Ce Jour-là

Pierre Waldeck-Rousseau

Avocat et homme d'État français

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Pierre Waldeck-Rousseau, né le 2 décembre 1846 à Nantes et mort le 10 août 1904 à Corbeil, est un homme d'État français. Républicain et libéral, il est principalement connu pour avoir participé à la légalisation des syndicats (« loi Waldeck-Rousseau » de 1884) ainsi que pour la loi de 1901 sur les associations.

En 1899, en pleine affaire Dreyfus, il est appelé par le président Émile Loubet pour former un gouvernement. Représentant éminent des républicains modérés, ministre de Gambetta puis de Jules Ferry dans les années 1880, Waldeck-Rousseau forme un gouvernement de « Défense républicaine », incluant des personnalités de sensibilités différentes, comme le général de Galliffet et le socialiste indépendant Alexandre Millerand.

Son cabinet, qui dure près de trois ans, est le plus long de la IIIe République. Il marque un tournant dans l'affaire Dreyfus et poursuit une politique économique et sociale faite à la fois d'avancées sociales (incarnées en particulier par Millerand) et d'une certaine modération (représentée par le ministre des Finances Joseph Caillaux). Il est soutenu dans l'ensemble par le camp républicain, allant de l'Alliance républicaine démocratique, proche des milieux d'affaires, aux socialistes révolutionnaires, incarnés par Édouard Vaillant et Jules Guesde, qui, s'ils critiquent la participation de Millerand, prônent encore pour un temps l'unification.

René Waldeck-Rousseau, le père de Pierre Waldeck-Rousseau, est né à Avranches le 27 septembre 1809 sous le nom de René-Valdec (ses deux prénoms) Rousseau (son nom de famille), et était fils de Charles Rousseau, ancien officier à l'armée de Mayence, puis directeur des contributions indirectes à Avranches. Charles Rousseau est né à Angoulême le 22 décembre 1772 et a été baptisé le lendemain dans la paroisse Saint-Antonin de cette ville sous le nom de Charles, fils de Guillaume Rousseau (qui s'était marié dans la paroisse Saint-Paul d'Angoulême le 28 avril 1767 sous le nom de Guillaume Rousseau et était dit fils de Léonard Rousseau). À son décès à Rennes le 16 janvier 1846, le grand-père de Pierre Waldeck-Rousseau était toujours enregistré à l'état civil de la ville sous les seuls noms de Charles Rousseau.

C'est René-Valdec Rousseau qui demanda et obtint que son second prénom, qu'il orthographiait « Waldeck » (voir sa signature au bas de son acte de mariage à Jonzac le 25 août 1834), soit accolé à son nom de famille pour le distinguer des nombreuses familles Rousseau, formant ainsi le nouveau nom patronymique « Waldeck-Rousseau ».

Pierre Waldeck-Rousseau était un peintre du dimanche, en parallèle de son métier d'avocat et de ses activités politiques, réalisant de nombreuses aquarelles.

Républicain modéré et convaincu

Fils d'un avocat réputé, René Waldeck-Rousseau, ardent républicain qui avait été député de l'Assemblée Constituante en 1848 et maire de Nantes (1870-1874), Pierre Waldeck-Rousseau suit sa scolarité comme élève de l'externat des Enfants-Nantais et fait son droit à la Faculté de Poitiers et présente sa thèse à Paris. Avocat au barreau de Saint-Nazaire, il participe à la rédaction du journal l'Avenir puis il s'installe à Rennes en 1873 et se fait élire député en 1879 comme membre de l'Union républicaine, soutenant à la Chambre les Opportunistes. Il devait exercer ce mandat parlementaire pendant dix ans.

Le 7 décembre 1888 à Paris, il épouse Marie Durvis (1854-1936), belle-fille de Jean-Martin Charcot et demi-sœur de Jean-Baptiste Charcot et veuve d'Henri Liouville. Pierre Waldeck-Rousseau élève son beau-fils, Jacques Liouville, comme son propre fils.

Il devient ministre de l'Intérieur dans l'éphémère gouvernement Gambetta (où il conserve son poste du 14 novembre 1881 au 30 janvier 1882) puis dans le second gouvernement de Jules Ferry (23 février 1883 - 6 avril 1885). C'est alors qu'il se fait l'avocat de la liberté d'association, déposant une première proposition de loi dès 1882. Il est à l'origine de la loi relative à la liberté des associations professionnelles ouvrières et patronales votée le 21 mars 1884, dite « loi Waldeck-Rousseau », ainsi que de la loi Waldeck-Rousseau sur la relégation des récidivistes, votée peu après son départ du ministère.

