La Première République au Turkestan oriental (RTO), ou république islamique turque du Turkestan oriental (RITO), ou aussi république de l'Ouïghourstan, est une république éphémère, de novembre 1933 à janvier 1934. Elle fut centrée sur la ville de Kachgar dans la province du Xinjiang (devenue région autonome ouïgoure du Xinjiang en 1955), région administrée par la république populaire de Chine.
Bien que dérivant principalement des aspirations séparatistes, islamiques et nationalistes du peuple ouïghour de la région, la RTO était d'une nature multiethnique, incluant des Kazakhs, Kirghizes, et autres minorités turques représentées dans son gouvernement, dont Isa Alptekin fut le secrétaire général.
Avec le pillage de Kashgar en 1934 par les seigneurs de la guerre Hui théoriquement alliés avec le gouvernement du Kuomintang de Nankin, la Première République fut totalement éliminée. Son exemple, cependant, a servi jusqu'à un certain point comme inspiration pour la création d'une Seconde République, soviétique, État satellite de l'Union soviétique une décennie plus tard, et continue à influencer les aspirations du nationalisme ouïghour moderne pour la création d'un Turkestan oriental indépendant.
Origines du mouvement de la RTO
La naissance du séparatisme ouïghour au début du XXe siècle, doit beaucoup à l'influence du mouvement jadidiste turcique, diffusée par certains Ouïghours fortunés, partisans du panturquisme qui avaient voyagé à l'étranger, en Turquie, en Europe et en Russie et qui revinrent déterminés à moderniser et à développer le système d'éducation au Xinjiang. La première école importante fondée selon le modèle européen, était située dans la banlieue de Kashgar et, contrairement au programme traditionnel des médersas, mettait davantage l'accent sur les aspects pratiques et techniques de l'enseignement tels que les sciences, les mathématiques, l'histoire et les langues. Le jadidisme croyait dans le pouvoir de l'éducation considérée comme un outil de perfectionnement personnel et national qui secouerait le statu quo traditionnel du Xinjiang. Le maitre du Xinjiang, le gouverneur et seigneur de la guerre, Yang Zengxin (楊增新), de la Clique du Xinjiang, réagit en fermant ou en intervenant dans le fonctionnement de plusieurs de ces nouvelles écoles.
La naissance de l'Union soviétique et des républiques socialistes soviétiques d'Asie centrale influencèrent également les Ouïghours, augmentèrent la popularité des mouvements nationalistes séparatistes et diffusèrent le message communiste. Malgré la création d'une organisation révolutionnaire communiste locale dans le Xinjiang en 1921, cette zone servit également de refuge à de nombreux intellectuels fuyant l'avènement du communisme soviétique en Asie centrale, formant ainsi une division à l'intérieur du mouvement nationaliste turc au Xinjiang.
La situation au Xinjiang se détériora avec le meurtre de Yang Zengxin en 1928 et l'arrivée au pouvoir de son adjoint Jin Shuren (金樹仁). Celui-ci se proclama gouverneur après avoir fait arrêter et exécuter l'assassin de Yang, un fonctionnaire rival nommé Fan Yaonan (zh) (樊耀南), qui voulait lui-même s'emparer du pouvoir.
Autocratique, corrompu et inefficace dans sa gestion du développement de la province, Jin s'aliéna encore davantage le peuple en réactivant une politique de « sinisation », en augmentant les taxes, interdisant la participation au hajj et en remplaçant les chefs locaux par des fonctionnaires chinois Han.
La situation arriva à un point critique en 1930, à la mort du Shah Mexsut, khan de la préfecture de Hami (Hami) dans le Xinjiang oriental. Depuis l'ère des Qing, le titre de Khan était héréditaire et comme le veut l'usage féodal ou satrape, il comportait la souveraineté sur la région. L'importance du territoire Hami situé de façon stratégique de part et d'autre de la route principale reliant la province à la Chine orientale, sa richesse en terres fertiles sous-exploitées, ainsi que la volonté du gouvernement de consolider son pouvoir et d'éliminer les anciennes coutumes de gouvernement indirect, amenèrent Jin Shuren à abolir le khannat et à proclamer sa souveraineté directe à la mort de Shah Mexsut.
