Ce Jour-là

Première ascension du Cervin

La première ascension du Cervin est réalisée par Edward Whymper, Francis Douglas, Charles Hudson, Douglas Hadow (en), Mi

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La première ascension du Cervin est réalisée par Edward Whymper, Francis Douglas, Charles Hudson, Douglas Hadow (en), Michel Croz et deux guides de Zermatt, Peter Taugwalder père et fils, le 14 juillet 1865. Douglas, Hudson, Hadow et Croz sont tués lors de la descente après que Hadow a glissé et entraîné les trois autres hommes dans sa chute, sur la face nord. Whymper et les deux Taugwalder, qui survivent, sont par la suite accusés d'avoir coupé la corde qui les reliait au reste du groupe pour ne pas être entraînés dans la chute, mais l'enquête qui s’ensuit ne trouve aucune preuve de leur culpabilité et ils sont acquittés.

Cette ascension fait suite à une longue série de tentatives menées par Edward Whymper et Jean-Antoine Carrel en vue d'atteindre le sommet. La première expédition réussie a été suivie peu après par une expédition italienne (en) qui gravit la crête italienne de l'autre côté de la montagne. Le Cervin est le dernier grand sommet des Alpes à être vaincu et son ascension marque la fin de l'âge d'or de l'alpinisme.

Pendant l’été 1860, Edward Whymper, un jeune artiste britannique de 20 ans, visite les Alpes pour la première fois. Il avait été employé par un éditeur londonien pour réaliser des croquis et des gravures de paysages de montagne le long de la Frontière entre l'Italie et la Suisse. Il s’intéresse rapidement à l'alpinisme et décide de tenter l'ascension du Cervin, alors toujours invaincu. Whymper apprend que Jean-Antoine Carrel, un guide italien de Valtournenche, avait également comme ambition d’être le premier à atteindre le sommet du Cervin et qu’il avait déjà réalisé plusieurs tentatives. Dans les années 1861-1865, les deux hommes font plusieurs tentatives ensemble par la face sud-ouest mais deviennent peu à peu des rivaux : patriote, Carrel pensait qu’il était normal qu’un Italien comme lui soit le premier à atteindre le sommet et non un Anglais, comme Whymper.

Pendant ce temps-là, en 1863, des alpinistes italiens expérimentés, tels que Quintino Sella, Bartolomeo Gastaldi et Felice Giordano, se retrouvent au château du Valentino à Turin pour parler de la constitution d’un club alpin italien ; il est secrètement proposé à cette occasion de tenter un exploit qui ferait honneur à l'institution dès sa constitution. Les alpinistes anglais avaient privé les Italiens de la conquête du mont Viso, le sommet piémontais par excellence et le Cervin demeurait le dernier des grands sommets des Alpes à être invaincu. Ils savaient que plusieurs tentatives avaient été réalisées par les guides de Valtournenche ; le terrain semblait être bien préparé. Ni Gastaldi ni Sella ne pouvaient entreprendre les travaux de préparation et d'organisation de l'expédition ; l’honneur de cette tâche est donc revenu à Felice Giordano qui l’accepte. La constitution du Club alpin italien est officiellement proclamée, le 23 octobre, après l’ascension du Monte Viso par Sella et il est probable qu'à cette occasion l'exécution de ce projet, qui est alors considéré comme un objet de fierté nationale, ait de nouveau été discutée.

Felice Giordano se rend à Zermatt où il fait face pour la première fois au mont Cervin. Il remplit son carnet de voyage de croquis et, parmi ses nombreuses observations barométriques et géologiques, il écrit une note qui, dans un croquis de la montagne, correspond à la hauteur de l'« épaule ». Cette note dit : « Ceci est le point le plus élevé qui a, jusqu'ici, été atteint de l'autre côté » ; et plus loin dans ses observations : « D'après les informations reçues, nous savons que la face ouest a été gravie jusqu'à environ cinq cents pieds du sommet. Afin de réaliser l'ascension, il serait nécessaire de tailler des marches et faire d'autres travaux dans la roche sur une hauteur d'environ une centaine de pieds ; huit ou dix jours seraient nécessaires, et trois à quatre tailleurs de pierre à vingt francs par jour. »

Giordano entreprend de sérieux préparatifs avant de se lancer dans l'ascension, y compris des calculs et expériences concernant la résistance des cordes, et se fournit en baromètres et en tentes. Le 8 juillet, il se rend à Valtournenche et rencontre Carrel qui venait de rentrer avec quelques autres hommes (Antoine-César Carrel, Charles Gorret et Jean-Joseph Maquignaz) d'une marche d'exploration de la montagne. Ils étaient redescendus parce que le temps était brumeux, et qu'ils n'étaient donc pas en mesure de faire des observations.

