Ce Jour-là

Pierre de Bonzi

Cardinal de l'Église catholique romaine

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Pierre de Bonzi, ou Pierre de Bonsi, Pierre de Bonsy, Pierre de Bonzy ou encore en italien Piero Bonsi, né à Florence le 15 avril 1631, mort à Montpellier le 11 juillet 1703, est un prélat français d'origine italienne.

Dernier membre d'une lignée florentine qui occupa le siège épiscopal de Béziers près de cent ans, il fut remarqué par un autre italien, Mazarin, lors des conférences qui précédèrent la paix des Pyrénées. D'abord au service du Grand-duc de Toscane Ferdinand II de Médicis, il négocia le mariage de son fils Cosme III et de la cousine germaine de Louis XIV : Marguerite-Louise d'Orléans. Celui-ci le nomma son ambassadeur à Florence, puis à Venise. Envoyé deux fois en Pologne pour des tractations autour de l'élection du roi, sa dernière mission fut à Madrid auprès du roi d'Espagne.

Il fut récompensé de ses efforts diplomatiques par le chapeau de cardinal. Courtisan, ambitieux, peu scrupuleux, d'abord proche du surintendant Fouquet, il fut ensuite l'affidé de Colbert. Sa nomination à l'archevêché de Toulouse le rendit de facto maître des États de Languedoc, puis de droit lorsqu'il devint archevêque de Narbonne. Tout puissant dans la province grâce à ses fonctions et à ses alliances familiales, il fut plus soucieux de mener la vie d'un grand seigneur que de poursuivre l'action pastorale de ses prédécesseurs. Il eut finalement l'imprudence d'afficher publiquement sa liaison avec Mme de Ganges, ce dont profita l'intendant Bâville pour ruiner son crédit auprès de Louis XIV. Malade, de plus en plus diminué, il ne put empêcher l'exil de sa maîtresse, ni la mainmise sur le pouvoir provincial de son rival.

Saint-Simon a laissé de lui un portrait émouvant.

Fils de Francesco, comte de Bonzi, sénateur de Florence, ministre du roi à Mantoue, et de Cristina, comtesse Riario, Pierre de Bonzi descendait par ses ancêtres maternels, Catherine Sforza et son aïeule Blanche Marie Visconti, des ducs de Milan, les Sforza et les Visconti ; en outre, les Riario étaient alliés aux Della Rovere de Savone. Probablement pour souligner cette origine prestigieuse, son blason maria à la fois les armes des Bonzi, celles des Riario et des Visconti. Ce blason se décrit ainsi : « écartelé, aux 1 et 4 d'or au chef d'azur chargé d'une quintefeuille du premier (Riario) ; aux 2 et 3 d'argent à la guivre d'azur, couronnée d'or, issante de gueules (Visconti) ; sur le tout d'azur à une roue sans jante à huit rayons d'or (Bonzi) ».

Quant à sa famille paternelle, elle accaparait l'évêché de Béziers depuis 1575. Thomas I de Bonzi, venu à la suite de Catherine de Médicis (dont le mariage avait été négocié pour son oncle le pape Clément VII par Antoine de Bonzi (en), évêque de Terracine) et de Laurent Strozzi, fut d'abord le vicaire général de celui-ci, puis de Julien de Médicis à Béziers ; il leur succéda en 1575. Vinrent à sa suite Jean de Bonzi (cardinal en 1611), Thomas II de Bonzi, puis Clément de Bonzi.

Naturalisé français en avril 1637, Pierre de Bonzi fut envoyé avec sa sœur Élisabeth, auprès de son oncle Clément de Bonzi, qui se chargea de leur éducation.

L'ascension de Pierre de Bonzi dans les emplois ecclésiastiques est concentrée sur un temps très court, une quinzaine d'années courant entre sa consécration comme évêque de Béziers (1659) et son accession au siège de Narbonne (1673), en passant par sa nomination comme archevêque de Toulouse (1669), grand-aumônier de la reine (1670) puis au cardinalat (1672). Cette période correspond à son activité diplomatique : ces dignités viennent récompenser les efforts qu'il a déployés au service de la politique étrangère de Louis XIV.

