Le programme Lend-Lease (« Prêt-Bail » en français) était un programme d'armement mis en place par les États-Unis pendant la Seconde Guerre mondiale, afin de fournir aux pays amis du matériel de guerre sans intervenir directement dans le conflit (avant l'entrée en guerre des États-Unis), mettant fin de facto aux lois des années 1930 sur la neutralité.
La loi Lend-Lease, votée par 317 voix pour et 71 contre à la chambre des représentants des États-Unis et par 60 voix pour et 31 contre au Sénat, signée le 11 mars 1941, autorise le Président des États-Unis à « vendre, céder, échanger, louer, ou doter par d'autres moyens » tout matériel de défense à tout gouvernement « dont le Président estime la défense vitale à la défense des États-Unis. »
De 1941 à 1945, les aides américaines se sont élevées à 50,1 milliards de dollars américains. Les principaux bénéficiaires du prêt-bail étaient le Royaume-Uni (31,4 milliards de dollars) et l'Union soviétique (11,3 milliards de dollars). La France n'a vraiment bénéficié de ce programme d'assistance logistique (3,2 milliards de dollars) qu'à partir de la Conférence de Casablanca (janvier 1943) entre Roosevelt, Churchill, Giraud et De Gaulle.
Il y eut malgré tout un prix à payer. Les autorités américaines dépossédèrent la Grande-Bretagne de ses réserves d'or et de ses investissements outre-mer. Elles restreignirent ses exportations, et les hommes d'affaires américains s'emparèrent de marchés qui jusque-là étaient britanniques.
À la suite de l’invasion de la France en juin 1940 et jusqu’à l’invasion de la Grèce par l’Italie, l'Empire britannique était la seule puissance en guerre contre l’Allemagne et l’Italie. Le Royaume-Uni avait jusqu'alors payé son matériel militaire en or sous le traité « cash and carry » qu’il avait passé avec les États-Unis. Mais en 1941, elle avait tellement dépensé qu’elle commençait à manquer d’argent.
Au même moment, le gouvernement américain commençait à se mobiliser pour la guerre totale, avec le programme « Peacetime » et avec une forte augmentation dans le budget de la défense (qui est passé de deux à dix milliards de dollars). C’est à ce moment que le premier ministre britannique Winston Churchill demande au président américain Franklin Roosevelt une aide monétaire rapide de leur part. Roosevelt souhaitait aider les Britanniques mais était bloqué par l’opinion publique ainsi que les « Neutrality acts » qui l’obligeaient à rester neutre dans la guerre et à ne pas vendre des armes à crédit ou à prêter de l’argent aux États belligérants. C’est pourquoi l’idée du « Prêt-Bail » lui est venue.
En septembre 1940, pendant la bataille d’Angleterre, le gouvernement britannique a envoyé la mission « Tizard » aux États-Unis. Le but de cette mission était d’obtenir des ressources industrielles pour utiliser le potentiel militaire des recherches qu’avait menées le Royaume-Uni avant le début de la guerre, mais qu’ils n’avaient pas pu utiliser à cause de la guerre. Ce partage de technologies a inclus le design du détonateur de proximité, des détails des premiers réacteurs d’avions de Frank Whittle et le Mémorandum de Frisch et Peierls sur la faisabilité d’une bombe nucléaire. Toutes ces découvertes technologiques furent plus tard d'une importance capitale sur le cours de la guerre. De nombreuses autres découvertes technologiques ont été vendues comme des instruments de détection, des sous-marins et des systèmes de gyroscope.
En décembre 1940, le président Roosevelt a dit que les États-Unis seraient « l’arsenal des démocraties » et a proposé de vendre des munitions au Royaume-Uni et au Canada. Les isolationnistes étaient fortement opposés, disant que cela mènerait à une participation au conflit qui était vu, par la majorité du peuple, comme un conflit européen. Mais l’opinion populaire changeait du fait que de plus en plus de personnes se rendaient compte des avantages de financer la guerre des Britanniques contre les nazis, sans prendre part aux hostilités. La propagande montrant les villes britanniques dévastées durant le Blitz, de même que les représentations des Allemands comme des sauvages ralliaient aussi l’opinion publique du côté des Alliés, tout particulièrement après la défaite de la France.
