Ce Jour-là

Pierre Seghers

Poète français

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Pierre Seghers, né le 5 janvier 1906 dans le 16e arrondissement de Paris et mort le 4 novembre 1987 à Créteil, est un poète, éditeur et résistant français. Il est l'un des plus célèbres éditeurs français de poésie du XXe siècle, créateur en 1944 de la collection Poètes d'aujourd'hui. Résistant de la première heure, il fut proche de Louis Aragon, Paul Éluard, Robert Desnos et René Char.

Les Seghers sont originaires de la région d’Anvers. Pierre Seghers descend d’une branche de cette famille installée dans le Nord de la France au milieu du XIXe siècle. Parmi les Seghers, on compte trois célèbres peintres flamands du XVIIe siècle : les frères Daniel (1590-1661) et Gérard (1591-1651) Seghers, et Hercule Seghers (vers 1589 - vers 1638).

Louis Seghers, grand-père de Pierre Seghers, s’engage jeune à la Légion étrangère et combat en Algérie dans les années 1860. Il s’établit ensuite comme sculpteur sur bois. Il forme à cet artisanat son fils Charles, né en 1866. En 1900, à 35 ans, Charles Seghers suit un oncle passionné de photographie et se lance dans la recherche de procédés photographiques. Il s’installe près de Grenoble, puis à Paris. Des découvertes empiriques d’émulsions chimiques lui assurent un certain succès et l’amènent à voyager en Europe où ses procédés sont exploités. Une concurrence accrue et une protection insuffisante de ses découvertes le conduisent à la faillite. En 1912, il quitte Paris pour Carpentras où il a retrouvé du travail. Il y met au point un papier photographique utilisé pour les relevés aériens dans l'aviation naissante.

Enfance et jeunesse en Provence

Fils unique de Charles Seghers (1866-1932) et de Marthe Lebbe (1886-1977), Pierre Seghers naît rue Claude-Lorrain à Paris 16e, le 5 janvier 1906. Il a six ans lorsque ses parents s’installent à Carpentras. Le petit Parisien y découvre la vie au grand air dans « cette Haute-Provence de collines rousses, la plus douce terre de tous les pays, où j'ai appris à lire, à nager, à aimer ». Cette enfance sous le soleil de Provence le marquera profondément. « Au collège de Carpentras, Hugo, Racine (Bérénice surtout), Musset me furent des révélations, des feux d’artifice dans la nuit des études. Je devins bientôt le plus jeune assidu de la bibliothèque Inguimbertine. » Pendant ces années, il se lie d’une amitié durable avec le futur poète André de Richaud (1907-1968). Bachelier dès l'âge de 16 ans, il est néanmoins contraint de gagner sa vie. Il est d'abord brièvement « saute-ruisseau » (clerc de notaire débutant) chez un notaire de Carpentras. Il est ensuite surnuméraire dans l’administration du Cadastre, ce qui lui donnera l'occasion d'arpenter tout le Vaucluse pendant deux années.

L’administration puis le commerce

En 1925, muté à Paris par son administration, le jeune Pierre Seghers âgé de 19 ans s’installe dans la capitale. Après une année à Clamart, il parvient à louer une petite chambre place Dauphine « coin de verdure enfoncé dans Paris, triangulaire, provinciale et silencieuse. (…) Innombrable Paris m’enthousiasmait, m’engloutissait. (…) La vie, la poésie, Paris m’apprenait tout. » Le jeune Seghers fréquente les marchands de livres rares et éditeurs de poésie des échoppes de la place Dauphine. Il fait ses premiers achats chez les bouquinistes des quais de Seine. Son service militaire l’envoie en Corse au 173e régiment d'infanterie et l’extrait de la vie de bureau et de « sa tristesse des contentieux, des pauvres réclamations triées et rejetées pour vice de forme ».

Son service militaire achevé, il quitte l’administration et retourne à Carpentras où il épouse en 1928 une amie de jeunesse, Anne Vernier. Il est embauché par un oncle de sa femme qui lui « enseigne tout des achats et des ventes, des voyageurs, des échéances et des affaires ». Rapidement, il se met à son compte et vend du matériel pour bars et hôtels.

Pendant dix années, de Clermont-Ferrand, à Nice, passant par Marmande et Briançon, il sillonne le Sud de la France pour développer son négoce : « une dizaine d’années passées de tabourets en tabourets, à courir d’hôtellerie en auberge, à prendre l’existence à bras-le-corps, dix années de bonheur fou à vivre comme un homme. » La vie de couple ne résiste pas à ces voyages incessants. Seghers demeurera toutefois toute sa vie lié à Anne Verdier par une affectueuse amitié.

