Ce Jour-là

Port-Royal des Champs

Abbaye française

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Le site de Port-Royal des Champs est un ensemble constitué des ruines de l’abbaye de Port-Royal, du musée national de Port-Royal des Champs anciennement musée des Granges, et d’un domaine forestier et paysager.

Il est situé au cœur de la vallée de Chevreuse, au sud-ouest de Paris, dans la commune de Magny-les-Hameaux (Yvelines), au bout de la plaine de Trappes, dans un vallon retiré nommé « Borroy » qui signifie broussailles en celtique, et qui évolua en « Porrois » (lieu où croissaient les poireaux) ; les scribes du Moyen Âge en firent dans leur latin Portus regius (port roi, d'où par la suite Port-Royal).

Cet endroit fut le théâtre d’une intense vie religieuse d'abord, intellectuelle et politique ensuite jusqu'à nos jours. D’abord simple abbaye cistercienne féminine au cœur du Bassin parisien, Port-Royal devient au XVIIe siècle l’un des hauts lieux de la réforme catholique puis l'un des symboles de la controverse janséniste.

Qualifié de « vallon affreux » par la marquise de Sévigné en raison de son isolement, Port-Royal apparaît comme une « thébaïde » pour les admirateurs des Solitaires, c’est-à-dire un endroit privilégié où le chrétien est à même d’œuvrer pour son salut sans être tenté par le monde matériel. Attirant ou repoussant, il fascine le monde intellectuel et religieux du XVIIe siècle.

Après les multiples entraves et suppression de revenus imposées par le roi Louis XIV, ce sont les décisions du Pape et de l'Archevêque de Paris, entérinées par le pouvoir civil, qui font chasser les religieuses de Port-Royal des Champs en 1709. En 1710, le Conseil d'État ordonne la destruction de l'abbaye. Il ne reste aujourd’hui presque rien de ce monastère fondé en 1204, autrefois témoin de l’histoire de l’abbaye de Port-Royal et du jansénisme.

L’abbaye et son domaine deviennent des lieux de mémoire et d’histoire, séduisant et inspirant visiteurs et intellectuels. Le site de Port-Royal des Champs est aujourd’hui classé parmi les monuments historiques. Il abrite un musée national.

Abbaye cistercienne (1204-1709)

L’abbaye de Port-Royal est fondée en 1204 par Mathilde de Garlande. Apparentée aux familles royales de France et d’Angleterre, celle-ci décide de créer cette abbaye avec des fonds que son mari Mathieu de Marly, partant pour la quatrième croisade, a mis à sa disposition pour des œuvres pieuses.

Son choix se porte sur un lieu peu éloigné de l’abbaye des Vaux-de-Cernay, abbaye masculine. Elle souhaite, pour sa part, fonder un monastère féminin cistercien. Le vallon s’appelle « Porrois » et abrite déjà une chapelle dédiée à Laurent de Rome.

Le site de Porrois est marécageux et boisé. Son nom pourrait venir des poireaux sauvages qui y poussaient, mais plus probablement désignait en ancien français un « trou plein de broussailles ». Par la suite, le nom s’est transformé en « Port-Royal » en raison de l’appui que lui ont apporté les rois de France, tels Philippe Auguste puis Louis IX, de même qu’Odon de Sully, évêque de Paris. L’abbaye est donc dès ses débuts liée au pouvoir royal.

L’abbaye est au départ considérée comme une simple extension féminine des Vaux de Cernay, comme un prieuré dépendant de ce monastère, c’est-à-dire dépourvue d’autonomie hiérarchique et financière. De même qu’aux Vaux de Cernay, les religieuses de Port-Royal adoptent la règle de saint Benoît en y adjoignant les principes fondateurs de l'ordre des cisterciens.

Les premiers directeurs spirituels viennent également de l’abbaye voisine. Mais en 1214, à la suite de trois prieures, une première abbesse est élue. Elle s’appelle Éremberge. Port-Royal gagne ainsi son autonomie et un véritable statut d’abbaye. Cependant, son importance est numériquement faible : autour d’Éremberge, la communauté ne compte qu’une douzaine de membres. En 1223, le pape Honorius III lui accorde le privilège de célébrer la messe même en cas d’interdiction dans tout le pays.

Même si les premières religieuses viennent de monastères bénédictins, Port-Royal prend très vite une orientation cistercienne. Le site est typiquement cistercien : Port-Royal se trouve au fond d’un vallon fermé, parcouru par une rivière, le Rhodon. Le vallon est barré en son fond par une grande digue maçonnée et des levées de terre, afin de permettre la mise en eau de chapelets d'étangs, et favoriser ainsi l’utilisation de la force hydraulique. Cet emplacement répond au désir de Bernard de Clairvaux d’inciter à l’humilité et à la vie intérieure par un retrait du monde. Les fréquentes visites des représentants de l’ordre cistercien laissent penser que Port-Royal s’est inscrit très tôt dans l’orbite cistercienne.

En 1625, une « annexe », Port-Royal de Paris, fut créée temporairement pour sauver les religieuses de Port-Royal des Champs décimées à la suite d'une sévère épidémie de paludisme liée au caractère marécageux du site.

L’architecture de l'abbaye est caractéristique de l’ordre cistercien. Dès la fondation de l’abbaye en 1204 et la construction des premiers bâtiments, comme la partie conventuelle achevée en 1208, l’appartenance de Port-Royal à la lignée de Cîteaux, évidente dès ses débuts même si elle n’est officielle qu’en 1240, décide de l’organisation générale du lieu. La seule élévation est celle du clocher de l’église, qui est terminée en 1229. Le cloître est adossé au côté sud de l’église, comme dans la plupart des abbayes cisterciennes. Le chapitre et le réfectoire, lui-même surmonté du dortoir, forment le côté est du cloître, dans le prolongement du transept.

L’église est construite sous la direction de Robert de Luzarches, architecte de la cathédrale d’Amiens, engagé et rémunéré par les Montmorency. Son plan suit également la tradition architecturale cistercienne : l’église a une forme de croix latine à base carrée, dont le tracé ne comporte que des lignes droites se coupant en angle droit. L’édifice comprend une nef de six travées flanquée de bas-côtés, et sa longueur totale est de 55 mètres. Le transept saillant est large de 28 mètres. Le sanctuaire est assez court (seulement deux travées) et se termine en chevet plat. Ceci s’explique par la tradition cistercienne, où le chœur des moines ou des moniales n’est pas placé après la croisée du transept mais dans la nef centrale. À Port-Royal, le chœur occupe les troisième, quatrième et cinquième travées, et se termine par une grille.

Les gravures montrent que l’église est élevée à trois niveaux dans un style gothique archaïque, avec de grandes arcades en arc brisé. Cependant, malgré l’emploi de voûtes sur croisées d’ogives, renforcées à l’extérieur par des arcs-boutants, l’église ne comporte que des fenêtres hautes, de petite taille et en plein cintre, sans doute par volonté (là encore typiquement cistercienne) d’humilité. Les arcs de la voûte reposent sur d’épaisses colonnes simplement ornées de feuillages sculptés.

À l’ouest de l’église, un pigeonnier, toujours visible aujourd’hui, est édifié au XIIIe siècle.

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