Posy Simmonds, née le 9 août 1945 à Cookham, est une dessinatrice de presse, écrivaine et illustratrice de livres pour enfants et auteure de bande dessinée britannique.
Elle est notamment l'autrice des romans graphiques Gemma Bovery (1999) et Tamara Drewe (2007), lesquels ont été adaptés en films, et de Cassandra Darke (2018).
En 2024, son œuvre est couronnée du Grand prix de la ville d'Angoulême lors du festival international de la bande dessinée.
Rosemary Elisabeth « Posy » Simmonds est née le 9 août 1945 à Cookham Dean, un bourg de quelques milliers d'habitants dans la campagne anglaise du Berkshire.
Ses parents y possèdent une ferme où ils élèvent leurs cinq enfants. La découverte dans la bibliothèque familiale des dessins satiriques de la célèbre revue Punch détermine son goût pour le dessin. La jeune fille passe une partie de sa scolarité en pension, à la Queen Anne's School, une école privée de Caversham et se met à dessiner pour échapper à l'ennui : « J'étais un brin subversive », reconnaît-elle dans les pages du Monde des livres du 30 janvier 2009. « À 15 ans, j'avais une passion pour les comics, j'en dessinais sans arrêt, les meurtres foisonnaient, je m'amusais follement. Les profs, eux, étaient horrifiés par la noirceur de mes "œuvres" et les confisquaient au fur et à mesure... ». La jeune fille rencontre une enseignante qu'elle n'a pas oubliée : « La prof de français portait Jolie madame de Balmain, et des talons aiguilles : le vrai chic parisien. Et surtout elle nous invitait dans sa chambre à prendre du café et des gâteaux ». Ce professeur fait découvrir les grands écrivains à ses jeunes élèves, dont Flaubert et Hugo, et donne à la jeune Posy une seconde passion, la littérature et l'envie de conjuguer à l'avenir texte et dessin.
Dessinatrice de presse et de livres pour enfants
Posy Simmonds part en 1962 à Paris pour y suivre des cours à la Sorbonne et rentre en Angleterre pour étudier le dessin et le graphisme à la Central School of Art and Design de Londres.
Ses études terminées, elle ne trouve pas d'emploi et tire le diable par la queue, confie-t-elle au Monde des livres : elle est notamment « dogsitter d'une vieille dame épouvantable ». Elle dessine toutefois pour elle-même les aventures d'un jeune ours maladroit qui paraît en 1969 sous le titre The Posy Simmonds' Bear Book. Ce petit livre imprimé seulement à 5 000 exemplaires la fait connaître au rédacteur en chef du journal The Sun. C'est ainsi que la jeune dessinatrice donne chaque jour ses dessins au journal acheté récemment par Rupert Murdoch. Elle réalise également quelques croquis pour des publicités.
C'est en 1972 et au quotidien de centre-gauche, The Guardian, qu'elle découvre véritablement sa voie. Elle commence par y illustrer des textes écrits par de grands écrivains et, sur une suggestion de ce journal de prendre en charge un comic strip. Elle réalise pour lui en 1977 sa première bande dessinée, The Silent Three of St Botolph's, qui lui apporte la notoriété. En racontant la vie de la famille Weber, elle se moque avec un certain mordant et un grand sens de l'observation des milieux intellectuels de gauche qui pourtant constituent le lectorat du journal. Ces « liberals » adorent cette satire dans laquelle ils se reconnaissent. Effet miroir comme Claire Bretécher et ses dessins, Les Frustrés, dans un hebdomadaire français. Elle n'épargne pas non plus, peu après, les milieux littéraires dans Literary Life paraissant dans le supplément littéraire du même quotidien. En 1981 paraît True Love, une parodie des bandes dessinées très sentimentales pour adolescentes.
Parallèlement à son travail de dessinatrice de bandes dessinées pour adultes, elle se lance dans la littérature pour enfants en 1987 avec Fred, l'histoire d'un chat qui devient la nuit un personnage célèbre. Elle écrit et dessine des livres pour enfants qui connaissent un grand succès : Lulu et les bébés volants, Mariage au chocolat (Éditions Hatier), Le Chat du boulanger (Éditions Casterman) et Le Buffle en colère (Éditions Albin Michel) qui ont été traduits en français.
