Pierre l’Arétin ou Pierre Arétin (en italien Pietro Aretino), nommé « le divin Arétin », est un écrivain, poète, satiriste, dramaturge et maître chanteur italien, né le 20 avril 1492 à Arezzo (Toscane) et mort le 21 octobre 1556 à Venise (Vénétie). Il exerça une influence sur l'art et la politique contemporains. Il est l’un des écrivains les plus influents de son époque et un critique fervent des puissants. En raison de ses relations et de ses sympathies avec les réformateurs religieux, il est considéré comme un protestant nicodémite.
Pierre l’Arétin naît en 1492 à Arezzo (l’Arétin signifiant « venant d’Arezzo ») de Luca Del Tura, un cordonnier, qui abandonne sa famille pour rejoindre la milice. Son père retourne plus tard à Arezzo, mourant finalement dans la pauvreté à l'âge de 85 ans, non pardonné par son fils, qui n'a jamais reconnu le nom paternel, prenant Aretino comme nom de famille. Sa mère, Margherita, est connue sous le nom de Tita Bonci. Avant ou après l'abandon (on ne sait pas quand), elle noue une relation durable avec un noble local, Luigi Bacci, qui aide Tita, Pietro et ses deux sœurs, et élève Pietro comme faisant partie de sa propre famille.
Banni de sa ville natale, il passe une décennie à Pérouse avant d’être envoyé, hautement recommandé, à Rome, où le riche banquier Agostino Chigi, mécène de Raphaël le prend sous son aile.
En 1516, meurt l'éléphant Hanno, animal de compagnie du pape Léon X, et Pierre l'Arétin écrit un pamphlet satirique intitulé La dernière volonté et le testament de l'éléphant Hanno. Le testament fictif se moque habilement des principales personnalités politiques et religieuses de Rome de l’époque, dont le pape Léon X lui-même. Le pamphlet a du succès et lance sa carrière ; l’Arétin fait parler de lui à Rome par ses satires mordantes, qui le font devenir célèbre, finalement connu sous le nom de « Fléau des Princes ».
Après la mort de Léon X en 1521, son mécène est le cardinal Giulio de Médicis, dont les concurrents pour le trône papal souffrent des propos calomnieux de l'Arétin. L'arrivée du pape néerlandais Adrien VI, « la tedesca tigra » (« la tigresse allemande ») selon ses mots, l'encourage à chercher de nouveaux clients en dehors de Rome, principalement auprès de Frédéric II de Mantoue à Mantoue et auprès du condottiere Jean des Bandes Noires. L'élection de son ancien mécène Médicis comme pape sous le nom de Clément VII le renvoie brièvement à Rome.
L'Arétin s'enrichit, vivant dans le cercle lettré de son mécène, aiguisant ses talents satiriques sur les potins de la politique et de la Curie romaine, et transformant la grossière pasquinade romaine en une arme de satire, jusqu'à ce que, ses Sonnets luxurieux écrits pour accompagner la série de dessins d'une beauté exquise mais très pornographique de Giulio Romano, gravés par Marcantonio Raimondi sous le titre I Modi, publiés en 1524, provoquent finalement un tel scandale qu'il doit fuir temporairement Rome en 1525. Cet écart lui vaut de perdre la protection du pape Clément VII. Des menaces de mort et une tentative d'assassinat de la part d'une des victimes de sa plume, l'évêque Giovanni Matteo Giberti, en juillet 1525, l'amènent à circuler dans le Nord de l'Italie au service de différents nobles, se distinguant par son esprit, son audace et ses talents brillants et faciles, jusqu'à ce qu'il s'installe définitivement à Venise en 1527, la ville la plus opposée au pape en Italie, « siège de tous les vices » note avec enthousiasme l'Arétin.
En sécurité à Venise, l'Arétin devient maître chanteur, extorquant de l'argent aux hommes qui ont sollicité ses conseils dans le vice. Il « gardait tout ce qui était célèbre en Italie dans une sorte d'état de siège » selon Jacob Burckhardt . Il publie sa correspondance, mettant ainsi sous pression tout ce que l’Italie compte de notables. Il n’épargne pas dans ses écrits satiriques les princes et les grands : la plupart, pour éviter les traits de sa satire, lui font des présents considérables. Ainsi François Ier et l’empereur Charles Quint le subventionnent en même temps, chacun espérant quelque dommage pour son rival, puis le mettent simultanément à la retraite, chacun espérant que la réputation de l'autre sera ternie. « Le reste de ses relations avec les grands n'est que mendicité et extorsion vulgaire », selon Burckhardt. Addison déclare qu'« il a mis la moitié de l'Europe sous contribution ».