Destiné à l'Église, il fut cependant un temps tenté par les armes : il revint en Italie pour revendiquer des biens qui avaient appartenu à sa famille, portant dans le monde le nom de baron de Castelnau. Il n'entra qu'à l'âge de vingt-quatre ans dans les ordres, sur la foi d'une prédiction ; l'année suivante il fut député à l'assemblée du clergé, où il eut la fonction de promoteur (1656).

Louis XIV, alors à Saint-Jean-de-Luz à l'occasion de son mariage avec l'infante Marie-Thérèse, le nomma évêque de Béziers, le siège ayant été rendu vacant par la mort de son oncle (6 octobre 1659) : Pierre devint ainsi le cinquième et dernier membre de la famille de Bonzi à l'occuper. Le souverain lui donna aussi les abbayes que possédait son oncle, celles d'Aniane et de Saint-Sauveur de Lodève. Il ne fut sacré que le 12 décembre 1660.

Le 8 décembre 1669, il fut transféré sur le siège archiépiscopal de Toulouse (il ne fit son entrée dans sa métropole que le 9 avril ou le 9 août 1672), puis sur celui de Narbonne en octobre 1673 (il prêta serment de fidélité au roi le 16 avril 1674), assumant, en conséquence, la charge de président-né des États de Languedoc.

Pierre de Bonzi devint grand aumônier de la reine Marie-Thérèse le 1er août 1670 après la mort de l'évêque de Langres. Deux ans plus tard (22 février 1672), il fut créé cardinal-diacre par Clément X sur présentation du roi de Pologne, mais il ne reçut le chapeau que le 13 octobre 1676, après l'exaltation d'Innocent XI, au titre de Saint-Onuphre-du-Janicule, puis devint en 1689 un court moment cardinal-prêtre de Saint-Pierre-aux-Liens et la même année de Saint-Eusèbe. Il participa aux conclaves qui élurent Innocent XI, Alexandre VIII et Innocent XII mais, malade, il ne se rendit pas à celui de 1700 (Clément XI).

Lors de son entrée au Sacré Collège, il se démit de l'abbaye de Saint-Sauveur de Lodève en faveur de Valentin de Bigorre. Plus tard, il obtint en commende plusieurs abbayes : Valmagne (1680) et Saint-Chaffre, qu'il céda par la suite toutes deux à son neveu, Armand Pierre de La Croix de Castries, en en conservant cependant les revenus (retentis fructibus), en 1698 pour la première, durant l'hiver 1702 - 1703 pour la seconde ; Mortemer en Normandie.

En 1674, il acheva l'installation de deux prêtres de la doctrine chrétienne à Notre-Dame de Marceille, qui leur avait été donnée par son prédécesseur François Fouquet, pour y diriger le pèlerinage local et recevoir les ecclésiastiques en retraite spirituelle. Comme premier ecclésiastique de la province, il présida une grande cérémonie, entouré de plusieurs évêques, en mai 1681, à Castelnaudary, à l'occasion de la mise en eau du canal royal de Languedoc (canal du Midi).

Il fut nommé par Louis XIV commandeur de l'ordre du Saint-Esprit lors de la promotion du 31 décembre 1688. Il fut chargé par le pape Innocent XII en tant que commissaire du Saint-Siège, avec l'approbation du roi, de diriger l'enquête qui aboutit au démembrement du diocèse de Nîmes et à l'érection de celui d'Alès (1693 - 1694).

Pierre de Bonzi eut le goût des bâtiments. On lui doit notamment l'édification du palais épiscopal de Béziers, confié aux maîtres maçons et architectes Guillaume Prudhomme et Massé Sébron ; de l'hôpital général (1678) et du grand séminaire de Narbonne ; de la nouvelle abbatiale de l'abbaye d'Aniane, dont il posa la première pierre le 28 avril 1679, fit la bénédiction et consacra le grand autel le 10 février 1688. Il fit aussi réaménager l'abbaye de Valmagne, la dotant d'un bel escalier, rehaussant d'un étage le cloître, créant un jardin à la française.

Il offrit, puis consacra le 21 mars 1695 le maître-autel de la cathédrale Saint-Just-et-Saint-Pasteur, dessiné par Hardouin-Mansart et exécuté par un sculpteur narbonnais, Lauzel ou Lancel.

Il proposa aux États de Languedoc lors de leur session de 1685 l'érection d'une statue équestre de Louis XIV, qui n'arrivera à Montpellier qu'en 1718, pour être placée sur l'actuelle promenade du Peyrou.

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