Ce Jour-là

Piraterie autour de la Corne de l'Afrique

La piraterie autour de la Corne de l'Afrique, essentiellement composée de pirates somaliens, prend la forme d'attaques d

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La piraterie autour de la Corne de l'Afrique, essentiellement composée de pirates somaliens, prend la forme d'attaques de navires, de pillages et d'enlèvements en mer à partir de 2005, avec un pic entre la fin des années 2000 et le début des années 2010. Elle devient une menace pour le transport maritime international et de nombreuses organisations internationales, l'Organisation maritime internationale (IMO), le Conseil de sécurité des Nations unies et le Programme alimentaire mondial notamment, expriment leur préoccupation devant l'augmentation de la fréquence des actes de piraterie et prennent des résolutions visant à lutter contre cette menace.

Les difficultés de l'État somalien et le manque de pouvoir du gouvernement central sont vus comme les facteurs ayant favorisé l'augmentation de la piraterie autour de la Somalie et près des côtes du Yémen, pays lui-même avec un État faible et ne disposant que de peu de moyens pour contrôler le golfe d'Aden. Les attaques ont des conséquences importantes, menant à la déstabilisation de la région et un impact financier se chiffrant à plusieurs milliards de dollars.

En réponse à la fréquence croissante de ces actes, des bâtiments militaires européens, de l'OTAN, russes, indiens, chinois et sud-coréens sont mobilisés à partir de 2008. Ils sillonnent la zone et escortent certains navires tandis que des gardes armés sont embarqués sur des navires civils, réduisant notablement les actes de piraterie à partir de 2014. En 2020, le constat est fait d'une très forte diminution des attaques dans la corne de l'Afrique, mais d'une augmentation de l'autre côté du continent, dans le golfe de Guinée.

Cependant, à partir de 2023, une résurgence des attaques est observée, avec des pratiques plus organisées et sophistiquées et des liens avec des groupes armés tels que les Houthis et Al-Chabab.

La Corne de l'Afrique correspond à l'extrémité est du continent africain. La Somalie, pays en guerre civile, dispose d'une côte maritime importante : 3 025 km et 200 milles nautiques d'eaux territoriales. Cette zone voit passer un trafic maritime important puisque l'essentiel du trafic entre l'Extrême-Orient et l'Europe passe entre la Corne de l'Afrique et la péninsule Arabique dans le golfe d'Aden afin de rejoindre le canal de Suez qui a vu le passage de 20 410 navires en 2007 (contre environ 18 000 passages en 2005) soit plus de 7,5 % du transport maritime mondial.

La zone d'activité des pirates s'étend de plus en plus à la fin des années 2000, ceux-ci frappant jusqu'à 1 000 kilomètres des côtes de la Tanzanie et dans la zone économique exclusive des Seychelles. En 2010, l'attaque la plus à l'est a eu lieu le 27 octobre 2010 aux coordonnées 3° 11′ N, 68° 52′ E, à 350 milles à l’ouest du district de Dakshina Kannada en Inde et une attaque le 3 novembre 2010 située aux coordonnées 5° 09′ S, 43° 23′ E semble être la plus australe à être enregistrée.

La piraterie maritime en Somalie fait intervenir une pluralité de facteurs explicatifs reposant chacun sur un modèle d’interprétation théorique.

Une première lecture politique avance la thèse que la piraterie somalienne s’appuie sur l’absence d’État, celui-ci ne pouvant lutter contre la criminalité s’exerçant sur son territoire. L'ambassadeur somalien en France indique ainsi devant le Parlement européen en novembre 2009 que 900 000 Somaliens sont morts, 1,5 million sont déplacés, et 3,5 millions dépendent d'une aide alimentaire des Nations unies depuis l'effondrement du pays à la fin des années 1980.

Une deuxième lecture économique considère de son côté que la piraterie en Somalie aurait pour origine la surpêche étrangère de laquelle découlerait la pauvreté des populations locales.

Une troisième lecture géographique montre que la piraterie somalienne existe car elle bénéficie d’une route commerciale maritime facilement accessible.

Une quatrième lecture culturelle défend la thèse selon laquelle la piraterie somalienne serait une pratique déterminée par la tradition du pays.

Une cinquième lecture stratégique et militaire tend vers des actions menées par des paramilitaires pour rechercher les ressources nécessaires à renforcer les moyens de guerre et de pouvoir dans cette zone.

Après l'effondrement de l'état somalien en 1991, les eaux de ce pays privé de marine et de garde-côtes ont été l'objet de pêche illégale par des chalutiers (notamment italiens, français, grecs, espagnols et japonais) intéressés par des eaux riches en thons et crustacés. Des entreprises ont déversé dans ces eaux, et aussi sur les terres, des déchets toxiques, dont le tsunami de 2004 a ramené sur les côtes des futs. Dénoncés en sourdine par le PNUE en 1992, ces faits ont été avérés par un rapport du PNUE de 2005. Les pirates justifient parfois leurs actions en se présentant comme des « gardes-côtes » protégeant le littoral somalien des prédations des chalutiers occidentaux et des pollutions toxiques.

Apparition puis augmentation de la piraterie dans les années 2000

La piraterie naît dans la Corne de l'Afrique au début des années 2000, l'année 2005 étant parfois annoncé comme le début du développement de ce phénomène dans la région

Bien que la piraterie ait temporairement diminué lors de la croissance de l'influence de l'Union des tribunaux islamiques en 2006, l'invasion de la Somalie par l'Éthiopie en décembre 2006 a détérioré la situation. Depuis lors, le gouvernement fédéral de transition a tenté de combattre la piraterie notamment en autorisant théoriquement les navires militaires étrangers à intervenir dans les eaux somaliennes au cas par cas, mais devant cette situation, le conseil de sécurité des Nations unies a adopté, le 2 juin 2008, la résolution 1816 autorisant les navires militaires des États agréés par le gouvernement somalien à pourchasser les pirates dans les eaux territoriales somaliennes et sont désormais autorisés à recourir à tous les moyens nécessaires pour lutter contre « la piraterie et le vol à main armée en mer ».

Les autorités maritimes ont constaté 67 incidents dans cette zone en 2005, 23 en 2006, 32 en 2007. Selon le BMI, en 2008, 113 bateaux ont été attaqués par des pirates au large de la Somalie et dans le golfe d'Aden. Quarante-deux navires ont été saisis, dont 17 sont au 19 novembre 2008 aux mains des pirates avec 250 membres d'équipage en otages. Ils ont, selon le ministre kényan des Affaires étrangères, obtenu environ 150 millions de dollars de rançons en 2008.

Pour les neuf premiers mois de 2009, on note 32 captures sur 169 incidents ; 533 membres d'équipage sont retenus en otage, on compte également 4 morts, 8 blessés et 1 disparu. En fin d'année 2009, selon le Bureau maritime international, on compte 217 navires attaqués et 47 capturés, avec 867 membres d'équipage.

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