Ce Jour-là

Piotr Stolypine

Personnalité politique russe

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Piotr Arkadievitch Stolypine (en russe : Пётр Арка́дьевич Столы́пин), né à Dresde le 2 avril 1862 (14 avril dans le calendrier grégorien), mort à Kiev le 5 septembre 1911 (18 septembre dans le calendrier grégorien), est un homme politique russe.

Il a été le Premier ministre de l'empereur Nicolas II de Russie du 8 juillet 1906 (21 juillet dans le calendrier grégorien) au 5 septembre 1911 (18 septembre dans le calendrier grégorien). Son action a consisté essentiellement à lutter contre les groupes révolutionnaires et mettre en place une réforme agraire. Il meurt assassiné par un révolutionnaire russe alors même que sa carrière politique est en déclin.

Stolypine espérait à travers ses réformes améliorer la condition paysanne notamment en créant une classe de petits propriétaires favorables à l'économie de marché. En calmant l'agitation des paysans, il souhaitait par ailleurs affermir la stabilité du régime. Il est généralement considéré comme un des derniers grands hommes d'État de l'Empire russe, avec un programme clairement défini et la détermination d'entreprendre des réformes importantes.

D'une famille noble provinciale qui possédait des biens dans le gouvernement de Grodno (aujourd’hui en Biélorussie), apparentée au général Souvorov, Stolypine se rattachait également, par son père, au poète Mikhaïl Lermontov, dont la grand-mère qui l'éleva était née Stolypine. La famille possédait le château de Serednikovo près de Moscou. Il reçut une bonne éducation, étudia l'agronomie à l’université impériale de Saint-Pétersbourg sous la direction de Mendeleïev puis entra au service de l’État, ce qui était une tradition familiale. Son père était un général d'artillerie qui s'est distingué à la guerre de Crimée ; sa mère était apparentée à Alexandre Gortchakov, ministre des Affaires étrangère sous Alexandre II.

En 1884, il épousa Olga Borissovna Neidhardt, ancienne fiancée de son frère aîné Mikhaïl, mort après un duel, et qui, sur son lit de mort, lui avait recommandé de s’occuper d’elle. Ils devaient avoir cinq filles et un fils.

Homme très cultivé - il parle couramment trois langues étrangères - il entra à la fin de ses études au ministère de l'Intérieur. De 1889 à 1902, il exerce les fonctions de maréchal de la noblesse à Kovno alors en Lituanie polonaise.

En 1902, il fut nommé gouverneur de la province de Grodno puis en 1903 de Saratov et la manière énergique dont il parvint à maintenir l’ordre au cours de la révolution de 1905, attirèrent sur lui l’attention de l'empereur. Stolypine est le premier gouverneur à utiliser des méthodes policières modernes contre ceux qui pourraient être suspectés d'implication dans les troubles. Il fut d'abord nommé ministre de l'Intérieur en mai 1906 par le Premier ministre Ivan Goremykine. Peu après, Nicolas II le choisit pour remplacer Goremykine.

Lors de sa nomination à la tête du gouvernement en 1906, la Russie était en proie à des troubles révolutionnaires et le mécontentement était grand dans la population. Des organisations socialistes (sociales-démocrates ou bolchéviques) et anarchistes (parfois nihilistes) menaient des campagnes contre l'autocratie et bénéficiaient d'un large soutien ; partout en Russie, les fonctionnaires de la police et les bureaucrates étaient assassinés. Le recours à la violence devint un moyen ordinaire de traiter les problèmes difficiles. Le nombre total des victimes du terrorisme d'extrême-gauche dans les années 1905-1907 s’élevait à plus de 9 000.

En août 1906, des terroristes déguisés en gendarmes lancent des porte-documents remplis d'explosifs dans sa datcha, située sur l'île d'Aptékarsky, à Saint-Pétersbourg ; l'explosion fit vingt-sept morts, dont les deux terroristes, et de nombreux blessés, parmi lesquels le jeune fils de Stolypine et une de ses filles. Pour répondre à ces attaques, Stolypine constitua un système de tribunaux militaires qui permettait l'arrestation et le procès expéditif des civils dont la culpabilité relative à la commission de crimes particulièrement graves était manifeste. Si l'accusé était condamné à mort, la sentence était exécutée dans les vingt-quatre heures sans possibilité d'appel. Plus de 3 000 suspects furent ainsi condamnés et exécutés de 1906 à 1909 sous le système de Stolypine. On parla parfois de « terreur stolypienne » et le gibet reçut même le surnom de « cravate de Stolypine ».