En 1865, Whymper, las des échecs subis sur l'arête sud-ouest, décide de tenter une nouvelle voie. La stratification des roches sur la face est lui semble plus favorable et la pente pas excessive. Son plan d'attaque est compliqué : un vaste couloir rocheux sur le versant italien en dessous de la Breuiljoch, sur le petit glacier du Cervin, serait gravi jusqu'à un point haut sur l'arête Furggen (arête sud-est) ; de là, traversant la face est, il voulait atteindre l'arête du Hörnli (nord-est) et la suivre jusqu'au sommet. Toutefois, lorsque cette voie a été tentée, une avalanche de pierres s'abat sur les grimpeurs, et l'ascension échoue. Ses guides refusent de faire d'autres tentatives par cette voie.

Dans le même temps, Carrel avait discuté avec Whymper et s'était même engagé à entreprendre avec lui une tentative sur le versant suisse. Carrel avait été engagé par l'Anglais jusqu'au mardi 11 juillet (inclus), si les conditions météorologiques étaient bonnes, mais le temps se dégrade et Carrel était donc libre de tout engagement. Dans la matinée du 9, Whymper — alors qu'il descendait à Valtournenche — est surpris de rencontrer Carrel avec un voyageur qui emportait avec lui beaucoup de bagages. Il interroge Carrel et ce dernier lui répond qu'il ne pourrait le servir après le 11 juillet, parce qu'il avait un engagement avec une « famille de distinction » ; et quand Whymper lui reprocha de ne pas le lui avoir dit avant, Carel lui répondit que l'engagement avait été contracté il y a longtemps et que, jusqu'à ce moment-là, rien n'avait été confirmé. Whymper ne se doutait pas encore que la « famille de distinction » était Giordano lui-même mais il en prend conscience au Breuil, pendant la matinée du 11, lorsqu'il apprend que les guides avaient déjà commencé leurs explorations et que tout avait été étudié bien avant l'expédition qui devait préparer la voie à Quintino Sella.

« Whymper était arrivé deux ou trois jours auparavant ; comme d'habitude, il voulait faire l'ascension, et avait engagé Carrel qui, n'ayant pas encore reçu mes lettres, avait accepté, mais pour quelques jours seulement. Heureusement, le temps s'est dégradé. Whymper était incapable d'entreprendre une nouvelle tentative et Carrel l'a abandonné et m'a rejoint, avec cinq autres hommes triés sur le volet et qui sont les meilleurs guides de la vallée. Nous avons immédiatement envoyé une équipe en éclaireur, avec Carrel à sa tête. Afin de ne pas nous faire remarquer, nous avons transporté les cordes et autres matériaux à Avouil, un hameau isolé qui est proche du Cervin, il s'agira de notre camp de base. Sur les six hommes, quatre devront travailler en amont, et les deux autres serviront en continu comme porteurs, une tâche qui est au moins aussi difficile que celle des autres.

J'ai pris mes quartiers au Breuil, pour le moment. La météo, le dieu que nous craignons et sur lequel tout dépendra, a été jusqu'ici très changeante et plutôt mauvaise. Pas plus tard qu'hier matin, il neigeait, la nuit (du 10 au 11) les hommes ont commencé avec les tentes, et j'espère que par ce temps, ils ont atteint une grande hauteur ; mais le temps, brumeux, tourne à nouveau et le Cervin est encore couvert ; j'espère que les brouillards se disperseront bientôt. Si le temps le permet, j'espère dans trois ou quatre jours savoir où je me trouverai. Carrel m'a dit d'attendre encore avant de monter, jusqu'à ce qu'il me fasse parvenir un mot ; naturellement, il souhaite assurer personnellement les derniers mètres. Tels qu'on les voit d'ici, ils ne me semblent pas être absolument inaccessibles, mais avant de dire cela l'on doit les essayer ; et il est également nécessaire de vérifier si nous pouvons bivouaquer à un point beaucoup plus élevé que le point le plus élevé atteint par Whymper. Dès que je recevrai une bonne nouvelle, j'enverrai un message à Saint-Vincent, le bureau télégraphique le plus proche, avec un télégramme contenant quelques mots et venez alors dès que possible. Pendant ce temps, à réception de la présente, s'il vous plaît envoyez-moi quelques lignes de réponse, avec quelques conseils, parce que j'ai la tête remplie de tracas ici, avec le temps, les dépenses et Whymper. J'ai essayé de tout garder secret, mais cet homme, dont la vie semble dépendre du Cervin, est ici, et écoute tout soupçonneusement. J'ai éloigné tous les hommes compétents de lui, et pourtant il est si épris de cette montagne qu'il pourrait tenter [l'ascension] avec d'autres et réussir. Il est ici, dans cet hôtel, et je tente d'éviter de parler avec lui. »

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