Pierre Tchernia, né Pierre Tscherniakowsky le 29 janvier 1928 à Paris et mort le 8 octobre 2016 dans la même ville, est un réalisateur, scénariste, journaliste, concepteur et animateur d'émissions de télévision français.
Surnommé « Monsieur Cinéma » en référence à l'émission de télévision homonyme qu'il présente à partir de septembre 1967, il fait partie des pionniers de la télévision en France.
Son père, Isaac Tscherniakowsky est un ingénieur en chauffage central de confession juive ashkénaze né en 1874 à Korolivka, en Ukraine, un village près de Kiev (Empire russe). En 1889, son père quitte ce village à l'âge de 15 ans pour s'établir à Odessa, dans un grand atelier de ferronnerie puis part pour l'Allemagne où il se forme au métier d'ingénieur de manière totalement autodidacte. Il souhaite dès lors rejoindre la France, « patrie de Jean-Jacques Rousseau, des droits de l'homme et du socialisme », estimant en outre que la religion relève de l'obscurantisme.
Brillant diplômé, l'ingénieur invente notamment différents dispositifs pour les systèmes de chauffage central. En 1902, alors âgé de 28 ans, il rencontre une jeune Française nommée Aimée Dufour qui en a dix de moins. Ils se marient un an plus tard. Couturière de métier, de confession chrétienne et d'une famille originaire du Nord, elle est née en 1884. Pierre Tchernia relate que Victor Hugo s'est penché sur le berceau de sa mère, quelques semaines avant que l'illustre écrivain ne meure.
Pierre Tchernia est né le 29 janvier 1928 à Paris, dernier d'une fratrie de quatre enfants, comptant deux filles et deux garçons. Il estime qu'il est né par accident et qu'il n'a pas été prévu, car il vient au monde 18 ans après sa seconde sœur. Son frère est l'océanographe Paul Tchernia (1905-1986). Ainsi, son père est âgé de 53 ans quand le petit Pierre vient au jour et, durant son enfance, il le surnomme « Petia », diminutif de Piotr.
Il passe son enfance rue Danton à Levallois-Perret. Il est inscrit à l'école communale de la rue Marius-Aufan puis, comme la plupart des enfants de cette commune, il entre au lycée Pasteur de Neuilly-sur-Seine, en octobre 1937. Il y poursuit toute sa scolarité, sauf lors d'une courte période durant la guerre ses parents l'envoient passer l'année scolaire 1940 à Auxerre, dans l'Yonne, dans laquelle l'une de ses sœurs vit avec son époux. De retour à Levallois, il se passionne pour la littérature, la bande-dessinée et le cinéma. À cette période, Jean-Paul Sartre, Robert Merle ou Georges Magnane sont professeurs à son lycée et parmi ses camarades, il côtoie le futur politique Jean-François Deniau ou encore le comédien en herbe Bernard de Fleury, auquel il suggère son pseudonyme Bernard Lavalette. Ils se passionnent pour le jazz, le théâtre et le cinéma. Il fréquente très souvent la salle de cinéma du « Magic Ciné » de Levallois-Perret.
En septembre 1939, craignant les bombardements, ses parents l'envoient chez sa sœur, Rachel, établie dans l'Yonne à Auxerre.
Il passe ensuite l'occupation à Levallois-Perret et assiste à la libération de Paris. Dans sa dernière autobiographie, il relate qu'en 1941, le jeune Tscherniakowsky ne porte pas l'étoile jaune imposée par l'Allemagne nazie mais une étoile en carton avec l'inscription « Parisien », tout comme ses camarades noirs ou d'origine étrangère. Il obtient la deuxième partie de son baccalauréat en 1945. Il découvre les classes sociales et les différents profils socio-culturels de ses camarades.
Études cinématographiques et radio
Au terme de sa scolarité, il entre à l'École nationale de photographie et de cinématographie (ENPC) dite « école Vaugirard » devenue à partir de 1965, l'École nationale supérieure Louis-Lumière, puis il intègre l'Institut des hautes études cinématographiques (IDHEC), organisme intégré à la Fémis en 1988. Au cours de cette formation, il côtoie notamment Claude Sautet. Pour créer un ciné-club, il sollicite Henri Langlois, cofondateur de la Cinémathèque française pour l'emprunt de copies de chefs-d'œuvre mais sans succès. Durant cette même période, il se lie d'amitié notamment avec Yves Robert, le futur réalisateur de télévision Alexandre Tarta ainsi qu'avec les comédiens Roger Pierre, Jean-Marc Thibault et Jean Richard.
Diplômé en 1948, mais sans relations, il ne trouve pas de stage d'assistant dans le cinéma et devient alors régisseur pour une tournée théâtrale dirigée par Jean Richard dans la zone française d'occupation basée en Allemagne, pour une pièce jouée par Suzy Prim et Renaud Mary. Chargé de l'installation et du changement des décors, il y joue également le rôle du vieux seigneur.
La même année, il découvre et rejoint le « Club d'essai de la Radiodiffusion française » (RDF) qui exploite un petit émetteur couvrant la région parisienne diffusant une heure de programme à midi et trois heures le soir. Il y rencontre le musicien Gérard Calvi et surtout le journaliste Pierre Dumayet qui le présente à Pierre Sabbagh responsable du futur premier journal télévisé de la télévision.
Pierre Tchernia mène en parallèle plusieurs activités pour la télévision, le théâtre, le cinéma et parfois la presse écrite. Au cours de sa carrière, il intervient comme auteur, critique, scénariste, régisseur, technicien, assistant, journaliste, animateur-présentateur, metteur en scène ou encore réalisateur.
Alors que la France n'a encore qu'une seule chaîne de télévision qui n'émet que quelques heures par jour dans certaines régions seulement, Pierre Tchernia participe à la création du tout premier journal télévisé quotidien, diffusé pour la première fois, le 29 juin 1949 à 21 heures, aux côtés de Dumayet, de Georges de Caunes et de Jacques Sallebert. Le 4 décembre 1949, il fait ses débuts officiels pour un reportage de dépôt de gerbe à l'Arc de triomphe de l'Étoile tourné à la caméra film au format 16 millimètres, sans prise de son car il est chargé de commenter en direct, les images qui sont diffusées à l'antenne, de retour aux studios de la rue Cognacq-Jay.
Il apparaît pour la première fois sur le petit écran à l'automne 1950 ; Pierre Sabbagh présente son équipe aux téléspectateurs pour le premier anniversaire du journal qui dure toujours environ 15 minutes. Parmi les autres collaborateurs du journal, il fait notamment la connaissance de Lucien Morisse et Denise Glaser.
Le 30 septembre 1949, il épouse Françoise Pépin, — avec laquelle il vivra jusqu'à la mort de cette dernière en 1997, après presque cinquante ans de vie commune. Durant six années, il collabore au journal télévisé de la RTF.
Durant les années 1950, il anime différentes émissions parmi lesquelles Les Amoureux de la tour Eiffel en 1951, ou Du côté de chez vous avec en coprésentatrice, Micheline Dax et il remplace parfois Jean Nohain pour son fameux 36 chandelles puis crée un certain nombre d'émissions comme la pièce Monsieur Muguet s'évade, l'émission humoristique La Boîte à sel (1955-1960) et les variétés de La Clé des champs (1958-1959).
À partir de 1956, Pierre Tchernia devient le réalisateur de l'émission La Piste aux étoiles de son ami Gilles Margaritis, dont il apprécie particulièrement piloter la réalisation en direct ou dans les conditions du direct.