Sur la fin de sa vie, il publie par ailleurs diverses œuvres pieuses, une traduction italienne des Psaumes de David, trois livres « sur l’humanité de Jésus Christ » ainsi qu’un livre sur la Passion du Christ.
D’après la tradition, l'Arétin serait mort étouffé d'avoir « trop ri » : on raconte qu'au cours d’un copieux repas, une plaisanterie particulièrement obscène lui provoque une incroyable crise de rire qui le fait tomber à la renverse et qu'ainsi il se fend le crâne. La vérité la plus banale est peut-être qu’il est mort d’un accident vasculaire cérébral ou d’une crise cardiaque.
En 1559, trois ans après sa mort, l'ensemble de son œuvre est répertorié dans l' Index librorum prohibitorum par Paul IV. Les premières traductions anglaises de certains de ses textes les plus osés sont arrivées sur le marché récemment.
L'Arétin est bisexuel, comme d'autres personnalités de la Renaissance telles que Benvenutto Cellini et le cardinal Francesco Maria del Monte. Il se déclare « sodomite » depuis sa naissance et a une importante sexualité, écrivant qu'« un homme prolonge sa vie exactement dans la mesure où il satisfait ses désirs » et prétendant qu'il craint pour sa santé s'il a moins de 40 personnes différentes comme amants par mois (soit plus d'une personne par jour). Alors qu'il est de son temps l'un des auteurs les plus connus et lus, son œuvre est par la suite davantage ignorée pour plusieurs raisons, dont le caractère obscène de ses écrits et sa bisexualité.
Dans une lettre à Giovanni de Médicis écrite en 1524, il joint un poème satirique disant qu'en raison d'une aberration soudaine, il est « tombé amoureux d'une cuisinière et était temporairement passé des garçons aux filles... » (Mon cher garçon)[réf. souhaitée]. Dans sa comédie Il marescalco, le personnage principal est ravi de découvrir que la femme qu'il a été forcé d'épouser est en réalité un page déguisé. Alors qu'il était à la cour de Mantoue, il développe une amourette pour un jeune homme appelé Bianchino et agace le duc Frédéric II en lui demandant de plaider auprès du garçon en son nom.
Ses Ragionamenti, propos d’une prostituée à divers interlocuteurs composés comme des « raisonnements » en forme de dialogue platonicien, tournent en dérision la société de son temps et particulièrement les sacrements religieux (vœux monastiques, mariage). Un des personnages est la Nanna, une ancienne courtisane qui évoque son expérience.
L’Arétin était un ami personnel du Titien, qui fit au moins trois portraits de lui. Il fut un proche de Giuseppe Betussi, de Giorgio Vasari, Jules Romain, Raphaël et du Parmigianino. Il est considéré comme un pionnier de l'histoire de l'art et de la critique.
Outre les textes sacrés et profanes – une satire de dialogues néoplatoniciens solennels de la Renaissance, se déroulant dans une maison close – et cinq comédies, dont La Courtisane et La Talenta. On connaît l'Arétin principalement pour ses lettres, pleines de flatteries littéraires qui pouvaient tourner au chantage. Elles circulèrent largement sous forme manuscrite ; il les rassembla et les publia à intervalles réguliers, gagnant autant d'ennemis que de renommée, et lui valut le dangereux surnom que lui donna l'Arioste, le « fléau des princes ». Il est aussi l’auteur de la tragédie Les Horaces (1546).
L'Œuvre du divin Arétin, Introduction et notes par Guillaume Apollinaire, Bibliothèque des curieux, Paris, 1909 1910.
Lettres, trad. André Chastel et Nadine Blamoutier, Scala, 1988.
Les Sonnets luxurieux (Trad. Paul Larivaille, Présentation Didier Ottinger, dessins de Vincent Corpet), Paris, Deyrolle, 1991, 117 p. (BNF 36203544).