Pierre Puget, né le 16 octobre 1620 à Marseille, et mort dans la même ville le 2 décembre 1694, est un sculpteur baroque, dessinateur, peintre et architecte français.
Il fut célébré par de nombreux auteurs aux XVIIIe et XIXe siècles comme « le Michel-Ange de la France », l'un des représentants de l'esprit classique français du Grand siècle dans la sculpture, comme le fut Nicolas Poussin pour la peinture. Il est l'un des introducteurs de l'Art baroque en France, bien illustré par ses réalisations architecturales. À la fois artiste et artisan, il peut être considéré comme un exemple de créateur complet, dont le talent transcende les techniques.
Pierre Puget est né le 16 octobre 1620 à Marseille dans une maison construite par son père située à l'actuel no 20 de la rue du Puits du denier à l’angle de la rue du Petit Puits dans le quartier populaire du Panier, à proximité de la Vieille Charité. Son père, Simon Puget, fils d'un agriculteur aisé, Paul Puget dit Paulet, établi sur un vaste domaine agricole situé à l'Estaque près de la vallée de Riaux, quitte l'agriculture et s’installe à Marseille vers 1600 pour y exercer la profession de maître maçon. Simon Puget épouse Marguerite Cauvin qui lui donne neuf enfants (quatre garçons et cinq filles : Jean, l'aîné, puis Gaspard, Anne, Virginie, Jeanne, Marguerite, Constance, Pierre et César). Trois d'entre eux, uniquement des garçons atteindront l'âge adulte : l’aîné, Jean né en 1611 ; Gaspard, né en 1615, et enfin Pierre.
Pendant longtemps, on a cru que Pierre Puget était né en 1622 dans la propriété rurale de ses grands parents dans la vallée de Riaux : c'est pour cela que Cézanne a peint une toile, conservée à Washington à la National Gallery of Art, dénommée Maison en Provence, la vallée de Riaux près de l’Estaque afin de rendre hommage au maître vénéré.
Pierre n'a que deux ans lorsque son père meurt brutalement, le 8 octobre 1622, d’une chute d'échafaudage. À quatorze ans, sa mère le met en apprentissage chez maître Roman, spécialisé dans la confection du mobilier d’église. Il travaille notamment à la décoration de l'église Saint-Martin, aujourd’hui disparue, mais, contrairement à la tradition répandue sur la foi du sculpteur Jean Dedieu et par le père Bougerel, la décoration des galères ne semble pas faire partie de l'activité de Roman.
Premier voyage en Italie (1638-1643)
Vers 1638, Pierre part pour Livourne, puis Florence et enfin Rome où il travaille dans l'atelier d'un sculpteur sur bois qui l'introduit dans l'équipe de Pierre de Cortone, qui achève la décoration du palais Barberini. De retour à Florence pour terminer le palais Pitti, Pierre de Cortone essaie de retenir Pierre Puget, mais ce dernier décide de revenir à Marseille à la fin de 1643 ou au début de 1644 probablement pour retrouver sa mère malade. C'est à cette période qu'il est susceptible de peindre le portrait de sa mère.
Marseille et Toulon (1644-1659)
Pierre Puget assiste, le 25 mai 1644 à Marseille, au partage des biens paternels avec ses deux frères Jean et Gaspard. En 1645, probablement après le décès de sa mère, Pierre rejoint à Toulon son frère Gaspard qui, de tailleur de pierre, deviendra sculpteur puis architecte. L'amiral Jean Armand de Maillé lui demande de travailler pour l'atelier du maître-sculpture sur bois Nicolas Levray, chef de l'atelier de décoration à l’arsenal de Toulon : il décore le navire Le Magnifique qui, après la mort de l'amiral, est rebaptisé La Reine.
Pendant l'année 1646, Pierre Puget fait un court séjour à Rome où il accompagne un religieux feuillant envoyé par la reine mère pour y copier des antiques. Ce religieux pourrait être, comme le pense Lagrange, le père Joseph qui « avait peint sous Vouet avant d'aller à Rome, où il se noya dans le Tibre ». De retour à Toulon, il épouse Paule Boudet le 8 juillet 1647. Ils ont un fils, François Puget, qui naît le 17 décembre 1651 et sera peintre.
Pendant la Fronde (1648-1652), l'activité de l’arsenal cesse pratiquement et Puget se consacre essentiellement à la peinture. Il exécute à la demande des tableaux et des retables pour des confréries religieuses, des églises paroissiales et des couvents. Ainsi en 1652, pour le baptistère de la cathédrale de Marseille, il réalise Le baptême de Constantin et Le baptême de Clovis. Il maîtrise alors parfaitement l'art pictural.
Le 16 février 1655, la ville de Toulon décide d'ériger un portail avec balcon à l'hôtel de ville. Les consuls de Toulon passent un marché avec Nicolas Levray ; Pierre Puget qui avait commencé depuis quelques années une carrière de sculpteur, propose deux atlantes à la Michel-Ange pour soutenir le balcon. Enthousiasmés par le projet, les consuls résilient le marché passé avec Nicolas Levray pour passer un nouvel acte avec Pierre Puget. C'est une réussite éclatante.
Du Vaudreuil à Vaux-le-Vicomte (1659-1661)
Bien que Puget continue à peindre occasionnellement, c'est sa réputation de sculpteur qui franchit les frontières de la Provence jusqu'à la Cour. Le marquis Claude Girardin l'appelle pour orner de statues le parc de son château du Vaudreuil. Nicolas Fouquet le sollicite ensuite pour les sculptures du château de Vaux-le-Vicomte et l'envoie à Gênes afin de choisir les plus beaux marbres de Carrare pour la réalisation des statues. Après la disgrâce de Fouquet survenue le 5 septembre 1661, Puget décide prudemment de rester à Gênes.
Deuxième séjour italien : Gênes (1661-1668)
Pierre Puget travaille avec ardeur pour les patriciens de la capitale ligure. L'Hercule gaulois primitivement destiné aux jardins de Vaux-le-Vicomte, est sculpté pendant cette période. Il effectue un court voyage à Rome en 1662, puis un bref séjour en Provence en mai 1663 d'où il revient avec sa femme, son fils et son élève Christophe Veyrier. Le travail du marbre plus fin que la pierre qu'il avait utilisée pour créer les atlantes de Toulon (en pierre de Calissanne), est pour Puget un éblouissement. Il a pour le marbre une admiration sensuelle et quasi amoureuse ; il écrit à Louvois en 1683 : « la pièce de marbre est sans défaut et blanche comme neige ». Il veut également dominer ce matériau, puisqu'il écrit dans la même lettre la fameuse phrase : « le marbre tremble devant moi, si grande que soit la pièce ». Il continue par ailleurs à peindre : le tableau de la Sainte famille date de 1663 environ.
La municipalité de Marseille souhaitant reconstruire un hôtel de ville, Pierre Puget réalise à Gênes deux projets. Le premier datant de 1663 est un dessin d'un édifice conçu comme un palais romain. Le deuxième propose un bâtiment plus modeste. Aucun des deux projets ne sera retenu.
L'arsenal de Toulon (1668-1679)