Ce Jour-là

Premier Empire

Premier des deux empires français établis au profit de la dynastie des Bonaparte, de 1804 à 1814

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L’Empire français, appelé a posteriori le Premier Empire, est le régime impérial de la France à partir du 18 mai 1804, date de la proclamation de Napoléon Bonaparte empereur des Français par sénatus-consulte, jusqu'à sa première abdication le 4 avril 1814, puis de son retour à Paris le 20 mars 1815 à la séparation de la Commission Napoléon II le 7 juillet 1815, à la suite de sa défaite lors de la bataille de Waterloo le 18 juin 1815 qui marquera la fin de l'Empire.

D'abord perçu comme une continuation de la Première République, avant de prendre la dénomination officielle d'« Empire français » en 1809, il fait suite au Consulat, est entrecoupé par la Première Restauration avant le rétablissement de son autorité lors des Cent-Jours, et est suivi par la Seconde Restauration. C'est le premier des deux empires français établis au profit de la dynastie des Bonaparte.

Le Premier Empire se distingue des autres régimes politiques de l'Histoire de France, d'abord par son originalité en inaugurant un système politique alors inédit en France, l'Empire ; ensuite par sa belligérance car les guerres napoléoniennes voient la France affronter successivement cinq coalitions de 1805 à 1815. Ces conflits permettent à Napoléon de conquérir la majeure partie de l'Europe continentale, hors Scandinavie. Portée à son extension continentale maximale (2 500 000 km2 annexés), la France compte alors 135 départements, des villes comme Rome, Hambourg, Barcelone, Amsterdam ou Raguse devenant chefs-lieux de départements français.

Incarnés par de nombreuses et spectaculaires victoires militaires comme Austerlitz, Iéna, Auerstadt, Eylau, Friedland ou Wagram, ces succès continentaux se payent au prix de lourdes pertes et d'un recul sur le plan colonial, conduisant à la disparition du Premier empire colonial français, à la vente de la Louisiane en 1803 au profit des Etats-Unis, s'ajoutant à la conquête de certaines colonies antillaises par le Royaume-Uni, ennemi de la Révolution et maître des mers. Les récurrents échecs français à conquérir les îles Britanniques, symbolisés par la campagne de Trafalgar, laissent en effet les Britanniques financer les successives coalitions qui viennent en 1814 à bout des armées impériales, après le tournant décisif de la campagne de Russie, échec stratégique dont la Grande Armée ne se relèvera pas.

En 1799, à l'issue du coup d'État du 18 Brumaire, Napoléon Bonaparte est nommé Premier Consul. Trois ans plus tard, alors que le pays renoue avec une certaine prospérité, que la paix intérieure règne et que la menace extérieure semble éteinte après la signature de la Paix d'Amiens, le Deuxième Consul Cambacérès incite le Tribunat à donner à Bonaparte « un gage éclatant de la reconnaissance nationale ». Cela conduit à la proclamation du consulat à vie par plébiscite le 2 août 1802. Pour beaucoup, Napoléon apparaît alors déjà « comme un roi à qui il ne manque plus qu'une couronne ». La marche vers l'Empire est accélérée par la découverte du complot royaliste de Cadoudal au début de l'année 1804, qui aboutit notamment à l'arrestation du général Moreau comme complice et à l'exécution du duc d'Enghien.

En coulisses, l'entourage de Bonaparte s'active pour asseoir encore davantage son pouvoir en lui octroyant l'hérédité (transmission du pouvoir par descendance), contribuant ainsi à rapprocher le régime de formes monarchiques. L'ancien ministre de la Police, Joseph Fouché, œuvre en ce sens au Sénat, si bien que le 27 mars, cette assemblée invite Napoléon à « achever son ouvrage en le rendant immortel comme sa gloire ». Chaque grand corps de l'État se joint peu à peu à cette demande, ainsi le conseil privé du Premier Consul, qui recommande l'établissement de l'Empire le 13 avril, de même que le Corps législatif, par l'intermédiaire de Fontanes qui déclare lors d'une cérémonie officielle : « Un empire immense repose depuis quatre ans sous l'abri de votre puissante administration ». Dans le même temps, les partisans de l'Empire comme Fouché ou les frères de Bonaparte, Joseph et Lucien, activent leurs réseaux de manière que dans toute la France, les collèges électoraux, les conseils généraux ou municipaux adressent aux institutions parisiennes l'établissement d'une monarchie républicaine. Dans sa correspondance avec le Premier Consul, le général Soult fait valoir que cette ambition est partagée par l'armée.

