Pierre Thomas (1305-1366) est un religieux carme français. Né dans une famille très pauvre du Périgord, il parvient à étudier et se rapproche de l'ordre du Carmel. Remarqué pour ses compétences intellectuelles et sa dévotion, il poursuit ses études et occupe différentes charges dans l'Ordre jusqu'à devenir procurateur de son Ordre. Envoyé à Avignon auprès du pape, il est remarqué pour ses talents de prédication.
Apprécié par le pape Innocent VI, il se voit confier des missions diplomatiques par le Saint-Siège à partir de 1353. Si ses premières missions de conciliations échouent, le pape lui donne de nouvelles missions et le charge de la fonction de légat apostolique pour l'Orient. Il accomplit de nombreuses missions et déplacements dans tout le bassin méditerranéen, dans le but de rétablir la paix et l'unité religieuse. À partir de 1362, il prêche une croisade pour reprendre Jérusalem. Le pape Urbain V le soutient dans cette mission et le nomme, à cette occasion, patriarche latin de Constantinople. Mais la croisade qui part de Venise peine à rassembler des hommes et de l'argent. Ayant un rôle de coordinateur, il parvient à lancer l'expédition, malgré le manque de moyens, en espérant que des renforts suivront. Les croisés quittent Venise en 1365. Si la croisade d'Alexandrie parvient à prendre la ville très rapidement en octobre 1365, les soldats décident, quelques jours, après d'abandonner la ville contre son avis et celui du roi de Chypre.
De retour sur l'île de Chypre, Pierre Thomas tombe gravement malade à Noël et décède quelques jours plus tard, le 6 janvier 1366. Considéré comme saint de son vivant, il est enterré sur l'île dans le couvent des carmes. Son procès en béatification est ouvert rapidement, mais sa béatification n'est reconnue officiellement qu'au XVIIe siècle. Après la destruction du couvent, ses reliques ont été perdues et sont restées introuvables.
Dans l'Église catholique, il est fêté comme saint le 6 janvier ou le 8 janvier.
Pierre Thomas né vers 1305, dans une famille extrêmement pauvre (son père était un serf), au sud du Périgord, dans un village appelé Salimaso de Thomas, du diocèse de Sarlat, localité difficilement identifiable qui pourrait être de nos jours Lebreil, une partie de Salles-de-Belvès, à quarante kilomètres au Sud-Ouest de Sarlat-la-Canéda (Dordogne) et qui est le lieu traditionnel du culte de ce saint », donc au sud du Périgord (Dordogne).
Dans un premier temps, Pierre Thomas a probablement été élève dans sa paroisse, mais vers l'âge de 12 ans, pour soulager la grande misère de sa famille, il part s'installer à Monpazier (à quarante-cinq kilomètres de Bergerac) où il fréquente l'école pendant trois ans environ, vivant d'aumônes et instruisant les plus petits. Élève intelligent et âgé d'une quinzaine d'années, il part pour Agen « pour plusieurs années jusqu'à l'âge de vingt ans » (c'est-à-dire jusque vers 1325 environ). Il est étudiant dans le Collège des Carmes d'Agen où il découvre peu à peu leur mode de vie et s'intéresse alors personnellement à l'ordre du Carmel. À l'âge de 20 ans, il revient ensuite à Monpazier pour un temps très court avant de partir à Lectoure.
Études, enseignements et apostolat
En 1325, Pierre Thomas s'installe au couvent des Carmes de Lectoure où il enseigne la grammaire et la logique aux écoliers les plus jeunes. C'est là qu'il est remarqué par le prieur du couvent et commence son noviciat. En 1326-1327, le prieur de Condom, ou plus vraisemblablement celui de Bergerac, l’appelle dans son couvent et lui fait prendre l'habit du Carmel. Pierre prononce ses vœux définitifs vers 1328-1329 à Bergerac et y enseigne pendant deux ans. Il devient professeur de logique à Agen de 1329-1331. Il y étudie la philosophie tout en enseignant la logique. C'est à Agen qu'il est ordonné prêtre.
Une fois ordonné prêtre, il est envoyé en 1332 à Bordeaux pour parfaire sa formation en logique et enseigner. En 1333, il se rend à Albi pour étudier la philosophie. En 1334, il rentre à Agen pour y étudier la physique. Étudiant brillant, Pierre Thomas se rend encore à Paris de 1335-1337 afin d'obtenir son grade de « Lecteur ».
