Pierre l’Ermite (né vers 1050 et possiblement mort en 1115), Pierre L’Hermite, Pierre d’Amiens, Pierre d’Achères ou Koukoupetros, est un religieux français du XIe siècle, qui prêcha la croisade après l’appel d’Urbain II au concile de Clermont et qui prit ensuite la tête d’une des principales croisades populaires de 1096. Il échappa au massacre des croisés de Civitot, rejoignit la croisade des barons, la suivit jusqu’à Jérusalem, mais disparut au moment de la prise de la ville.
C'est un bienheureux catholique fêté le 8 juillet.
Depuis le XIXe siècle, l'historiographie consacrée à Pierre l'Ermite a profondément évolué, reflétant les variations du climat politique et idéologique. Jusqu'en 1914, les historiens français le considéraient comme le personnage central et l'initiateur véritable de la première croisade, avant même le pape Urbain II. Dans cette représentation romantique, incarnée notamment par Joseph Michaud, Pierre l'Ermite se présente comme un ascète dont la foi incandescente et l'éloquence auraient ébranlé l'Occident tout entier et insufflé l'impulsion décisive à l'expédition en Terre sainte.
Selon cette reconstruction narrative, Pierre aurait d'abord cherché sa voie dans les armes, puis dans l'Église, avant d'embrasser la vie monastique. Après un pèlerinage à Jérusalem où il aurait été bouleversé par la situation des chrétiens, il aurait obtenu du patriarche Simon des lettres pour le pape. De retour en Occident, il aurait parcouru l'Europe en prêchant la croisade et aurait même pris la parole avant Urbain II lors du concile de Clermont en 1095. Cette vision héroïque se matérialise dans l'iconographie du siècle, notamment dans les gravures de Gustave Doré et la statue monumentale érigée à Amiens en 1854.
Cette construction hagiographique repose toutefois sur des sources peu fiables. Dès 1879, Heinrich Hagenmeyer démontre que la plupart des informations biographiques sur Pierre l'Ermite relèvent de la légende. Des familles portant le nom de L'Hermite fabriquent même des généalogies fantaisistes pour se rattacher au prédicateur de la croisade, inventant à cette fin un mariage et une descendance. Ces falsifications se heurtent à la réalité des usages onomastiques du XIe siècle : les noms de famille héréditaires ne sont pas encore répandus et les individus sont désignés par leur prénom, éventuellement accompagné d'un sobriquet ou d'une indication géographique.
Parmi ces généalogies fictives, certains auteurs affirment qu'il serait né vers 1050 et serait le fils de Renauld L'Ermite, de la Maison d'Auvergne, et d'Alide de Montaigu, de la Maison de Picardie. Il aurait été, avant de rentrer veuf dans les ordres, marié à Béatrix de Roussy, de la Maison de Normandie, avec laquelle il aurait eu deux enfants : Pierre et Ailide. Selon d'autres, il appartiendrait à une famille du nom de L'Hermite, seigneurs de Bétissart, fixée aux Pays-Bas, qui serait elle-même issue des seigneurs de L'Hermitage en Auvergne.
Ces affirmations sont contestées par les historiens modernes, qui soulignent que rien ne vient confirmer que L'Hermite était son nom de famille et que ces généalogies ont été inventées au XVIIe siècle.
Le surnom de Pierre d'Amiens attribué par quelques chroniqueurs milite en faveur d'une origine autour de cette ville, à défaut de la ville elle-même. Au XIXe siècle, les historiens le considèrent comme issu d'une famille noble, comme un chevalier ayant longtemps guerroyé et qui se serait ensuite repenti et aurait décidé de vivre en ermite. Mais les études critiques modernes ont montré qu'à part la citation très imprécise d'Albert d'Aix, cette affirmation n'est absolument étayée par rien. De toute manière aucun de ces historiens n'a pu donner un nom à la famille dont serait issu Pierre l'Ermite.
Il aurait étudié d'abord les lettres dans sa jeunesse en vue de se préparer à la vie ecclésiastique, mais il aurait changé d'avis et entra dans la carrière des armes sous la bannière du comte Eustache de Boulogne, le père de Godeffoy de Bouillon, avec qui il aurait été fait prisonnier dans une affaire près de Cassel dans les Flandres.
Il aurait épousé Béatrice de Roussy de qui il eut deux enfants, un fils et une fille. Trois ans après, devenu veuf, il se fit prêtre et anachorète.
On lui attribue un pèlerinage à Jérusalem effectué en 1093, au cours duquel il aurait constaté les persécutions exercées à l’encontre des pèlerins et qu’il aurait rapporté au pape, l’incitant à lancer son appel à la croisade, mais René Grousset qualifie cet épisode de « légende à rayer définitivement de l’histoire ».
Le 27 novembre 1095, le pape Urbain II, qui avait déjà reçu les envoyés de l’empereur byzantin Alexis Comnène au concile de Plaisance six mois auparavant, lança un appel solennel à la Chrétienté pour inciter ses barons à partir en expédition pour délivrer les Lieux saints.
L’idée de la croisade prit tellement bien que des prédicateurs parcoururent les campagnes pour haranguer les foules dont un grand nombre - que l'historien Jacques Heers a appelé « les fous de Dieu » - décida de partir. Ceux-ci, associés à la diffusion de l'appel pontifical, drainaient de larges auditoires auxquels ils prêchaient la réforme des mœurs.
L’un des prédicateurs les plus connus est Pierre l’Ermite, qui commença sa prédication dans le Berry, puis l’Orléanais, la Champagne, la Lorraine et la Rhénanie, emmenant dans son sillage quinze mille pèlerins, encadrés par quelques chevaliers dont Gautier Sans-Avoir. Arrivé à Cologne le 12 avril 1096, il continua de prêcher auprès des populations allemandes, tandis que Gautier Sans-Avoir conduisit les pèlerins en direction de Constantinople.
Les travaux historiques commencent à se développer sur les premières persécutions contre les Juifs lors des croisades « allemandes ». L'historien Jean Richard note :
« Une récente étude de l'historien Jean Flori a mis en exergue l'extrémisme religieux de la croisade, car elle ne suivait pas uniquement les lignes tracées par Urbain II dans son discours de Clermont, les prédicateurs introduisaient dans leurs prêches une note antijuive qui allait se traduire par les exactions dont les juifs de Rhénanie et de la vallée du Danube ont été les principales victimes. »
Pierre l’Ermite usa des terreurs créées par les massacres commis lors des persécutions des Juifs dans d’autres régions pour obtenir des communautés juives des régions qu’il traversait le ravitaillement et le financement des croisés.
Ayant persuadé un certain nombre d’Allemands de partir, il quitta Cologne à la tête d’environ douze mille croisés le 19 avril 1096 et traversa le Saint-Empire et la Hongrie en suivant le Danube.