Ce Jour-là

Plan Jaune

Hypothèse stratégique de l'Allemagne pendant la Seconde Guerre mondiale

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Le plan Jaune (allemand : Fall Gelb), lors de la Seconde Guerre mondiale, est une hypothèse stratégique des Allemands où ils prendraient l'initiative de l'offensive contre les Franco-Britanniques avec lesquels ils sont en guerre, qui implique également, en dépit de leur neutralité, l'invasion de la Belgique, du Luxembourg et des Pays-Bas. Le plan de déploiement et de manœuvre correspondant est appelé par commodité en français plan Jaune ; il est appliqué le 10 mai 1940 entamant la campagne de l'Ouest.

Ce plan est parfois surnommé « plan coup de faucille », ou encore, par abus, « plan Manstein ». Bien que rédigé en définitive par l'état-major de la Heer (notamment Halder), il est souvent considéré qu'il a été conçu sur une partie des propositions de Manstein que Hitler aurait imposée à l'OKH.

Au cours de la drôle de guerre, le plan Jaune change dans ses grandes lignes jusqu'en février 1940 où il prend la forme qui est appliquée le 10 mai 1940. En attaquant dans la plaine belge et aux Pays-Bas avec des moyens ostentatoires, les Allemands leurrent les alliés qui y envoient leurs meilleures unités en appliquant le plan Dyle-Bréda. Celles-ci s'éloignent ainsi du négligé centre du front (Ardennes), où s'exerce en réalité le principal effort de la Wehrmacht, qui, tout en évitant les principales fortifications de la ligne Maginot, donne un « coup de faucille » en réalisant une percée décisive à Sedan avec ses divisions blindées : celles-ci atteignent la mer à Abbeville dès le 20 mai, isolant les forces alliées au nord, où elles sont battues ou contraintes à évacuer par mer en abandonnant leur matériel, ce qui met fin à la première phase de la bataille de France le 4 juin 1940.

Cette première phase a été décisive : malgré leur situation stratégique défavorable, Fall Gelb a permis aux Allemands de vaincre des ennemis d'importance comparable sur le plan numérique et matériel et conduit à la capitulation des Pays-Bas et de la Belgique (respectivement 15 et 28 mai) et la conquête du Nord de la France, qui fournissent des bases pour une attaque ultérieure contre la Grande-Bretagne. La seconde phase de la bataille de France, planifiée sous le nom de Fall Rot, n'est plus qu'un épilogue, puisque sur le continent, l'armée française combat désormais pratiquement seule en infériorité numérique et matérielle. L'essentiel du corps expéditionnaire britannique a dû en effet rembarquer, mais le fait qu'il ait pu s'échapper a rendu incomplet le succès de Fall Gelb du point de vue stratégique.

Le 3 septembre 1939, le Royaume-Uni et la France déclarent la guerre à l'Allemagne qui vient d'attaquer la Pologne (Fall Weiss) deux jours plus tôt. Contrairement au déclenchement de la Première Guerre mondiale où les Allemands prennent immédiatement l'offensive à l'ouest suivant le plan Schlieffen préparé en temps de paix, l'état-major n'a planifié qu'une attitude défensive face aux Franco-Britanniques, comme avec la dernière directive de l’OKH (Aufmarschanweisung Fall West, directive de déploiement pour le cas Ouest) datant du 18 janvier 1939.

Le danger d'une guerre sur deux fronts pour l'Allemagne s'écarte rapidement avec l'élimination de la Pologne et, assurée dans une certaine mesure à l'est par le pacte germano-soviétique, l'armée allemande concentre alors ses forces sur le front ouest où les Franco-Britanniques reprennent une attitude défensive derrière la ligne Maginot après leur timide offensive de la Sarre.

