Pierre Bénouville, dit Pierre de Bénouville ou Pierre Guillain de Bénouville, né le 8 août 1914 à Amsterdam et mort le 4 décembre 2001 dans le 17e arrondissement de Paris, est un résistant, homme politique et écrivain français.
Pierre de Bénouville est le fils de Jean Benouville (1er janvier 1880-29 mars 1947), inspecteur général de compagnie d'assurances, et d'une mère alsacienne, Yvonne Schreyer (1886-1970). Son grand-père est l'architecte Pierre Louis Benouville et son arrière-grand-père le peintre paysagiste Jean-Achille Benouville.
Pierre Benouville (de son nom de naissance) fut connu sous le nom de Pierre Guillain de Bénouville (du patronyme d'une famille de la noblesse normande dont il disait descendre) à partir de 1930, puis le plus souvent désigné comme Pierre de Bénouville. Sa carte nationale d'identité, son livret de famille ainsi que son acte de décès furent libellés au nom de Pierre de Bénouville, tandis que sa nomination au grade de général de brigade, publiée au Journal officiel en 1953, le fut au nom de Pierre Guillain de Bénouville, bien qu'aucun changement de nom n'ait été prononcé ni qu'aucun lien ne soit prouvé entre lui et l'ancienne famille Guillain de Bénouville.
Il intègre en même temps que son frère le collège privé d'enseignement catholique Saint-Paul d'Angoulême, où il se lie d'amitié avec François Mitterrand, avec lequel il sert la messe, et son frère aîné, Robert Mitterrand. Il en est exclu pour non-respect des règles.
Pendant sa jeunesse, étudiant à la faculté de lettres de Paris, il milite aux Camelots du roi (17e section), organisation de jeunesse de l'Action française (AF), un temps proche de La Cagoule, et participe aux émeutes du 6 février 1934. Dans les années 1935-1937, il fréquente les chefs de La Cagoule, comme le font ses amis André Bettencourt, Claude Roy et François Mitterrand.
Durant l'été de 1936, Pierre de Benouville combat en Espagne aux côtés des Requetés carlistes alliés aux putschistes franquistes, avec son ami Michel de Camaret, futur compagnon de la Libération, qui sera plus tard député européen du Front national. Au cours de l'année 1937, il publie des articles et tient une chronique de critique littéraire dans Le Pays libre, journal antisémite. Il rompt avec l'Action française à la fin 1938, car elle se déclare favorable aux accords de Munich, alors que, nationaliste intransigeant, il y est hostile. La « tiédeur révolutionnaire » de l’Action française, dans les années qui suivent la crise du 6 février 1934, constitue un autre facteur pouvant expliquer cette rupture.
Mobilisé en 1939 au début de la Seconde Guerre mondiale, avec le grade de caporal, Pierre de Bénouville est fait prisonnier par les troupes allemandes. Il s'évade en décembre 1940 et rejoint Villefranche-sur-Mer où il est recueilli avec ses compagnons par son ami l'écrivain René Béhaine.
Maréchaliste dans un premier temps, il est rédacteur en chef du journal L'Alerte fondé par Léon Bailby jusqu'en novembre 1941. En janvier 1941, il tente de partir clandestinement pour l'Afrique du Nord, espérant rejoindre les Forces françaises libres, mais il est fait prisonnier par la police de Vichy. Renvoyé devant le tribunal militaire de Toulon, il est acquitté pendant l'été 1941. Il rejoint alors la Résistance française, d'abord le mouvement Radio-Patrie rattaché au SOE (Special Operations Executive), pour lequel il assure la liaison avec l'ambassade du Royaume-Uni à Berne. Puis, ayant rencontré Henri Frenay le 4 décembre 1942, il s'engage complètement dès le début de 1943 dans le mouvement de résistance Combat, et offre immédiatement son aide à Frenay pour établir le contact avec l'ambassade britannique de Berne afin d'en obtenir des fonds pour Combat ; mais finalement les Britanniques ne sont pas intéressés. Ensuite, Bénouville s'occupera notamment pour Combat du Noyautage des administrations publiques et a pour adjoint René la Combe au NAP Fer à la suite de l'arrestation de René Hardy et Jean Moulin.
À la fin de 1942, il retrouve son ami François Mitterrand, et l'aide à tisser son réseau de résistance.[réf. nécessaire]
Peu après, lors de la création des Mouvements unis de la Résistance (MUR), il devient membre de leur comité directeur.
Selon Daniel Cordier, il porte une lourde responsabilité en envoyant René Hardy — dont il sait pourtant qu'il a été récemment arrêté par la Gestapo — à la réunion de Caluire qui aboutit à l'arrestation de Jean Moulin et de ses camarades le 21 juin 1943. En parallèle, sous le pseudonyme Barrès (en référence à Maurice Barrès), il s'implique personnellement dans la mise en place des contacts entre les mouvements de Résistance intérieure, la France libre, et les services secrets alliés (S.O.E., O.S.S., B.C.R.A.), franchissant ainsi cinquante-trois fois la frontière franco-suisse.
En avril 1944, il rejoint Alger via l'Espagne, pour échapper à la Gestapo. En mai-juin 1944, il combat en Italie. Le général De Montsabert le désigne pour commander une section d'infanterie avec le grade d'adjudant-chef. De Bénouville ne reste que trente jours en Italie et il revient à Alger.
Dans le téléfilm Jean Moulin, une affaire française (2003), Pierre De Bénouville est accusé à demi-mot d'avoir « donné » Jean Moulin aux Allemands, par calcul politique. Par ailleurs, et même si le cadre de l'interview, entièrement orchestré par Jacques Vergès, laisse beaucoup à désirer, René Hardy, alors très malade à Melle, a formellement accusé Bénouville d'avoir toujours été informé de son rôle personnel dans l'arrestation de Jean Moulin[pas clair]. Mais Hardy se rétractera par écrit peu avant sa mort dans une lettre d'excuses à Bénouville, publiée depuis par Guy Perrier dans sa biographie de Bénouville.
Revenu à Alger où il dirige le bureau F.F.I. au sein du G.P.R.F., il est promu général de brigade à trente ans par le général de Gaulle.
Il est l'un des quatre civils nommés par De Gaulle au grade de général de brigade F.F.I., avec Jacques Chaban-Delmas, Maurice Chevance-Bertin et Alfred Malleret-Joinville. En l'espace de quatre ans, De Bénouville passe donc du grade de caporal (ce qu'il était en 1940) à celui de général.
Son engagement pendant la Seconde Guerre mondiale lui vaut d'être fait Compagnon de la Libération, grand officier de l'ordre national de la Légion d'honneur, décoré de la croix de guerre 1939-1945, de la médaille de la Résistance française, de la croix de guerre belge et de l'Ordre de Léopold.
Le général de Bénouville s'engage en politique dès la fin de la guerre aux côtés du général de Gaulle.
Membre du Conseil de Direction du RPF en 1949 (il est chargé des questions relevant des Affaires Étrangères et de la Défense Nationale), député gaulliste d'Ille-et-Vilaine entre 1951 et 1956, et de 1958 à 1962, puis de l'ancienne douzième circonscription de Paris (devenue la huitième circonscription de Paris en 1988) entre 1970 et 1993.