Piotr Ilitch Tchaïkovski ou Tchaïkovsky (en russe : Пётр Ильич Чайковский, /pʲɵtr ɪˈlʲjit͡ɕ t͡ɕɪjˈkofskʲɪj/ ) est un compositeur russe de l’époque romantique né le 25 avril 1840 (7 mai dans le calendrier grégorien) à Votkinsk et mort le 25 octobre 1893 (6 novembre dans le calendrier grégorien) à Saint-Pétersbourg.
Compositeur éclectique, il est l'auteur notamment de onze opéras, six symphonies, quatre suites pour orchestre, cinq concertos, trois ballets, cent-six mélodies et une centaine de pièces pour piano.
Son œuvre, d'inspiration plus occidentale que celle de ses compatriotes contemporains, intègre des éléments occidentaux ou exotiques, mais ceux-ci sont additionnés à des mélodies folkloriques nationales. Tchaïkovski compose dans tous les genres, mais c'est dans la musique d'orchestre comme les symphonies, les suites, et les concertos qu'il déploie toute sa science et donne la mesure de son sens mélodique inspiré. C’est également lui qui donne ses lettres de noblesse à la musique de ballet, ajoutant une dimension symphonique à un genre auparavant considéré comme musicalement mineur.
Il incarne la figure dominante du romantisme russe du XIXe siècle.
Issu d'une famille de la noblesse, russe et d’origine cosaque, Piotr Ilitch Tchaïkovski naît à Votkinsk, une petite ville d’Oudmourtie située dans l’Oural (maison de naissance de Tchaïkovski). Il est le second fils d'Ilia Petrovitch Tchaïkovski (31 juillet 1795-21 janvier 1880), ingénieur des mines (lui-même fils de Piotr Fiodorovitch Tchaïka (1745-1818), connu plus tard sous le nom de Piotr Fiodorovitch Tchaïkovski), et d’Alexandra Andreïevna Assier (11 août 1812-25 juin 1854), d’origine française. Il a pour demi-sœur Zinaïda (née en 1829 d'un premier mariage de son père, devenu veuf par la suite), avec qui il aura des rapports difficiles, et pour frère aîné Nicolaï (1838-1911). Viennent ensuite en 1842 Alexandra (future princesse Davydov, dont il sera très proche et chez qui il passera de nombreuses vacances estivales), puis Hippolyte en 1843, et enfin, en 1850 les jumeaux Anatoli et Modeste. Ce dernier deviendra auteur dramatique, traducteur et librettiste au service, entre autres, des opéras de son frère : La Dame de pique ou Iolanta.
Les premiers efforts musicaux de Tchaïkovski sont des tentatives d’improvisation au piano. Lorsque sa mère se rend à Saint-Pétersbourg en septembre 1844, lui et sa sœur composent une chanson appelée Notre mère à Saint-Pétersbourg. Sa mère revient avec une gouvernante, Fanny Dürbach (1822-1901) d'origine montbéliardaise, qui passe quatre ans avec les Tchaïkovski (elle dit plus tard que ces quatre ans furent la période la plus heureuse de sa vie). Fanny comblait par son attention et son amour le manque d’affection de leur mère. Alexandra était une femme malheureuse, froide, une mère distante. Ainsi que le raconte plus tard Modeste, elle exprimait rarement des sentiments chaleureux ; elle était gentille, mais sa bonté était austère. Elle était peut-être pour Piotr la source de sa fascination pour les femmes vouées à l’échec, souffrantes et défavorisées (Roméo et Juliette, Francesca da Rimini, Le Lac des cygnes). Piotr, âgé de quatre ans et demi, demandait toujours à Fanny la permission d’assister aux leçons de ses frères et sœurs. Ainsi, à six ans, il parle très aisément le français et l’allemand.
