Pierre Vidal-Naquet, né le 23 juillet 1930 à Paris 7e et mort le 29 juillet 2006 à Nice, est un historien français.
Spécialiste de l'histoire de la Grèce ancienne, il a aussi joué un rôle dans divers domaines de la vie intellectuelle et politique de la France[évasif].
Auteur de plusieurs ouvrages historiques ou politiques, il a aussi écrit de très nombreuses préfaces pour les livres les plus divers ; il a été un militant actif contre la torture pendant la guerre d'Algérie, contre la dictature des colonels grecs et a soutenu les efforts de paix dans le conflit israélo-arabe au Moyen-Orient, affirmant dès 1967 la nécessité de créer un État palestinien aux côtés d'Israël. À partir de la fin des années 1970, il a consacré une part de son activité intellectuelle à la lutte contre la poussée du négationnisme.
Pierre Emmanuel Vidal-Naquet a écrit plusieurs textes autobiographiques, notamment ses Mémoires, publiés en 1998, mais aussi des textes plus ponctuels comme : « Esquisse d'un parcours anticolonialiste » (2001) et « Pourquoi et comment je suis devenu historien » (2003), issu d'une conférence prononcée aux Rendez-vous de l'histoire à Blois en 2002.
Il est issu d'une famille juive comtadine de Carpentras (Vaucluse, jusqu'en 1791 possession pontificale), famille qui a des liens de parenté avec José de Bérys, Francine Bloch et Darius Milhaud, ainsi qu'avec Alfred Naquet (1834-1916).
Les Vidal-Naquet ont connu une ascension sociale au cours du XIXe siècle, s'installant à Montpellier, puis à Marseille, enfin à Paris, dans le faubourg Saint-Germain.
Il est le fils de Lucien Vidal-Naquet (né le 27 février 1899 à Paris et mort en 1944 à Auschwitz), avocat, et de Marguerite Valabrègue (née le 20 mai 1907 à Marseille et morte en 1944 à Auschwitz), mariés en 1929. Leur dernière adresse est au 9, avenue Frédéric Mistral. La sœur de Lucien, Isabelle (1898-1954) est l'épouse du polytechnicien Robert Brunschwig ; le frère de Lucien, Georges (1900-1978), épouse en 1931 Marthe Valabrègue (1907-1996), sœur jumelle de Marguerite.
C'est un milieu laïc (athée pour certains) et républicain, d'orientation dreyfusarde : « Toute ma vie, j'ai été marqué par le récit que m'a fait mon père à la fin de 1941 ou au début de 1942 de l'affaire Dreyfus ».
Lucien Vidal-Naquet, devenu avocat en 1921, a d'abord été dans le cabinet de René Viviani, puis est entré dans celui d'Alexandre Millerand. C'est un civiliste, particulièrement intéressé dans les questions de propriétés intellectuelle ; dans les années 1930, une de ses affaires l'oppose à la compagnie cinématographique Tobis.
Pierre Vidal-Naquet s'est marié en 1952 et a eu trois enfants.
Après Pierre, naissent François (1932), Aline (1933), Yves (1940) et Claude (1942).
Scolarisé au sein de la famille, en liaison avec un cours privé, Pierre est admis en juin 1939 à entrer en septième au lycée Montaigne.
Une adolescence marquée par la Shoah
En juillet 1939, les familles de Lucien et Georges Vidal-Naquet et de Robert Brunschwig viennent en vacances à Beg Meil (commune de Fouesnant, Finistère). Elles vont y rester pendant la drôle de guerre, sans les pères qui sont mobilisés (Lucien dans l'artillerie à Charleville). En février 1940 naît le second frère de Pierre, Yves. Le 18 juin 1940, en pleine débâcle de l'armée et du gouvernement, les trois femmes prennent la décision de partir à Marseille (en voiture). Elles y arrivent assez péniblement le 1er juillet ; le petit Yves, assez fragile, est mort le 20 juin.
Lucien Vidal-Naquet, démobilisé, les rejoint, puis revient à Paris où il continue d'exercer son métier jusqu'à sa révocation de l'ordre des avocats. Dès 1940, il est entré dans la Résistance au sein du réseau de résistance du musée de l'Homme. La révocation prend effet le 12 mai 1942 et il vient alors vivre à Marseille.
Pierre entre en sixième au Lycée Périer en 1940. En même temps, il devient scout dans le cadre des Éclaireurs unionistes de France (protestants).
Après l'invasion de la zone Sud par l'armée allemande (novembre 1942), Georges Vidal-Naquet réussit à passer en Espagne, puis rejoint la France libre ; sa famille part pour Saint-Agrève, ville protestante offrant possibilité de refuge aux Juifs. Les autres enfants partent dans une institution à Megève. En avril 1943, les enfants Vidal-Naquet reviennent à Marseille, mais les Brunschwig se rassemblent dans une demeure de famille à Dieulefit (Drôme). Pierre Vidal-Naquet y fait deux séjours (août 1943 et avril 1944), y rencontrant le poète Pierre Emmanuel.
Le 15 mai 1944, Lucien et Marguerite sont arrêtés par la Gestapo, amenés à Drancy, puis par le Convoi No. 75, en date du 30 mai 1944, déportés à Auschwitz où ils meurent l'un et l'autre peu après, mais les trois enfants échappent à cette arrestation et sont d'abord hébergés par des professeurs. Le 17 mai, Pierre et François sont emmenés chez le chauffeur Maurice, à Cucuron. Aline est emmenée à Saint-Agrève le 5 juin, retrouver sa grand-mère maternelle et sa tante Marthe Vidal-Naquet ; ses frères la rejoignent le 17 juin.