Là-dessus, Jin Shuren doubla les taxes agricoles pour la population ouïghoure, l'expropria des meilleures terres et les distribua à des réfugiés chinois Han de la province voisine du Gansu, à laquelle il accorda des subventions et réinstalla les Ouïghours déplacés sur des terres peu fertiles, près du désert.
La nouvelle garnison stationnée à Hami s'avèra encore plus sévère, et en 1931, la révolte éclata, des bandes et des mouvements de résistance se levèrent dans toute la zone. Le coup final fut porté par un officier chinois, nommé Chieng, qui décida d'épouser une jeune fille ouïghoure d'un village des environs de Hami.
Pour les Ouïghours, il s'est agi en fait d'un viol ou de l'intimidation de la famille, de plus, comme la loi islamique interdit aux filles musulmanes de se marier avec un non-musulman, cela est apparu véritablement comme une agression contre la communauté ouïghoure.
La rébellion éclata le 20 février 1931 avec le massacre de Chieng, de trente-trois de ses soldats lors de la cérémonie du mariage et de cent vingt Chinois Han réfugiés du Gansu.
La rébellion ne s'est pas cantonné aux seuls Ouïghours : les chefs kazakhs, kirghizes, chinois Han et Hui se joignirent tous à la révolte contre le pouvoir de Jin Shuren, même si occasionnellement ils l'interrompaient pour se battre entre eux.
Le Kuomintang (parti nationaliste chinois, KMT) et l'Union soviétique compliquèrent encore la situation en envoyant des troupes pour soutenir Jin et son commandant militaire Sheng Shicai (盛世才) auxquels se joignirent certains Russes blancs réfugiés de l'Union soviétique et vivant dans la région de la vallée de la rivière Ili.
Initialement, les principaux combats furent centrés autour d'Urumqi, que les forces ouïghoures et Hui assiégèrent jusqu'à ce que les troupes de Sheng Shicai soient renforcées par des soldats Mandchous et des Russes blancs fuyant devant l'invasion japonaise de la Chine du Nord-Est. En avril 1933, Jin fut déposé par ces différents éléments et remplacé par Sheng avec le soutien des Soviétiques. Fort de ce soutien, Sheng réussit à diviser les assiégeants autour d'Urumqi en offrant à certains commandants ouïghours (sous le commandement de Khoja Niyaz Hadji, ancien conseiller du défunt Hami Khan) des postes de pouvoir dans le Xinjiang méridional s'ils acceptaient de se retourner contre les armées Hui se trouvant au nord sous les ordres du jeune Ma Zhongying (馬仲英).
Entre-temps, une autre faction Hui dans le Xinjiang méridional s'était alliée avec les forces ouïghoures groupées autour de Kucha sous les ordres de Timur Beg et marchait vers Kashgar. Les forces conjointes Ouïghours-Hui encerclant la ville se divisèrent à nouveau, le commandant Hui Ma Zhancang (zh) (馬占倉, de la Clique du Xinjiang) s'étant allié avec l'autorité locale dirigée par un autre Hui, Ma Shaowu (馬紹武), et attaqua les forces ouïghoures commandées par Timur Beg, tuant ce dernier.
Parallèlement, dans la ville de Khotan, située dans le Sud du bassin du Tarim à proximité, trois frères appartenant à la riche famille Bughra et ayant reçu une éducation traditionnelle jadidiste, dirigèrent une révolte dans les mines d'or près de la ville de Keriya ainsi que dans les vallées des rivières de montagne Yurunkash et Karakash, et se proclamèrent émirs après avoir créé l'émirat de Khotan et déclaré son indépendance d'avec la Chine le 16 mars 1933.