En 1338, Pierre Thomas est nommé lecteur à la toute nouvelle université de Cahors. Durant 2 ans (de 1338-1340), Pierre Thomas va enseigner à l'université tout en ayant une activité pastorale. C'est d'ailleurs lors d'une terrible sécheresse qui sévit dans la région que Pierre Thomas organise et prêche une procession afin de faire tomber la pluie. Il s'en serait suivi une « pluie miraculeuse ». À partir de 1341 et à la demande de ses supérieurs, Pierre Thomas « revient à Paris poursuivre ses études pendant quatre ans et obtient son diplôme de bachelier en théologie ».
Pour ses contemporains, Pierre Thomas n'est pas uniquement un étudiant brillant, il est aussi un religieux très vertueux. C'est ce dont témoigne le Père François Giry dans son ouvrage : « […] il fut fait Prêtre par un commandement exprès de son Provincial, auquel il ne put résister, & dés lors il fit un tel progrès en la vertu, qu'il étoit considéré non seulement comme un trésor de science, mais aussi comme un miroir de modestie, de pureté & de charité. Il avoit surtout une tres-grande dévotion envers la tres-sacrée Vierge ; l'amour de laquelle étoit si fortement gravé dans son cœur, que le bienheureux nom de MARIE prenoit toutes ses paroles. Il ne se mettoit jamais à table, qu'il ne dit ou ne fit promptement quelque chose en son honneur ; & les viandes lui eussent semblé insipides & sans goût, si elles n'eussent été assaisonnées du souvenir de cette Reine des Vierges. En tout ses travaux & toutes ses afflictions, c'étoit l'autel qui lui servoit d'azile, & d'où il tiroit continuellement des armes contre les embûches de ses ennemis, & il remporta par ce secours d'admirables victoires sur eux. Enfin, l'ardeur de cette pieté le possédoit tellement, qu'il ne pouvait presque plus rien goûter, prononcer, ni entendre que le nom de MARIE, & l'on dit qu'il fut trouvé gravé sur son cœur après son décès, comme l'adorable nom de JESUS sur celui de Saint Ignace le Martyr ».
En lien avec sa piété mariale, le vénérable Jean de Hildesheim, serviteur de Pierre Thomas à cette période, a témoigné dans son ouvrage le Speculum Carmeli que Pierre Thomas lui avait révélé avoir eu une vision de la Vierge Marie (probablement en 1351), lui assurant que l'ordre du Carmel ne disparaîtrait pas (et serait toujours présent à la fin des temps). La Vierge lui aurait indiqué que cette promesse avait été faite par le Christ lui-même, à la demande expresse d'Élie « le premier Patron de l'Ordre » lors de la Transfiguration.
A la tête de l'Ordre carmélitain
Après ses études à Paris, vers 1345, Pierre Thomas rentre dans sa province où il est élu procurateur de son Ordre lors du chapitre du 13 mai 1345. Pour occuper ses fonctions, il est alors envoyé à la Curie pontificale qui est alors à Avignon. Il y est remarqué par Hélie Talleyrand, Cardinal du Périgord, avec lequel il entretient de bons rapports tout en vivant au Couvent des Carmes de la ville dans une grande simplicité. Ayant évalué le religieux, le Cardinal Hélie Talleyrand le fait alors nommer prédicateur apostolique et Pierre Thomas obtient ainsi peu à peu ses entrées à la cour pontificale.
Études à Paris et retour à Avignon
Une fois son temps à la tête de l'ordre terminé, Pierre Thomas part terminer ses études à Paris (fin 1347-1349) où il est déclaré « Maître en Théologie » en 1350 après seulement trois années d'études au lieu des cinq années requises. De retour à Avignon (à priori en 1351), il reprend avec succès son office de prédicateur apostolique, il est nommé « Regens in theologia » (soit expert en théologie) par le pape Clément VI. Il assiste alors le Maître en théologie en titre, à la tête du département de curie traitant des affaires doctrinales soumises au pape. À ce poste, Pierre Thomas est appelé à se prononcer sur un débat théologique d'actualité qui a cours au milieu du XIVe siècle et qui concerne (entre autres choses) la Vierge Marie et porte sur l'Immaculée Conception de la Mère de Jésus, c'est-à-dire sur le fait que, pour devenir la Mère de Jésus, Marie aurait été conçue sans porter la marque du péché originel qui touche toute l'humanité sauf le Christ.