En octobre 1906, Stolypine proposa à l'empereur des mesures d'un libéralisme prudent pour lever certaines restrictions qui pesaient sur les Juifs ; il y travailla pendant deux mois avec ses ministres avant de proposer les mesures au début de décembre. Le 10 décembre, Nicolas II lui répondit qu'il rejetait ses propositions en disant : « Jusqu'ici, ma conscience ne m'a jamais trompé. C'est pourquoi, encore une fois, j'ai l'intention de suivre ce qu'elle m'ordonne. »

En insistant, Stolypine finit par arracher un consentement ; l'affaire fut renvoyée à la Douma, mais aucune des trois Doumas ne trouva le temps de l'examiner, et l'empereur se garda bien de les y obliger.

La révolution de 1905 avait contraint Nicolas II à concéder, du bout des lèvres, la création d’un parlement, la Douma d'État de l'Empire russe. La première Douma (dite « Douma de la vindicte populaire ») loin de se montrer un docile instrument du pouvoir, ne manifestait aucune bonne volonté pour collaborer avec le gouvernement.

Stolypine fit dissoudre cette première Douma dès le 9 juillet 1906 (22 juillet dans le calendrier grégorien). Pour étouffer la contestation, il chercha à éliminer certaines causes du mécontentement de la paysannerie. C'est ainsi qu'il présenta ses propres réformes foncières. La plus importante de ces réformes permettait, par décret du 22 novembre 1906 aux paysans de quitter le mir, système traditionnel et archaïque de distribution locale des terres qui décourageait d'apporter des améliorations aux terres, l'auteur de l'amélioration n'étant pas assuré d'en bénéficier. En quittant le mir, le paysan pouvait devenir propriétaire, ce qui dans l'idée de Stolypine, le rendrait prospère et donc loyal. Plusieurs millions de paysans partirent ainsi coloniser la Sibérie. Les réformes de Stolypine améliorent la représentativité des gouvernements locaux, suppriment les interdictions pour les paysans de participer aux procédures judiciaires normales. Mais le succès de ces réformes fut mitigé.

Stolypine essaya également d'améliorer la vie des ouvriers des villes et il s'efforça d'accroître le pouvoir des gouverneurs.

Les opinions sur l'œuvre de Stolypine sont divisées. Dans l'atmosphère de désordre qui régnait après la révolution de 1905, il dut mater la révolte violente et l'anarchie. Sa réforme agraire contenait cependant beaucoup de promesses. Le mot de Stolypine que c'était un « pari sur la force » a été souvent dénaturé et de façon injuste. Stolypine et ses collaborateurs (au premier rang desquels il faudrait mentionner son ministre de l'agriculture Alexandre Krivocheïne (en) et l'agronome danois Andreï Andreïevitch Køfød (en)) essayèrent de donner au plus possible de paysans une chance de sortir de la pauvreté, en promouvant le remembrement, en offrant un système bancaire aux paysans, en encourageant l'émigration des régions occidentales surpeuplées vers les terres vierges du Kazakhstan et de la Sibérie du Sud.

Son but était de créer une classe de paysans riches modérés (les Koulaks), qui seraient des partisans de l'ordre dans la société. Comme la deuxième Douma ne se montrait pas mieux disposée que la première, Stolypine la fit dissoudre et, en juin 1907, il changea le mode d’élection pour essayer de rendre la Douma mieux disposée à accepter la législation proposée par le gouvernement.

Après la dissolution de la deuxième Douma en juin 1907, il modifia illégalement le système de vote pour favoriser la noblesse et les riches, en réduisant l'importance des classes inférieures. Selon Soljenitsyne, Stolypine prenait ainsi acte du manque d’éducation politique des paysans et ouvriers, qu'il estimait manipulés, et souhaitait donner plus de poids aux autres catégories. Une telle réforme influença les élections à la troisième Douma dont les membres, plus conservateurs, étaient plus disposés à coopérer avec le gouvernement. S'étant aliéné aussi bien la gauche que l'extrême droite, Stolypine parvient à gouverner avec le parti de droite modéré des octobristes jusqu'à ce qu'il obtienne de l'empereur qu'il suspende les chambres le temps d'ordonner l'extension des zemstvos aux régions polonaises de l'empire. La droite modérée dénonce alors ses violations répétées du système constitutionnel.

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