Pendant toutes ses années de voyageur de commerce, il écrit « de mauvais poèmes dans les cafés, dans les salles d’attente, dans les trains ». Mallarmé, Laforgue, Whitman, Carco, Verlaine, P.-J. Toulet puis Rilke, accompagnent ses déplacements. « Dans les petites villes de province, le chemin de la poésie est un labyrinthe intérieur. Personne avec qui s’entretenir de ses secrets, l’aventure poétique commence comme un long soliloque. (…) J’étais double. Ma seule zone de calme, de réflexion, mon puits secret était la poésie. »

Vers 1930, Pierre Seghers reprend à Avignon le magasin Font au 30, rue Joseph-Vernet pour y faire commerce de "Fournitures Générales pour Cafés, Restaurants, Hôtels". Il y est encore en 1940. Il retrouvait Bernard Grasset au Mon Bar situé rue du Portail Matheron. Il s'y est sans doute assis en 1941 en compagnie d'Elsa Triolet et Louis Aragon.

Vers 1930, Pierre Seghers fait la connaissance aux Baux-de-Provence du typographe et graveur Louis Jou. Dans son atelier de la rue du Vieux-Colombier à Paris, Louis Jou fait découvrir au futur éditeur l’amour de la fabrication des beaux livres. « C’est chez Jou que j’ai respiré pour la première fois l’odeur de l’encre, que j’ai entendu sonner sous l’ongle les feuilles de papier, que j’ai pris dans les casses ces magiques petits blocs de plomb qui deviennent des livres. » Louis Jou lui fait notamment découvrir le grand poète et mathématicien persan Omar Khayyam. « Enfin Jou me révéla Omar Khayyam. Une nuit inoubliable où la poésie, la vie et Dieu ne faisaient qu'un. » En 1932, le père de Pierre Seghers, ruiné, solitaire et dépressif se suicide. Louis Jou deviendra alors pour Pierre Seghers plus qu'un maître en édition, un père spirituel.

Après Les Angles, Pierre Seghers s'installe à Villeneuve-lès-Avignon en 1934. Il s’est installé dans une tour du XIVe siècle, ancienne livrée du cardinal de Giffon, située dans la montée du fort Saint-André. En 1937, venant de franchir le cap des 30 ans, il rassemble ses poèmes en un recueil qu’il nomme Bonne Espérance. Faute de trouver un éditeur, il décide en 1938 de créer une maison d’édition, Les Éditions de la Tour, afin d’éditer ce recueil.

Soldat de 2e classe, il est mobilisé le 6 septembre 1939 à la caserne Vallongue à Nîmes. Il s'aperçoit qu'exactement 25 ans plus tôt, en septembre 1914, un autre poète était mobilisé dans cette même caserne : Guillaume Apollinaire. Marqué par ce clin d'œil du destin, « n'étant utile à rien, figurant sans emploi dans une mascarade, je décidai de me trouver à moi-même des buts. Ainsi naquit l'idée de fonder une revue de poètes-soldats ».

À Forcalquier, où sa section est détachée, il publie en novembre 1939 le premier numéro de Poètes Casqués ou P.C. 39. Imprimée à 300 exemplaires, elle se veut la revue des « poètes de la Résistance, ouverte à toutes les voix ». En colophon, une citation d'André Suarès : « Beau mensonge de l'art, si pourtant tu étais la seule vérité. » Seghers y engage toutes ses économies, « 450 francs, tout ce que j'avais alors. » Le succès est immédiat ; bulletins d'abonnement et de mandats-postaux affluent. Louis Aragon est l'un des premiers abonnés ; il adresse à Seghers en décembre 1939, pour le numéro suivant de la revue, le manuscrit d'un long poème inédit : Les Amants séparés. Le chroniqueur littéraire André Billy salue cette jeune revue dans Le Figaro. Plusieurs écrivains écrivent à Seghers ou s'abonnent pour l'encourager : Jean Paulhan, Max Jacob, Jules Romains, Armand Salacrou, Maurice Fombeure ou bien encore Gaston Gallimard. Chaque numéro de la revue rend hommage à une figure tutélaire qui fut liée à la Première Guerre mondiale : Péguy, Alain-Fournier, Apollinaire, Alan Seeger, etc.

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