bobbio et, pendant quelques mois, Cesare Pavese, qui deviendra l'un des romanciers les plus connus d'Italie. Bien que n'étant plus le seul Juif de sa promotion, Primo Levi demeure la bête noire de ses condisciples. En lisant Concerning the Nature of Things de William Henry Bragg, il se découvre une vocation de chimiste. Il souhaite, grâce à cette science, découvrir les secrets du monde. Levi est diplômé de l'école en 1937, mais mis en cause pour avoir ignoré une convocation de la Marine royale italienne la semaine précédant ses examens, et peut-être pour des raisons d'ordre antisémite, il devra repasser son diplôme, à la fin de l'été 1938.

Étudiant catégorisé (1938-1941)

En octobre de la même année 1938, il s'inscrit à l'université de Turin, pour étudier la chimie. Au terme d'un examen écrit, Primo Levi fait partie des vingt candidats, sur quatre-vingts, à être admissible et devoir passer l'épreuve orale. Il n'est admis qu'en février après avoir suivi le cursus de chimie à plein temps.

Bien que l'Italie soit un pays fasciste et que ce régime promulgue des lois antisémites, il n'y a pas de véritables discriminations envers les Juifs dans les années 1930. La communauté juive italienne est historiquement l'une des plus assimilées par son pays d'accueil, et les Italiens non-Juifs, sans particulièrement les apprécier ni farouchement les détester, ignorent ou contournent toute loi raciale, par esprit d'opposition aux Allemands qui inspirent ces lois au régime fasciste de plus en plus dépendant du Reich. Cependant, en 1938, le gouvernement fasciste déclare que les Juifs sont une impureté au sein du peuple italien, et promulgue en juillet de cette année des lois raciales, dont l'une a pour effet de restreindre, avant d'interdire totalement aux citoyens juifs, de s'inscrire dans les écoles publiques. Toutefois, les Juifs ayant déjà entamé leurs études sont autorisés à les poursuivre, ce qui est le cas de Primo Levi.

En 1939, Primo Levi commence à pratiquer activement la randonnée en montagne, que lui apprend son ami Sandro Delmastro, futur héros de la lutte partisane. Tous deux passent de nombreux weekends sur les montagnes au-dessus de Turin. L'exercice physique, le risque, la lutte contre les éléments lui fournissent une soupape de décompression par rapport à toutes les frustrations qu'il rencontre dans la vie. S'ajoutent bientôt à celles-ci les bombardements de Turin, qui commencent quelques jours après que l'Italie a déclaré la guerre à la Grande-Bretagne et à la France, ainsi que le cancer du côlon qui se déclare chez son père et le cloue au lit.

Du fait de la montée croissante du fascisme, et des lois antisémites, Primo Levi éprouve de fortes difficultés à trouver un superviseur pour sa thèse de fin d'études, qui porte sur l'inversion de Walden, une étude sur l'asymétrie de l'atome de carbone. Finalement dirigé par le Docteur Nicolo Dallaporta, il obtient son diplôme pendant l'été 1941 avec la plus haute mention, ayant en outre soumis des mémoires sur le rayonnement X et l'énergie électrostatique. Cependant, comme son diplôme mentionne que le docteur Primo Levi est « de race juive », les lois raciales ne lui permettent pas de trouver d'emploi approprié.

Deux expériences professionnelles (1941-1943)

En décembre 1941 son ancien appariteur, Caselli, lui obtient un poste dans la mine d'amiante de Balangero. Le projet dont il a la charge est d'analyser la teneur en nickel des résidus de la mine et d'en optimiser l'extraction, un défi qu'il accepte avec plaisir, bien qu'il se doute qu'en cas de succès, il contribuera à l'effort de guerre allemand, qui a besoin de nickel pour son industrie d'armement. Pour cause de secret militaire, Primo Levi doit travailler sous un faux nom, avec de faux papiers. C'est au cours de son séjour à la mine qu'il rédige ses deux premières histoires courtes, qui seront réintégrées bien des années plus tard dans Le Système périodique. En mars 1942, tandis qu'il travaille à la mine, son père Cesare Levi meurt.

En juin 1942, la situation ne pouvant évoluer davantage à Turin, Primo Levi quitte la mine et tente sa chance à Milan. Il est recruté par la firme suisse de A. Wander sur un projet d'extraction d'un composé anti-diabétique d'extraits végétaux, sur la recommandation d'une ancienne camarade de l'université de Turin, les lois raciales ne s'appliquant pas aux compagnies suisses. Il devient cependant rapidement évident que le projet, s'appuyant sur les élucubrations dépourvues de fondement d'un scientifique proche du IIIe Reich, n'a aucune chance de réussir, mais qu'il n'est dans l'intérêt d'aucun employé que cela se sache.

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