À cinq ans, il commence le piano avec Maria Paltchikova. En moins de trois ans, il lit la musique aussi bien que son professeur. Au XIXe siècle, les familles aisées envoient leurs enfants dans des établissements d’enseignement spécialisé qui permettent aux élèves d’acquérir une vaste culture tout en les dirigeant vers une carrière professionnelle spécifique. L’aîné, Nikolaï, est envoyé à l’Institut Technologique de Saint-Pétersbourg. La famille déménage à Alapaïevsk en 1849, à la faveur d'une nouvelle nomination du père et l'année suivante, le « conseil de famille » décide d'envoyer Piotr, alors âgé de dix ans (trop jeune pour entrer dans quelque établissement que ce soit), au pensionnat pour deux années préparatoires au Collège impérial de la Jurisprudence tandis que la famille déménage à nouveau, cette fois-ci à Saint-Pétersbourg. La pension est une expérience douloureuse car Piotr adore sa mère et est déjà hypersensible. « Enfant de verre » fragile selon sa gouvernante française, il manque de confiance en lui et reste dans les jupes de sa mère. Son départ est traumatique ; ce fut l’une des séparations les plus brutales qu’il ait vécues, et qu’il n’oubliera jamais, la deuxième survenant quatre ans plus tard. Un autre traumatisme l'affecte durablement. Pris en charge par Nikolaï Modestovitch Vakar, un oncle ami de la famille, qui accepte le rôle de tuteur, une épidémie de scarlatine se déclare dans la classe de Piotr, les enfants devant réglementairement être pris en quarantaine. Nikolaï, apitoyé, fait cependant revenir Piotr chez lui alors qu'il a contracté l'infection. Piotr contamine le jeune fils de cinq ans de Nikolaï qui en meurt. Piotr s'accuse d'être un criminel et affirme dans ses lettres que le « fatum » le conduira à un destin tragique.
En 1852, Piotr Tchaïkovski entre au Collège impérial de la Jurisprudence et y demeure jusqu’en 1858. L'enseignement des arts n'était pas la priorité de l'école. Néanmoins, les élèves ont des leçons de chant et jouent d’instruments différents. Ils vont souvent à l’opéra, au théâtre ou à des concerts. Piotr Tchaïkovski dirige la section des sopranos du chœur de l’école, sous la direction de Gavril Lomakine, chef d’orchestre et professeur célèbre. Il lui arrive par exemple de chanter en solo lors de cérémonies liturgiques. Il est apprécié de tous malgré son manque d’ordre et sa distraction. Il reçoit donc une excellente éducation générale tout en poursuivant son instruction au piano avec le directeur de la bibliothèque des partitions, mais ses résultats scolaires sont médiocres.
Il se dirige progressivement vers une carrière musicale, chose courante à l’époque. De nombreux jeunes musiciens composaient et avaient un autre métier à côté. (Mikhaïl Glinka avait travaillé au ministère des Communications ; Alexandre Borodine était chimiste ; César Cui était ingénieur militaire; Nikolaï Rimski-Korsakov était officier de marine).
En juin 1854, sa mère meurt du choléra. Pendant deux ans, il ne peut évoquer cette perte dans les lettres qu’il écrit à Fanny Dürbach. Il se souviendra toute sa vie de ce triste jour. Sa mère a toujours encouragé son goût pour la musique et la réaction immédiate de Tchaïkovski, à la suite de cette perte, est de se tourner vers la musique. Il fait ses premiers vrais efforts de composition. C’est à cette époque que son homosexualité se manifeste de manière platonique en se cristallisant sur des amis, tels qu’Alexeï Apoukhtine ou Vladimir Gérard. Il se met aussi à fumer. Il dédicace l'Anastasie-valse à la gouvernante de son jeune frère.
De retour à Saint-Pétersbourg en automne, il commence à prendre des cours de chant avec Gavril Lomakine. En 1855, le père de Tchaïkovski finance pour son fils des études avec Rudolph Kündinger, professeur de piano de Nuremberg connu et, le consultant un jour à propos des perspectives d’une carrière musicale pour son fils, le pianiste répond qu’à part une bonne oreille musicale et une bonne mémoire, il n’y a rien chez Piotr laissant croire qu’il sera plus tard un bon compositeur ou même un bon interprète.
Tchaïkovski fait des études de droit à Saint-Pétersbourg, obtient son diplôme le 25 mai 1859 et est engagé comme secrétaire au ministère de la justice, le 15 juin. Il s’adonne déjà en amateur à la musique. Il n'éprouve aucun intérêt pour son emploi au ministère et confie à sa sœur, dans une de ses lettres : « On a fait de moi un fonctionnaire, et un mauvais fonctionnaire par-dessus le marché. » En 1861, Tchaïkovski commence à prendre des cours de théorie musicale à la Société musicale russe, sous l'enseignement de Nikolaï Zaremba. L'année suivante, Tchaïkovski le suit au Conservatoire de Saint-Pétersbourg, nouvellement fondé. Mais il ne veut pas quitter son emploi avant d'être certain d’être fait pour une carrière musicale.