Ce Jour-là

Pierre Schaeffer

Ingénieur, chercheur, théoricien, compositeur et écrivain français

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Pierre Schaeffer, né le 14 août 1910 à Nancy et mort le 19 août 1995 aux Milles, près d'Aix-en-Provence, est un ingénieur, chercheur, théoricien, compositeur et écrivain français. Il a également été homme de radio, fondateur et directeur de nombreux services. Il est considéré comme le père de la musique concrète, de la musique acousmatique et de la musique électroacoustique.

« Le miracle de la musique concrète, que je tente de faire ressentir à mon interlocuteur, c'est qu'au cours des expériences, les choses se mettent à parler d'elles-mêmes, comme si elles nous apportaient le message d'un monde qui nous serait inconnu ».

Élève au lycée Saint-Sigisbert Saint-Léopold de Nancy, à l'École polytechnique (promotion X1929), puis à l'École supérieure d'électricité (Supélec, promotion 1931), Pierre Schaeffer s'implique fortement dans le scoutisme catholique ; il est notamment le fondateur du clan routier scout des Rois Mages à Polytechnique. Il a été très actif au patronage du lycée Saint Sigisbert : La Foucotte.

Il amorce une carrière d'ingénieur à Strasbourg, avant d'intégrer la direction de la Radio à Paris, en 1936. Tout en tenant une chronique sur la radiodiffusion dans La Revue musicale, il anime Radio Jeunesse, avant de prendre la tête de Jeune France sous l’égide du ministère de la Jeunesse du gouvernement de Vichy. Grâce à des statuts lui garantissant une certaine indépendance, et avec l’appui d’Emmanuel Mounier, il recrute des membres ayant des convictions pluralistes, voire des gaullistes notoires comme Roger Leenhardt , en écartant les candidats venus de la jeune droite.

Après que le Secrétariat général à la jeunesse lui a demandé l’éviction de Mounier en octobre 1941, il est lui-même renvoyé en décembre et l'association dissoute en 1942.

Il produit des émissions, dont La coquille à planètes, et crée en 1943 le Studio d'essai de la RTF, avec Jacques Copeau, voué à l'expérimentation radiophonique et qu'il met au service de la Résistance en 1944 : enregistrant les poètes de celle-ci, diffusant des messages interdits et enregistrant la vie des rues de Paris pendant les combats de la Libération.

Il poursuit après guerre sa longue carrière d’inventeur : musique concrète, perfectionnement et étude des « machines à communiquer ». Dans un rapport présenté au congrès d’Esprit de juillet 1946, il développe une autocritique, personnelle et collective, sur la régression infantile de nombreux Français qui ont cru en 1940-1941 « refaire la France » en refusant le principe de réalité.

En 1951, il crée le Groupe de musique concrète qui devient en 1958 le Groupe de recherches musicales. En 1953, chargé de mission au ministère de la France d'outre-mer, Schaeffer crée la société de radiodiffusion de la France d'outre-mer (Sorafom). De retour à Paris en 1961, il fonde cette fois, au sein de la Radiodiffusion-télévision française (RTF) qui devient l'ORTF en 1964, le Service de la recherche de la RTF, qu'il administre jusqu'en 1975, le Service de la recherche s'intègre alors à l'Institut national de l'audiovisuel.

C'est, entre autres, grâce aux travaux de Schaeffer en son sein qu'on sait aujourd'hui que la reconnaissance d'un instrument par son timbre dépend en grande partie de son attaque, et non seulement de la répartition spectrale de sa résonance, comme on le pensait suivant la théorie de Helmholtz répercutée dans l'enseignement musical par Danhauser.

Fils du violoniste et professeur de musique Henri Schaeffer (1881-1963) et de la cantatrice et professeure de musique Sidonie-Lucie Labriet (1884-1979), Schaeffer s'est toujours interrogé sur le phénomène musical. Profitant des installations à sa disposition au studio d’essai, et notamment de l'arrivée du magnétophone, il commence, en 1948, à effectuer des expérimentations au moyen de sons ou de séquences enregistrés sur des disques de vinyle. Il devient ainsi le pionnier de l'introduction de la technologie dans la composition et donne ainsi naissance à ce qu’il appelle « musique concrète ».

Entre autres techniques, il utilise le « sillon fermé », où l'aiguille retombe indéfiniment dans le même sillon du disque. Des « objets sonores » en boucle sont ainsi créés, objets qu'il manipule par montage, par variations de vitesse et par diffusion à l'envers. De ces expérimentations naissent notamment l'Étude aux chemins de fer et la Symphonie pour un homme seul, pièces qui suscitent à la fois l’attention du milieu musical et les railleries des compositeurs de musique sérielle, avec qui Schaeffer sera souvent en conflit.

La notion de musique concrète a souvent été mal interprétée. Ce genre désigne non pas un style ou un type de matériau, mais plutôt une démarche :

« Lorsqu'en 1948, j'ai proposé le terme de musique concrète, j'entendais, par cet adjectif, marquer une inversion dans le sens du travail musical. Au lieu de noter des idées musicales par les symboles du solfège, et de confier la réalisation concrète à des instrumentistes connus, il s'agissait de recueillir le concret sonore, d'où qu'il vienne, et d'en abstraire les valeurs musicales qu'il contenait en puissance. »

Il s'agit donc pour le compositeur de manipuler directement la matière sonore au lieu de confier cette tâche à des instrumentistes. Ce faisant, et par conséquent, tous les sons, quels qu'ils soient, sont susceptibles d’être organisés en un discours musical, dont Schaeffer s'ingénie à cerner les contours.

Assisté de Pierre Henry, devenu un des grands compositeurs du genre, Schaeffer dévoile ainsi un univers sonore qui abolit les limites de la musique instrumentale. Leur opéra Orphée 53, présenté au festival de Donaueschingen en 1953, fait d’ailleurs scandale.

Schaeffer continue d'explorer ce nouveau genre musical, se concentrant sur des études d'objets sonores. Il cesse de composer en 1960, pour donner davantage de place à ses activités de chercheur. Il assure toutefois, à partir de 1968, et jusqu'en 1980, un séminaire sur la musique expérimentale au Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris, conjointement avec le GRM et Guy Reibel. Il ne revient à la composition, cette fois avec des sons électroniques, qu'en 1975 avec Le Triède fertile composé avec Bernard Durr, et, en 1979, avec Bilude.

Souvent invité comme conférencier, où sa verve polémique suscite souvent les débats, il reçoit plusieurs distinctions honorifiques, dont le grand prix des compositeurs de la Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique (SACEM) en 1976.

Pierre Schaeffer s'est volontairement éloigné du monde musical au début des années 1980 après avoir critiqué l'avant-garde des années 1950, qui cherchait à rompre avec la tradition. À l'opposé de cette vision, Schaeffer est revenu à la musique en reconnaissant le virtuose Otavio Henrique Soares Brandão comme son plus fidèle disciple, qui a donné sous sa direction une lecture de son œuvre Traité des objets musicaux. Cette lecture visait à créer un piano instrumental et une technique musicale innovants, sans rupture avec la tradition. Pierre Schaeffer a écrit des textes fondamentaux sur cette reconnaissance : sur la transcription pour piano par Otavio Brandão de Étude aux objets de Pierre Schaeffer, au programme du concert de Soares Brandão à la Maison de l'Amérique Latine (Paris, 9 janvier 1988); « Réponse à Otávio », dans le texte du programme du concert donné par Soares Brandão à la Salle Pleyel en l'honneur du 80e anniversaire de Pierre Schaeffer (12 janvier 1990).

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