Après la chute du gouvernement Ferry, le 30 mars 1885, attaqué par Clemenceau sur la question du Tonkin, Pierre Waldeck-Rousseau s’éloigne peu à peu de la vie politique. De retour dans son pays natal, il se marie et s’attache à agrandir le domaine familial de Vilhouin.

En 1886, il s’inscrit au barreau de Paris et reprend ses activités d’avocat à partir de 1889, se spécialisant dans les affaires financières de justice et faisant de son cabinet l'un des plus réputés de la capitale. Il renoue avec la vie parlementaire en se faisant élire sénateur dans la Loire en 1894 à l'occasion d'élections partielles. Candidat à l'élection présidentielle de 1895, il n'obtient que 184 voix au premier tour contre 338 à Henri Brisson et 244 à Félix Faure.

En 1898, il est le fondateur et le président du Grand cercle républicain, structure qui a pour but de coordonner le parti républicain progressiste.

Constitution d'un gouvernement de Défense républicaine

Waldeck-Rousseau est nommé président du Conseil le 22 juin 1899, à un moment stratégique de l'Affaire Dreyfus. La Cour de cassation vient en effet, le 3 juin, de casser le jugement du conseil de guerre condamnant Dreyfus et d'exiger sa révision. Par ailleurs, le président de la République, Félix Faure, qui avait soutenu les anti-dreyfusards et l'armée depuis le début de l'Affaire, meurt brutalement le 16 février 1899, menant à l'élection d'Émile Loubet qui l'emporte le 18 février 1899 contre Jules Méline, le candidat des « progressistes » (républicains modérés, ex-opportunistes) mais aussi de la droite et d'Édouard Drumont, l'auteur de La France juive (1886). Le nationaliste Paul Déroulède, enfin, vient d'être acquitté par la cour d'assises, le 31 mai 1899, à la suite de la tentative putschiste de la Ligue des patriotes le jour des funérailles de Faure. Dès lors, le président du Conseil Charles Dupuy doit démissionner, et Loubet décider du futur président du Conseil.

Il s'oriente d'abord vers Raymond Poincaré, mais celui-ci ne parvient pas à former un gouvernement. Poincaré conseille alors au président d'appeler Waldeck-Rousseau, chose faite le 22 juin. Ce dernier constitue un gouvernement de « Défense républicaine », qualifié au contraire, par les nationalistes, de « ministère Dreyfus ». Investi le 26 juin 1899, Waldeck-Rousseau réussit en effet à intégrer dans le même gouvernement le général de Galliffet, « fusilleur de la Commune » et le socialiste Alexandre Millerand. Le cabinet comprend par ailleurs tant des républicains modérés (« progressistes ») que des radicaux, certes cantonnés à des tâches secondaires (Pierre Baudin aux Travaux Publics). Théophile Delcassé conserve le portefeuille des Affaires étrangères, tandis que le modéré Joseph Caillaux, qui avait basculé dans le camp dreyfusard, est nommé aux Finances. Waldeck-Rousseau, enfin, cumule ses fonctions avec les portefeuilles de ministre de l’Intérieur et des Cultes.

C'est la première fois qu'un socialiste participe au gouvernement, ce qui conduit Jules Guesde à taxer Millerand de « ministérialisme » et suscite l'un des premiers débats du mouvement socialiste français concernant la participation au pouvoir. En revanche, Jaurès et Clemenceau, tous deux défenseurs actifs de Dreyfus, saluent le nouveau cabinet :

« C'est un coup de théâtre, écrit ainsi Clemenceau. En vérité, c'est un étrange assemblage ; rien n'était plus inattendu que la rencontre de ces trois hommes dans une même action politique. Waldeck-Rousseau, l'ami, l'élève favori de Gambetta, l'un des représentants les plus autorisés de la politique dite opportuniste. Galliffet, qui fut aussi de l'intimité de Gambetta, un soldat, de l'école des sabreurs à panache, qui a malheureusement laissé dans nos guerres civiles une trace d'implacabilité légendaire. Millerand, enfin, un socialiste révolutionnaire qui revendique hautement les droits de la démocratie laborieuse, en vue de l'organisation de [sic] justice sociale si lente à venir. »

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