Bandes dessinées et adaptations
En 1997 débute la publication de Gemma Bovery, dans le Guardian. Gemma est une jeune Londonienne qui achète une fermette en Normandie avec son mari et tente d'y tromper un ennui féroce en prenant un amant. Avec cette œuvre librement inspirée du Madame Bovary de Gustave Flaubert recueillie en album en 1999, Posy Simmonds s'impose avec talent dans la bande dessinée, et devient une figure importante du « roman graphique », au sens que lui donnait Will Eisner. Dans un entretien au journal genevois Le Temps, Posy Simmonds explique : « En 1996, le Guardian me demande ce que j'aimerais faire, nous raconte-t-elle (Le Temps, Samedi Culturel, 13 décembre 2008) : Oh! quelque chose avec une fin ! Cela donnera Gemma Bovery. On m'a donné une colonne étroite et cent épisodes. Ce n'est pas beaucoup ; j'ai donc commencé à écrire des textes entre les cases et les strips et j'ai constaté que cela allait très bien pour des éléments d'ambiance ou des évocations du passé, alors que la bande dessinée donnait des images fortes, pour les disputes et les drames entre les personnages notamment. Et trop de texte dans les bulles devient vite illisible. Ce sont donc des contraintes pratiques et l'expérience qui m'ont poussée à cette forme hybride (que je reprends dans Tamara Drewe) et non pas un choix délibéré. » Posy Simmonds accueille avec un sourire les commentaires qui, en 2000, ont suivi la publication en France de Gemma Bovery en 1999 : « Ce n'est pas une bande dessinée. Ce n'est pas un roman classique mais qu'est-ce que c'est ? » et elle répondait : « C'est un roman illustré ! ».
En 2007, Tamara Drewe s'inspire très librement également d'un autre grand roman de la littérature du XIXe siècle, Loin de la foule déchaînée de Thomas Hardy. Posy Simmonds y poursuit avec la même technique et avec le même humour que dans Gemma Bovery son travail de sociologue amusée par les travers de la société britannique. Tout est tranquille à Stonefield dans cette retraite studieuse pour écrivains que Beth Hardiman a si bien aménagée dans sa ferme. La vie des écrivains choyés par la maîtresse des lieux est rythmée par les repas pris en commun et par les promenades dans une campagne paisible, « sorte de calendrier vivant ». Glen Larson, un universitaire américain, aux prises avec une inspiration fuyante, est bien un peu irrité par le succès de Nicholas, le mari de Beth et auteur de polars adaptés à la télévision, auprès des jeunes femmes écrivains, toutes là autour de lui « comme des tasses autour d'une théière ». Tout est tranquille dans ce petit village d'Ewedown jusqu'à l'arrivée de Tamara, une belle jeune femme provocante qui habite la maison d'à côté et de son ami Ben, batteur d'un groupe de rock. Cette harmonie va se fissurer peu à peu d'autant que les jeunes s'ennuient dans le village en voie de désertification et en proie à la spéculation immobilière. Posy Simmonds scrute cet échantillon de la société britannique d'un œil de moraliste : « J'avoue que ce qui me passionne dans le récit, c'est l'observation de la manière dont se dégradent les relations entre les personnages » dit l'auteur au journal Le Soir (Ket Paddle, 30 janvier 2009). Posy Simmonds utilise le texte d'une façon originale pour permettre à trois de ses personnages d'exprimer leurs pensées secrètes pour le seul lecteur, Glen l'universitaire maladroit qui commence et finit le récit, Beth la bonne fée bafouée et Casey l'adolescente en manque d'affection. Elle se sert habilement des pages avec peu de texte pour accélérer le récit et de pages silencieuses, sans texte, pour le dramatiser. Si son récit fait mouche, c'est qu'il est fondé sur une grande observation de ses contemporains. L'auteur croque sans arrêt dans ses carnets les gens qu'elle voit autour d'elle et qu'elle écoute avec attention. Ses personnages finissent par vivre dans ses carnets au milieu de dessins colorés de vêtements, de chaussures, de voitures, de tous ces objets qui entreront eux aussi dans son récit. L'auteur partage le même souci du détail qu'un de ses personnages, une jeune femme écrivain à qui elle fait dire : « Je voudrais que tous les détails soient absolument exacts pour la scène campagnarde que j'écris ».