La proclamation de l'Empire et l'organisation du nouveau régime

Le 28 avril 1804, Jean-François Curée dépose une motion demandant au Tribunat d'émettre le vœu que Bonaparte soit déclaré empereur et que la dignité impériale soit déclarée héréditaire dans sa famille. Celle-ci est adoptée à l'unanimité moins une voix, celle de Lazare Carnot, le 3 mai suivant, tandis que le Sénat adopte lui aussi le principe d'un empire héréditaire. Le 11 mai, une commission de dix membres composée de sénateurs, de ministres et des trois consuls, entame la rédaction d'un projet de sénatus-consulte qui est arrêté deux jours plus tard et approuvé par le conseil privé de Bonaparte. Le 16 mai, ce projet est présenté au Sénat par le conseiller d'État Portalis, qui exhorte les sénateurs à l'approuver sans discussion : « C'est un beau spectacle que celui d'une nation qui, à peine sortie de la révolution la plus terrible, vient, dans le silence de tous les partis et dans le calme de toutes les passions, choisir elle-même les institutions les plus convenables à sa gloire et à son bonheur ».

Le sénatus-consulte est approuvé le 18 mai 1804 à la quasi-unanimité par le Sénat, confiant ainsi à Napoléon le gouvernement de la République avec le titre d’Empereur des Français. Des coups de canon sont tirés sur le Champ-de-Mars pour célébrer l'évènement, tandis que les sénateurs se rendent au château de Saint-Cloud, où Cambacérès, qui préside l'assemblée, remet le texte au nouvel empereur, dans la galerie d'Apollon.

La nouvelle constitution ajoute 142 articles à la précédente, mais elle ne modifie pas en profondeur la définition et les fonctions des grandes institutions créées au début du Consulat. Le Corps législatif et le Tribunat sont maintenus, de même que le Conseil d'État et le Sénat. La majorité des articles ajoutés le sont pour définir l'hérédité du trône, le rôle de la famille impériale, et les nouvelles dignités de l'Empire. Ainsi le principe de l'hérédité est fixé : il reprend celui de la loi salique, l'accordant de mâle en mâle, par ordre de primogéniture et dans la descendance directe, naturelle et légitime de Napoléon ou, à défaut, à ses frères Joseph et Louis. Par ailleurs, la nouvelle constitution crée six grandes dignités de l'Empire récompensant les deux anciens consuls et les membres de la famille de Napoléon. Ainsi, Cambacérès et Lebrun sont respectivement nommés archichancelier et architrésorier de l'Empire, tandis que Joseph est nommé au titre de grand électeur, Louis à celui de connétable, Murat à celui de grand amiral et Eugène de Beauharnais à celui d'archichancelier d'État. Bien qu'honorifiques, ces dignités donnent accès à plusieurs corps de l'État, comme le conseil privé et le grand conseil de l'Empereur, le Sénat ou encore le Conseil d'État. De même, de grands officiers, militaires ou civils, sont nommés. Le maréchalat est rétabli et limité à seize titulaires, nommés le 19 mai, au lendemain de la proclamation de l'Empire.

Les décrets du 19 mai et du 13 juillet fixent les préséances et l'étiquette impériale, tandis que la Maison de l'Empereur est organisée, notamment par la nomination de Duroc comme grand maréchal du palais, de Caulaincourt comme grand écuyer, de Talleyrand comme grand chambellan, de Berthier comme grand veneur, de Joseph Fesch comme grand aumônier et de Ségur comme maître des cérémonies. Par ailleurs, l'organisation de l'appareil d'État s'accompagne d'une réforme des ministères. C'est dans ce cadre que Joseph Fouché fait son retour à la Police.

Durant le mois de juin 1804, le peuple se prononce par plébiscite, mais uniquement sur la question de l'hérédité de l'Empire qui doit être approuvée et non sur la constitution dans son ensemble. Comme lors des précédentes consultations, le résultat est sans appel, avec un total de 3 524 254 oui contre 2 579 non. Le résultat définitif de ce plébiscite est proclamé au nom du Sénat le 1er décembre suivant par François de Neufchâteau.

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