La volonté d'Hitler d'attaquer à l'ouest sans tarder

Le 12 septembre, alors que l'invasion de la Pologne se déroule rapidement, Hitler confie à l’Oberst Rudolf Schmundt, chef du bureau de ses aides de camp, son intention d'attaquer la France dès que possible après la fin des opérations en Pologne, une victoire contre la France devrait pousser les Britanniques à la négociation. Le 27 septembre, ses armées étant sur le point d'achever l'invasion de la Pologne, Hitler fait part à leur tour aux chefs de son armée de son intention d'attaquer au plus tôt à l'ouest, partant du principe que le temps joue contre l'Allemagne sur le plan économique (« Moyens économiques plus forts dans l'autre camp ») et militaire (« Les mois qui viennent n'apporteront aucune augmentation substantielle du côté de notre propre capacité d'attaque, mais bien plutôt du côté de la capacité de défense de nos ennemis »), jugeant l'Allemagne supérieure sur terre et dans les airs, il veut également profiter du très bon moral des forces après la victoire contre la Pologne, a contrario de celui des Français tandis que les Britanniques n'ont pour le moment que peu de forces terrestres disponibles. Pour cela, il spécifie que l'offensive doit être menée par l'aile droite vers la Manche à travers la Belgique en couvrant le flanc sud, ce qui implique un passage par le Limbourg hollandais mais Hitler qui voudrait écarter une guerre avec les Pays-Bas escompte négocier avec le gouvernement néerlandais.

Le 10 octobre, conscient des réticences de Walther von Brauchitsch commandant en chef de l’OKH et Franz Halder son chef d'état-major, Hitler leur expose un long mémoire. Il s'y justifie de la nécessité d'une victoire sur les Alliés pour l'affermissement du Reich et son expansion vers l'est, répétant que le temps joue contre l'Allemagne, la neutralité de l'Union soviétique ne sera pas toujours assurée, tout comme celle des États-Unis. Hitler exprime ensuite que même si l'opération n'est pas décisive, il est décidé malgré tout à attaquer sur ces pays neutres pour y devancer une intervention des Alliés qu'il estime très probable et qui menacerait la Ruhr. Les Allemands croient en effet savoir — à tort — que les Belges entretiennent malgré leur neutralité des relations d'État-major avec les Alliés et que ces derniers concentrent d'importantes forces, notamment motorisées, face à la Belgique. Plutôt que de risquer que l'ennemi s'approche de la Ruhr, Hitler veut gagner un maximum de terrain ce qui ouvrira aussi la perspective à d'autres opérations. Pour cela, il a l'intention d'attaquer sur un front le plus large possible pour éviter que ses adversaires établissent une défense continue, les pousser à une bataille en rase campagne où l'armée allemande serait supérieure, utiliser les blindés par masse et par surprise et l'aviation contre les mouvements de l'ennemi. Rompre les voies de communications du corps expéditionnaire britannique avec Anvers est une de ses priorités. La veille, Hitler avait déjà rédigé la directive no 6 de l'OKW où il s'expliquait à nouveau sur le besoin d'« agir de façon active et offensive », et donnait ses instructions sur les objectifs d'une telle action :

« Il est nécessaire de battre le plus grand nombre possible d'unités de l'armée d'opération française ainsi que les alliés combattant à ses côtés, et, simultanément, de conquérir la plus grande superficie possible de territoire en Hollande, en Belgique et dans le Nord de la France pour en faire une base destinée à une guerre aérienne et maritime à longue portée contre l'Angleterre et un large glacis protecteur du territoire de la Ruhr qui est d'importance vitale »

— Adolf Hitler, directive no 6, 9 octobre 1939.

La stratégie présentée alors ne cherche pas de bataille décisive et ne poursuit que des objectifs partiels, sans doute en vue d'une guerre d'usure dans l'esprit issu de la Première Guerre mondiale, où les ports et aérodromes avaient manqué pour la lutte contre le Royaume-Uni. Cette directive envisage aussi que les Franco-Britanniques mènent une offensive à travers la Belgique et les Pays-Bas, auquel cas il faudra immédiatement rentrer de force ou non dans ces pays, le plus loin possible pour y arrêter l'ennemi, ce que l'OKH traduit en envoyant l'« Instruction pour le commandant en chef du groupe d'armées B » (seul face à la Belgique, le groupe d'armées A n'est pas encore formé) mais en se gardant la décision des objectifs initiaux et opérations ultérieures en fonction de la situation.

« Ma décision est irrévocable. J'attaquerai la France et l'Angleterre au moment le plus favorable et le plus tôt possible. Violer la neutralité de la Belgique et la Hollande est sans importance. Personne ne se posera de question si nous sommes vainqueurs. »

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