Après une décennie de neutralité, Roosevelt savait que le changement vers le soutien des Alliés devait être progressif. La position première des Américains était d’aider les Britanniques et de ne pas entrer en guerre. Au début de février 1941, un sondage révèle que 54 % des Américains étaient partisans d’apporter de l’aide aux Britanniques sans utiliser le Prêt-Bail. 15 % de plus étaient en sa faveur en disant « Si les Anglais peuvent nous donner de la sécurité pour ce qu’on leur donne » ou « si cela ne nous force pas à entrer en guerre ». Seulement 22 % étaient explicitement défavorables à la proposition du président.
L’opposition à la proposition du Prêt-Bail était la plus forte parmi les isolationnistes républicains au Congrès, qui avaient peur que la mesure soit « la plus grande étape que cette nation ait prise pour la participation directe à la guerre ». Quand la Chambre des représentants vota la proposition de loi le 9 février 1941, plus de 260 Représentants votèrent en sa faveur (238 Démocrates et 24 Républicains) et 165 votèrent contre (25 Démocrates et 135 Républicains).
Le vote devant le Sénat, qui eut lieu un mois plus tard, montra les mêmes proportions de votes démocrates et républicains, ce qui permit que le Prêt-Bail soit adopté.
Le président Roosevelt signa la loi de Prêt-Bail le 11 mars 1941. Elle lui permit de « vendre, transférer la possession, échanger, émettre un bail, prêter ou disposer autrement de tout objet de défense envers un pays allié (Canada et Angleterre) ». En avril, cette pratique fut étendue à la Chine et en octobre à l’Union soviétique. Roosevelt autorisa la donation d'un million de dollars d'aide au Royaume-Uni via le Prêt-Bail à la fin d’octobre 1941.
Cette loi suivit celle de 1940 du « Destroyer for bases Agreement », qui permit d’échanger 50 bateaux de combat américains vers la Royal Navy britannique et canadienne en échange du droit de construire des bases dans les Caraïbes. Churchill permit aussi aux États-Unis de construire des bases militaires dans les Bermudes et en Terre-neuve gratuitement, autorisant le réemploi de matériels militaires britanniques.
En 1941, le président Roosevelt nomma chef de l'office du Prêt-Bail le directeur de l'acier de son gouvernement, Edward R. Stettinius ; celui-ci fut remplacé à ce poste par Leo Crowley en 1943. L’aide du Prêt-Bail pour l’Union soviétique était dirigée par Stettinius. Le programme du Prêt-Bail fut ralenti progressivement après la capitulation de l'Allemagne et clôturé après la capitulation du Japon en août 1945.
Valeur des matériels mis à la disposition des nations alliées par les États-Unis :
Le Prêt-bail a aidé le Royaume-Uni et les forces alliées à gagner les combats des années futures[réf. souhaitée] ; l’aide qu’il donna dans les combats de 1941 fut insignifiante[réf. souhaitée]. Entre 1943-1944, environ un quart de toutes les munitions britanniques venait du Prêt-Bail[réf. souhaitée]. Les avions (en particulier ceux de transport) représentaient environ un quart des envois vers le Royaume-Uni, suivie par la nourriture, les forces terrestres et les bateaux.
Même après que les forces américaines en Europe et dans le Pacifique commencent à être à leur apogée en 1943-1944[réf. souhaitée], le Prêt-Bail continua. La plupart des pays belligérants étaient autonomes en matière de matériel de combat de première ligne (comme des chars et des avions de combat)[réf. souhaitée], mais le Prêt-Bail a offert un complément utile en cette catégorie tout de même, et les prêts-bails matériels logistiques (dont les équipements motorisés et les équipements ferroviaires) furent d’une assistance énorme.
Une grande partie de l’aide peut être mieux comprise en considérant les problèmes économiques causés par la guerre. La plupart des puissances guerrières limitent leur production de biens non essentiels, en se concentrant sur les munitions, ce qui cause inévitablement des manques. Par exemple, l’URSS était fortement indépendante sur le transport ferroviaire, mais la guerre coupa pratiquement toutes les productions de trains. À peine 446 locomotives furent produites pendant la guerre, dont seulement 92 entre 1942 et 1945. En tout, 92,7 % de la production ferroviaire durant la guerre arriva grâce au Prêt-Bail. Ainsi 1 911 locomotives et 11 225 wagons ont complété le parc de 20 000 locomotives et le demi-million de wagons existants.